Adieu Monsieur Haffmann (Critique)

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Texte et mise en scène: Jean-Philippe Daguerre
Décor: Car­o­line Mexme
Musique / assis­tanat à la mise en scène: Hervé Haine
Lumières : Aurélien Amsellem
Cos­tumes: Vir­ginie H
Col­lab­o­ra­tion artis­tique: Lau­rence Pol­let-Vil­lard

Avec en alter­nance: Gré­gori Baquet ou Charles Lelau­re, Alexan­dre Bon­stein, Julie Cavan­na, Franck Desmedt ou Jean-Philippe Daguerre, Char­lotte Matzn­eff ou Salomé Vil­liers.

Résumé : Paris, 1942. Le port de l’étoile jaune pour les Juifs est décrété. Joseph Haffmann pro­pose à son employé Pierre Vigneau de lui con­fi­er sa bijouterie, s’il accepte de le cacher en atten­dant que la sit­u­a­tion s’améliore. Pierre pren­dra-t-il le risque d’héberger clan­des­tine­ment son “ancien” patron dans les murs de la bou­tique ? Et si oui, à quelle con­di­tion ?

Notre avis : Si la péri­ode de l’Oc­cu­pa­tion alle­mande a déjà été le sujet de nom­breux réc­its, spec­ta­cles ou films, Jean-Philippe Daguerre, auteur et met­teur en scène, parvient, avec Adieu Mon­sieur Haffmann, à nous pro­pos­er une pièce à la fois orig­i­nale et poignante, ten­dre et sur­prenante. Alors que le port de l’é­toile jaune est instau­ré et que les com­merces tenus par des Juifs se retrou­vent dans des sit­u­a­tions pré­caires pour ne pas dire dan­gereuse, M. Haffmann, bijouti­er parisien, pro­pose à Pierre, son employé mod­èle, un marché pour sauver sa bou­tique et sa pro­pre exis­tence. Pierre, en retour, demande une autre con­di­tion. A par­tir de cet étrange pacte (que l’on vous lais­sera décou­vrir), une rela­tion intense et néan­moins pudique se tisse entre Haffmann, Pierre et la femme de ce dernier. Dans le con­texte som­bre de l’Oc­cu­pa­tion, les sen­ti­ments s’ex­ac­er­bent, les soupçons et les jalousies s’ac­centuent et faussent les rap­ports humains. Con­stru­ite avec des scènes très cour­tes, presque ciné­matographiques, la pièce chem­ine avec flu­id­ité tout en ménageant une ten­sion gran­dis­sante. Le texte de Daguerre équili­bre savam­ment ten­dresse, human­ité et désil­lu­sion, servi par une tal­entueuse équipe de comé­di­ens. Dans les deux rôles prin­ci­paux mas­culins, on retrou­ve deux habitués du théâtre musi­cal, Alexan­dre Bon­stein (Haffmann) et Gré­gori Baquet (Pierre, en alter­nance avec Charles Lelau­re) qui com­posent un duo par­faite­ment com­plé­men­taire, dont la rela­tion com­plexe et sub­tile, se nour­rit de non-dits tacites et d’af­fron­te­ments retenus. Une pièce, que l’on peut voir en famille, pour se laiss­er porter par l’his­toire (et l’His­toire).