Canada — Cirque du Soleil : Juste une p’tite nuite (Critique)

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Alex­is Vigneault et son numéro sur « Le répon­deur » © Marie-Andrée Lemire

Créa­tion : 45 Degrees
Vice-Prési­dent créa­tion : Daniel Fortin
Mise en scène : Jean-Guy Legault
Directeur musi­cal et arrange­ments : Jean-Phi Goncalves
Con­cep­tion scénique : Simon Guil­bault
Con­cep­trice maquil­lage :  Flo­rence Cor­net
Cos­tumes : Sébastien Dionne
Choré­gra­phies : Marie-Odile Haince-Lebel et Car­o­line Lemieux

Dans le cœur d’une ruelle délabrée, une gang d’amis éclec­tiques dys­fonc­tion­nelle se réu­nit chaque soir sous la lumière cré­pus­cu­laire d’un lam­padaire pour faire explos­er la gri­saille urbaine et faire jail­lir une per­cus­sive spi­rale fes­tive inspirée de la poésie per­cu­tante des Colocs.
Juste une p’tite nuite, le temps s’arrête. Juste une p’tite nuite, on refait la fête.

Notre avis :
Pour son qua­trième hom­mage aux grands créa­teurs québé­cois, le Cirque du Soleil a choisi le groupe des années 90 : Les Colocs ! Sur le site enchanteur de l’amphithéâtre Coge­co de Trois-Riv­ières, 27 artistes au style grunge offrent, au fil de 13 tableaux, des numéros à vous couper le souf­fle. Du Tram­po-Mur sur la chan­son “Passe-moé la puck” au trum­bling de “Bon yeu”, en pas­sant par la corde à danser sur l’air de “Julie”, tous les numéros de ce spec­ta­cle événe­ment pro­curent aux 3 500 spec­ta­teurs des émo­tions insoupçon­nées et une expéri­ence inou­bli­able.

Tori Rog­gs © Marie-Andrée Lemire

Cet hom­mage de 75 min­utes, “Juste une p’tite nuite”, béné­fi­cie d’une ambiance fes­tive mais égale­ment d’un côté plus som­bre. Cet aspect binaire est fort bien exploité par le met­teur en scène Jean-Guy Legault qui agence par­faite­ment cirque, danse et per­cus­sions. Dans un décor de ruelle urbaine (voitures, bar­ils, graf­fi­tis), une bande d’amis éclec­tiques se réu­nit et explore la poésie per­cu­tante de Dédé Fortin et son groupe Les Colocs. Le pub­lic décou­vre, dans les chan­sons som­bres de Dédé, le dés­espoir qui habitait le charis­ma­tique chanteur. En effet, le par­cours du groupe passe de la chan­son joyeuse avec “Tassez-vous de d’là” ou “La rue prin­ci­pale” aux morceaux plus tristes tels que “Tout seul, “Juste une p’tite nuite” ou “Le répon­deur”. Sans être explicite, on com­prend le sui­cide de Dédé via ce numéro où l’acrobate Alex­is Vigneault, vêtu d’une chemise blanche mac­ulée de tâch­es rouges, offre une per­for­mance ren­ver­sante d’acrobaties sur une lampe sus­pendue. On saluera égale­ment le duo Félix Pouliot-Jes­si­ca Hill qui pro­pose une prouesse phénomé­nale de mât chi­nois sur la chan­son “Belzébuth”.

L’hom­mage est donc con­stru­it avec sub­til­ité, affec­tion et exal­ta­tion… Les arrange­ments musi­caux de Jean-Phi Goncalves sont tout sim­ple­ment grandios­es. De fait, il a effec­tué un assem­blage actu­al­isé tout en gar­dant les enreg­istrements orig­in­aux.

Si le but de ce spec­ta­cle était de faire plaisir aux ama­teurs de cirque et aux nom­breux fans des Colocs, le pari est par­faite­ment réus­si pour le Cirque du Soleil et son “Juste une p’tite nuite” !

La troupe de Juste une p’tite nuite © Marie-Andrée Lemire