Le Musical hollywoodien – histoire, esthétique, création [livre]

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En écho à l'exposition « Comédies musicales, la joie de vivre du cinéma » à la Philarmonie de Paris en 2018-2019, N.T. Binh et José Moure ont organisé et rassemblé un ouvrage collectif de textes autour du musical hollywoodien qui analysent le genre selon diverses perspectives, toutes passionnantes.

Cyd Charisse et Fred Astaire marchent côte à côte dans un parc noc­turne. Ils tra­versent sans s’ar­rêter une piste de danse où évolu­ent des cou­ples, puis se retrou­vent seuls dans un espace éclairé par la lune, tan­dis que la musique a changé de mélodie. Ils ne marchent déjà plus et ne dansent pas encore. Ce moment iconique de Tous en scène (The Band Wag­on, 1953), mis en scène par Vin­cente Min­nel­li, pro­duit par Arthur Freed pour la MGM, choré­graphié par Michael Kidd sur une musique d’Arthur Schwartz, est exem­plaire d’un genre, le musi­cal clas­sique hol­ly­woo­d­i­en, qui célèbre l’art de la tran­si­tion entre un réel quo­ti­di­en et un imag­i­naire mag­ique, fan­tas­mé, spectaculaire.
Com­ment ce genre ciné­matographique est-il né et a‑t-il évolué ? quelle rela­tion garde-t-il avec ses orig­ines théâ­trales ? à quel point a‑t-il réus­si à con­juguer la sin­gu­lar­ité d’une vision créa­trice et la col­lab­o­ra­tion d’in­com­pa­ra­bles savoir-faire ? sous quelle forme se per­pétue-t-il jusqu’à aujour­d’hui ? Du Chanteur de jazz (1927) à La La Land (2016), en pas­sant par le génie de Bus­by Berke­ley, de Gene Kel­ly et de Bob Fos­se, ou par les réflex­ions inédites de Gin­ger Rogers, cet ouvrage qui réu­nit les meilleurs spé­cial­istes du musi­cal tente de répon­dre à ces ques­tions, en remon­tant aux sources de notre bonheur.

Notre avis : Ce cor­pus d’ar­ti­cles éru­dits (voir le som­maire com­plet plus bas) intéressera avant tout les plus avancés sur la voie du musi­cal, qui voudront se plonger dans les détails ciné­matographiques ou musi­caux de telle ou telle œuvre, explor­er les rap­proche­ments entre tel com­pos­i­teur et tel met­teur en scène, décou­vrir une per­spec­tive inédite de tel ou tel con­cept de représen­ta­tion à l’écran… Plusieurs chapitres, plus général­istes, plus acces­si­bles, pour­ront toute­fois attir­er un lec­torat plus large mais tout aus­si curieux.

L’ou­vrage, foi­son­nant de références, se con­cen­tre naturelle­ment sur l’Âge d’or d’Hol­ly­wood sans pour autant oubli­er de jeter des ponts vers l’époque con­tem­po­raine – La La Land et les séries musi­cales notam­ment. Les nom­breuses et rich­es illus­tra­tions – pho­tos de films et de tour­nages, affich­es, sup­ports de com­mu­ni­ca­tion… – vien­nent agréable­ment étay­er un dis­cours sou­vent pointu, tou­jours per­ti­nent. Les auteurs étu­di­ent leur fasci­nant sujet par le prisme du chant et de la danse ; de la tech­nique ciné­matographique ; de la dualité/rivalité avec Broad­way ; de la con­di­tion sociale dans un pays qui vient de con­naître la Grande Dépres­sion ; de la rela­tion entre les sex­es, de la représen­ta­tion de la femme ; d’une iden­tité artis­tique améri­caine qui cherche à se con­stru­ire par son folk­lore et son his­toire propres…

