Belles de nuit (Critique)

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Livret : Béné­dicte Charpi­at et Jonatahn Kerr
Mise en scène, musique, lyrucs : Jonathan Kerr
Choré­gra­phies : Mar­tin Matthias Yse­baert

Avec Jonathan Kerr, Béné­dicte Charpi­at, Rox­ane Le Tex­i­er, Audrey Rousseau, Sarah Tul­lam­ore, Benoit Urbain

Résumé : 1946 – juste avant la fer­me­ture des bor­dels. Un monde se ferme oui, celui d’Yvonne, la ten­an­cière. Momo le souteneur va tout faire pour récupér­er le chep­tel des « Belles de nuit ». Mais quel monde va s’ouvrir ? Marthe Richard, l’ex-prostituée, la repen­tie, la big­ote ne vend-elle pas son âme au dia­ble en con­damnant les bor­dels. Qui punit-elle vrai­ment ? Les pros­ti­tuées ? Leurs clients ? Son passé ? L’hypocrite ! La vie sera-t-elle moins pute avec les femmes de petites ver­tus ? La pièce musi­cale « Belle de nuits » esquisse des répons­es drôles et poé­tiques et met en scène avec émo­tion et sobriété un sujet tou­jours actuel : la vio­lence faite aux femmes.

La lumière rouge est allumée… poussez la porte de la mai­son close d’Yvonne et deman­dez donc à Jacote, Jeanne et Luci­enne ce qu’elles pensent de cette vio­lence. Amédée et son piano à bretelles, Jeanne et son vio­lon éter­nel et même Momo de son ukulélé sauront orchestr­er la réponse !

Notre avis: Tout juste remis en état et net­toyé après la ter­ri­ble explo­sion de sa rue, le Théâtre Trévise a été inau­guré en 1893. Au cœur de cette troisième République chao­tique, les maisons clos­es étaient légions. On s’y retrou­vait, on s’y cares­sait, on s’y aimait ; c’était un temps où « on allait au bor­del comme on va au ciné ». Cinquante ans et deux guer­res mon­di­ales plus tard, une loi tom­ba comme une guil­lo­tine sur la tête des filles : la fer­me­ture des maisons de plaisirs, à l’initiative de la députée Marthe Richard. Elles furent jetées à la rue par dizaines, sans aucune autre pro­tec­tion que la lumière des lam­padaires…

Comme un livre d’histoire musi­cal, Belles de nuit revient sur cet épisode trag­ique, prenant la main du spec­ta­teur pour la gliss­er dans celle de ces filles de l’ombre et l’inviter der­rière les murs de ces lieux d’amours tar­ifés. Nous sommes au print­emps 1946. Sous la pro­tec­tion d’Yvonne, les filles des « Belles de Nuit » offrent leur corps aux clients… Amoureuse, rêveuse, garçonne ou machiste, Jeanne, Jacote et Luci­enne parta­gent un quo­ti­di­en de rou­tine et d’espoirs sans imag­in­er que le des­tin va leur fer­mer la porte au nez…

A la fois instruc­tif et touchant, Belles de nuit mêle les petites his­toires dans la grande. Jamais vul­gaire, ni déplacé, il donne au con­traire une vision ten­dre et réal­iste de ces filles, qui bien sou­vent par néces­sité, se don­nent à des hommes qu’elles n’aiment pas. Une vie presque banale de com­plic­ité et de rigo­lade, mais qui n’exclut pas la fatigue, la las­si­tude, et même l’inattendu coup de foudre ! Des sen­ti­ments et des émo­tions que Béné­dicte Charpi­at et Jonathan Kerr sont par­faite­ment par­venus à retran­scrire dans leur livret. Au point que l’on s’attache vite à ces filles en den­telles, au par­cours bien dif­férent et per­son­nal­ités bien opposées qui chantent leurs rêves, leurs espoirs et leurs doutes. Les ensem­bles sont har­monieux et par­fois drôles, les rôles bien tenus et les comé­di­ens-musi­ciens large­ment poly­va­lents.

C’est la véri­ta­ble force de Belles de Nuit, qui porte un dou­ble regard pas­sion­nant : d’abord sur la vie der­rière les murs et les lumières feu­trées, mais aus­si sur ce qui fut humaine­ment une tragédie et que l’on a ten­dance à oubli­er. Par-delà cette réus­site, le spec­ta­cle manque pour­tant mal­heureuse­ment un peu de souf­fle et de pro­fondeur ; la faute à une faib­lesse de l’intrigue, dou­blée de chan­sons sans grande var­iété. Par­fois lent et répéti­tif, le réc­it reste par­faite­ment porté par une troupe investie et aux tal­ents mul­ti­ples. Par eux, celui de met­tre en lumière mais surtout en musique cette triste page d’histoire n’est pas le moin­dre.