Rencontre avec Cristos Mitropoulos (Ivo Livi, Le Cabaret Blanche)

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Cristos Mitropou­los © Ledroit-Per­rin

Cristos Mitropou­los, vous tra­vaillez depuis plusieurs spec­ta­cles avec la même équipe. Pou­vez-vous nous par­ler de la genèse de votre troupe ?
On s’est ren­con­tré pour la plu­part au sein d’une com­pag­nie d’opérettes mar­seil­lais­es. Puis, on a tracé notre chemin de notre côté et on a recon­sti­tué un groupe avec cer­tains élé­ments et on a a créé notre com­pag­nie, la Team Rock­et, parce qu’on avait besoin de sup­port­er les pro­jets, le pre­mier offi­ciel étant Le Cabaret Blanche.

Quel est l’e­sprit de la troupe ? Quel type de spec­ta­cles aimez-vous mon­ter ?
J’aime mêler un max­i­mum d’u­nivers et ne pas être can­ton­né dans des codes pré­cis de théâtre musi­cal ou de cabaret, par exem­ple. Dans le groupe, il y a des gens qui vien­nent de la com­me­dia del­l’arte, du seul en scène en scène, du théâtre sub­ven­tion­né, du théâtre musi­cal, du chant. L’idée est d’ar­riv­er à faire fonc­tion­ner tous ces univers les uns avec les autres de façon flu­ide et d’es­say­er d’aller tou­jours plus loin dans une propo­si­tion de nar­ra­tion sin­gulière et de spec­ta­cle total.

Et vous, quel est votre par­cours ?
Je viens vrai­ment de la comédie musi­cale. J’ai fait l’é­cole de Gilles Ramade à Toulouse, où j’ai un peu touché à tout. De fil en aigu­ille, j’ai tra­vail­lé dans la comédie musi­cale, à l’opéra, j’ai fait de l’as­sis­tanat à la mise en scène. Je me rends compte que mon par­cours m’a amené à la place où je suis aujour­d’hui, où je me sens le plus en adéqua­tion avec moi-même : l’écri­t­ure, la ges­tion de pro­jet, le tra­vail de troupe.…

Com­ment procédez-vous à l’élab­o­ra­tion d’un spec­ta­cle ?
Sur Ivo Livi, on a con­cep­tu­al­isé, pen­sé, écrit le pro­jet en amont avec Ali Bougher­a­ba. Puis, il y a un tra­vail de groupe qui se fait der­rière. On tra­vaille ensem­ble sur le plateau, il peut y avoir des parts d’im­pro­vi­sa­tion. Idem pour Le Cabaret Blanche, il y a eu un tra­vail en amont avec Leo Guil­laume qui co-écrit et co-met en scène avec moi.

Com­ment sont venues les idées pour ces spec­ta­cles ?
Ce sont des con­cours de cir­con­stances à chaque fois. Pour Ivo Livi, c’est notre pro­duc­teur, Pas­cal Guil­laume, qui avait vu un de nos précé­dents spec­ta­cles sur Sarville. Il l’avait trou­vé for­mi­da­ble, mais trou­vait que par­ler d’un auteur oublié d’opérettes mar­seil­lais­es ne pou­vait pas fonc­tion­ner à Paris. Il nous a alors pro­posé de faire un spec­ta­cle sur Yves Mon­tand. On n’y avait pas pen­sé mais dès qu’on s’est ren­seigné, on a sen­ti l’év­i­dence.

Qu’est-ce qui vous a intéressé dans l’u­nivers d’Yves Mon­tand ?
Ce qui m’a par­ti­c­ulière­ment touché, c’est son par­cours. Je ne con­nais­sais pas toute la pre­mière par­tie de sa vie. Il dis­ait lui-même que les meilleurs scé­nar­istes s’in­spirent de la vraie vie et effec­tive­ment, sa vraie vie est incroy­able. Ce qui est frap­pant égale­ment, c’est l’idéal qui est le sien. C’est un homme qui a été nour­ri par une abné­ga­tion dans sa façon d’abor­der son tra­vail, et je pense que c’est lié à ses valeurs com­mu­nistes. Ça l’a accom­pa­g­né tout au long de sa vie. Cer­tains diront qu’il a retourné sa veste mais pour moi, ce n’est pas tout à fait ça.

Et pour Le Cabaret Blanche ?
Au départ, c’est une com­mande pour un fes­ti­val. J’ai com­mencé à écrire des per­son­nages en fonc­tion des comé­di­ens que j’avais et des musiques qui m’in­téres­saient. Puis tout s’est pré­cisé au fur et à mesure : la péri­ode (la Pre­mière Guerre Mon­di­ale), l’his­toire, les enjeux des per­son­nages… mais tout est par­ti de la musique.

Il y a dans Ivo Livi une écri­t­ure orig­i­nale, une nar­ra­tion par­ti­c­ulière, est-ce venu dès le départ ?
Cette forme de nar­ra­tion était déjà dévelop­pée sur Sarville et qui appar­tient un peu au seul en scène qui est le domaine d’Ali, et moi, je viens rajouter le musi­cal par dessus. L’idée de la nar­ra­tion était de tout faire exis­ter avec rien et d’amen­er les spec­ta­teurs à rêver avec nous et imag­in­er qu’une chaise est une usine, une table est un dor­toir et une lumière est Hol­ly­wood. L’histoire d’Yves Mon­tand est trop riche, trop impor­tante pour la racon­ter de façon tra­di­tion­nelle avec des décors, ce serait impos­si­ble. L’autre idée était de s’a­muser avec cette his­toire tout en la respec­tant.

Quelles sont vos références en matière de théâtre, musi­cal ou non ?
J’ai une fas­ci­na­tion pour le tra­vail de Joël Pom­mer­at. J’aime aus­si beau­coup Waj­di Mouawad dans sa façon de faire exis­ter plusieurs moments sur un plateau. J’ai décou­vert la comédie musi­cale avec Les Mis­érables, Le Fan­tôme de l’Opéra, Miss Saigon : ce sont des ouvrages qui m’ont porté étant jeune. Je me sens plus proche aujour­d’hui de choses plus bigar­rées comme Brecht ou cer­tains Sond­heim. J’aime quand la comédie musi­cale racon­te une his­toire, pas quand c’est un numéro de cirque ou un pré­texte à pouss­er la note, ou quand c’est trop froid et manichéen. Ce qui m’in­téresse, c’est de pro­pos­er des spec­ta­cles français car je pense qu’on a une tra­di­tion française de théâtre musi­cal. C’est aus­si pour ça que je tra­vaille aus­si sur un réper­toire du passé parce que ce réper­toire et génial et on a beau­coup à y piocher pour com­pren­dre d’où on vient et savoir où on va. Il faut mon­tr­er qu’on a en France une pos­si­bil­ité de théâtre musi­cal dif­férent et en sachant qu’on a les artistes mais il faut que les pro­duc­teurs et les insti­tu­tions nous aident plus à pou­voir porter des créa­tions.

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