On prend par exem­ple con­science de la façon dont une série comme Glee s’ap­pro­prie les grands clas­siques ; que les chan­sons d’Un Améri­cain à Paris ne sont inter­prétées que par des hommes et que les choré­gra­phies de Bus­by Berke­ley, sou­vent con­sid­érées comme sex­istes, con­stituent para­doxale­ment un espace d’ex­pres­sion fémin­iste ; que les west­erns font naturelle­ment par­tie inté­grante du genre musi­cal ; que plusieurs numéros musi­caux dans des films apparem­ment légers ren­dent hom­mage aux sur­vivants de la Grande Guerre ou soulig­nent la pré­car­ité des années 1930 ; à quel point une comédie musi­cale scénique se trans­forme et se réin­vente en un pro­duit hol­ly­woo­d­i­en par les pos­si­bil­ités mul­ti­ples qu’of­frent le mon­tage et le mou­ve­ment de la caméra, par le redé­coupage du livret, par le choix de décors extérieurs ou non, par l’u­til­i­sa­tion inté­grale ou non de la musique orig­inelle, par l’éventuel rem­place­ment des artistes de Broad­way par des stars plus renta­bles mais vocale­ment moins affûtées ou « choré­graphique­ment » plus raides…

Tous ces points de vue méri­tent assuré­ment qu’on s’y attarde, pour com­pren­dre com­ment le genre du musi­cal hol­ly­woo­d­i­en affirme ses racines et son iden­tité, se départ du cadre scénique, se sin­gu­larise d’un point de vue de la créa­tion artis­tique et du diver­tisse­ment com­mer­cial, pour­suit son évo­lu­tion… Des extraits d’un entre­tien inédit accordé par Gin­gers Rogers en 1970 refer­ment avec élé­gance cette plongée bouil­lon­nante dans un univers fam­i­li­er qui n’a pour­tant pas fini d’être exploré.

Le livre est disponible sur le site des Impres­sions nou­velles.

N. T. Binh était l’in­vité de Philippe Ven­turi­ni le 3 juil­let 2021 dans « Sous la cou­ver­ture » sur France Musique. L’émis­sion est disponible à la réécoute.

Con­ver­sa­tion avec N.T. Binh (scé­nar­iste, cri­tique de ciné­ma, réal­isa­teur, essay­iste, uni­ver­si­taire) et José Moure (pro­fesseur en études ciné­matographiques, uni­ver­si­taire, essay­iste) pour Microciné , la revue de ciné­ma et de télévi­sion :


Som­maire

Fon­da­tion

  • Pierre Berthomieu – « Unend­ing Sounds » : héritage du Por­gy and Bess de Rouben Mamou­lian (1927 à 1959)
  • Fran­cis Bor­dat – Pre-Code Bus­by Berkeley
  • Rick Alt­man – De l’ho­moso­cial à l’hétéro­sex­uel : le dou­ble pro­jet de la comédie musicale
  • Mar­tin Lal­ib­erté – Points et con­tre­points : mod­èles et mix­ité dans les numéros de danse filmés de Fred Astaire
  • Car­o­line Emmet – La Folle Parade : une Amérique en cavalcade
  • Chris­t­ian Viviani – Broad­way-Hol­ly­wood-Broad­way : Richard Rodgers, de Hart à Hammerstein
  • Adri­enne L. McLean – Le glam­our et le corps dansant dans la comédie musi­cale hollywoodienne

Fig­ures et œuvres

  • Alain Mas­son – Danse et caméra
  • Beth Gen­né – L’œil du pein­tre, l’œil du danseur : Kel­ly et Minnelli
  • Karen McNal­ly – Refoule­ment, expres­sion, per­tur­ba­tion : l’im­age de Frank Sina­tra dans le musi­cal hollywoodien
  • Sarah Lep­erchey – De Broad­way à Green­wich Vil­lage : My Sis­ter Eileen, clas­sique et atypique
  • Marc Cerisue­lo – L’an­née 1957, Silk Stock­ings et la « cole­por­ter­i­sa­tion » de Ninotchka

Enjeux et continuité

  • Yosr Ben Romd­hane – Immer­sion et émer­sion, mise en scène en stéréo­scopie dans le musical
  • Benoît Riv­ière – Place au rythme ! Enjeux de struc­tura­tions esthé­tiques dans les musi­cals hollywoodiens
  • Cécile Gor­net – Con­fu­sion des gen­res : musi­cals west­ern­iens et wer­sterns musicaux
  • Char­lotte Aumont – De la comédie au musi­cal. Une pra­tique du remake dans les années 1940 et 1950
  • Fan­ny Beuré – L’empreinte du musi­cal clas­sique sur les séries musi­cales contemporaines

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