Charlie et la Chocolaterie

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Théâtre du Gymnase–Marie-Bell – 38, boulevard de Bonne-Nouvelle – 75010 Paris.
À partir du 22 octobre 2021.
Renseignements et réservations sur le site du Théâtre du Gymnase.

Après Lon­dres et Broad­way, la comédie musi­cale à suc­cès arrive enfin à Paris. Retrou­vez le monde fan­tas­tique et déli­rant de Willy Won­ka mis en scène par Philippe Hersen. Un moment onctueux à déguster en famille.

Notre avis:

« C’est sans doute l’une des meilleures ver­sions au monde ! »
Venues spé­ciale­ment d’Angleterre, les équipes de MTI Lon­dres (Music The­atre Inter­na­tion­al), déten­teur de la licence du show, étaient unanimes il y a quelques jours, après avoir décou­vert la ver­sion française de Char­lie et la Choco­la­terie… Unanimes et con­va­in­cus. Fierté tri­col­ore, bleu-blanc-mauve !
Il faut dire que le spec­ta­cle présen­té depuis fin octo­bre au Théâtre du Gym­nase mérite ample­ment tous ces com­pli­ments. Il est une vraie réus­site dont peu­vent être fiers les créat­ifs et la pro­duc­tion, mis à rude épreuve ces derniers mois par la sit­u­a­tion sanitaire.

Depuis la paru­tion de l’œuvre de Roald Dahl en 1964 – pop­u­lar­isée évidem­ment par le film de Tim Bur­ton, avec John­ny Depp –, Willy Won­ka, ses bar­res choco­latées, ses tick­ets d’or et ses Oom­pas-Loom­pas ont fasciné des généra­tions. Devenu spec­ta­cle musi­cal en 2013 à Lon­dres et qua­tre ans plus tard aux États-Unis sous la plume de David Greig et Marc Shaiman (Hair­spray, Le Retour de Mary Pop­pins, Sis­ter Act…), il a notam­ment révélé des titres comme « Pure Imag­i­na­tion » ou « It Must Be Believed to Be Seen ».

Le risque était pour­tant grand de pass­er totale­ment à côté de la magie et de la féerie du réc­it et de pro­pos­er une ver­sion au rabais. En choi­sis­sant claire­ment de ne pas faire un sim­ple copi­er-coller de Broad­way, mais d’adapter le show pour Paris, aux dimen­sions du Gym­nase et aux attentes du pub­lic français, Philippe Hersen est par­venu haut la main à offrir un spec­ta­cle de grande qual­ité, où le mer­veilleux et l’onirique côtoient l’absurde et le déli­rant, le tout porté par un Arnaud Denis­sel, éblouis­sant en Willy Wonka.

Jeux de lumières, cos­tumes cha­toy­ants, scéno­gra­phie habile mêlant décors et pro­jec­tion, les moyens sont là. Ils per­me­t­tent de pass­er de la minus­cule mai­son des Buck­et – où, fidèle­ment au réc­it, les qua­tre grands-par­ents demeurent dans le même lit – à l’univers col­oré de Won­ka. Deux mon­des, deux atmo­sphères, deux des­tins portés par la même imag­i­na­tion. D’excellents effets mag­iques et visuels, tout en sub­til­ité, ajoutent à l’ambiance fan­tas­tique. Comme le livre que l’on ne pou­vait lâch­er, le spec­ta­cle cap­tive et émerveille.
À l’image des chan­sons, les tableaux sont var­iés, per­me­t­tant aus­si bien aux âmes sen­si­bles d’être touchées par un superbe « Si ton père était là » que d’être déchaînées sur les titres pop. Notam­ment le génial « Il faut le croire pour le voir » qui clôt le pre­mier acte. Un vaste tableau réu­nis­sant sur scène la trentaine d’artistes sur une par­faite choré­gra­phie endi­a­blée signée Cécile Chaduteau.

La musique orig­i­nale de Marc Shaiman don­nant une large place aux cuiv­res, aux per­cus­sions et à la gui­tare basse, Philippe Hersen a eu la bonne idée d’installer sept musi­ciens dans les bal­cons latéraux pour soutenir les artistes, sous la direc­tion de Philippe Gouadin. Cela change tout. Si une par­tie de la bande reste enreg­istrée, rien ne rem­place la présence d’un orchestre qui ajoute une dimen­sion sup­plé­men­taire et accom­pa­gne en direct adultes et enfants.
Car les qua­tre jeunes vain­queurs de tick­ets d’or sont là, plus vrais que nature. La présen­ta­tion des qua­tre fameuses familles est l’occasion d’autant de scènes aus­si cocass­es que ces per­son­nages improb­a­bles, ayant cha­cun leur pro­pre iden­tité musi­cale. Men­tion spé­ciale à l’arrivée de Vio­lette Beau­re­gard sur un rock déchaîné, dans le plus pur style de Shaiman.

De Papy Joe (Jean-Pierre Duc­los) à Char­lie (Math­ias Marzac en alter­nance avec Gas­pard Estève), de Madame Buck­et (Mar­lène Conan) à Mon­sieur Beau­re­gard (Yoann Lau­nay), c’est une dis­tri­b­u­tion solide qui fran­chit les grilles de la mys­térieuse usine.
Mais celui qui mar­que indé­ni­able­ment les esprits est évidem­ment Arnaud Denis­sel (Le Sol­dat rose, Ivo Livi…). Il campe un remar­quable Willy Won­ka. Son inter­pré­ta­tion puise dans la folie d’un Jim Car­rey dans The Mask ou Bat­man For­ev­er. Déjan­té, charis­ma­tique et ambigu, débor­dant d’énergie et de com­plex­ité, Arnaud Denis­sel porte lit­térale­ment le spec­ta­cle de la pre­mière à (l’avant !) dernière note.

Le spec­ta­cle n’échappe cepen­dant pas à quelques écueils, inhérents à l’œuvre orig­i­nale, notam­ment une sec­onde par­tie moins musi­cale, au rythme iné­gal, la vis­ite de l’usine se fon­dant davan­tage sur la comédie. L’on déplor­era d’ailleurs une salle des écureuils unique­ment basée sur un décor vidéo, et qui déçoit un peu. Pas de quoi cepen­dant affadir le spec­ta­cle qui s’achève, sans sur­prise, avec le duo atten­du Char­lie-Willy à bord du célèbre ascenseur. Le tête-à-tête de deux rêveurs, tout en sim­plic­ité, en beauté, et en voix.

Con­fron­tés depuis dix mois à une sit­u­a­tion dif­fi­cile, Philippe Hersen et Alexan­dre Piot, respec­tive­ment met­teur en scène et pro­duc­teur, se sont accrochés. Il faut leur en savoir gré. Tout comme d’avoir décidé de créer Char­lie en France. Un choix osé – Paris n’est pas (encore) Broad­way, et le pub­lic français (tou­jours) tim­o­ré face aux shows musicaux.
À l’image d’un Willy Won­ka, qui rêvait de met­tre de la couleur dans une enfance en noir et blanc, ils ont mis du mauve dans un hiv­er gris.

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