My Body is a Cage

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Théâtre La Tempête (Cartoucherie de Vincennes) – Route du Champ de Manœuvre, 75012 Paris.
Du 10 septembre au 3 octobre 2021.
Du mardi au samedi à 20h30, le dimanche à 16h30.
Renseignements et réservations sur le site du Théâtre La Tempête.

Épuisées, van­nées, kaput, H.S., sans nerfs, voilà où en sont les cinq pro­tag­o­nistes, cinq femmes, en ouver­ture de ce drôle de cabaret. Sous la houlette de Lud­mil­la Dabo, que les pail­lettes et le strass ne vous y trompent pas, il ne sera ques­tion que de fatigue, que cha­cune des inter­prètes célébr­era en chan­sons et en musique au car­refour de divers­es langues. Dans nos vies mod­ernes et trép­i­dantes, cela demande de l’énergie de devenir soi-même et de bien se porter, la fatigue nous colle à la peau, mais on ne lui rend pas tou­jours jus­tice. Et pour­tant, quoi de mieux qu’une saine oisiveté pour repren­dre haleine et respir­er pleine­ment ? La fatigue ne serait pas unique­ment syn­onyme de défail­lance. Ne par­le-t-on pas aus­si de « bonne fatigue » ? Dans cette odyssée musi­co-théâ­trale, l’horizon de ces héroïnes pour­rait être la recon­quête de leurs espaces intimes de lib­erté. Un éloge du vide, une rêver­ie dan­sée évo­quant le butô. Une ode à la lenteur du mou­ve­ment et à la sus­pen­sion. Un titre en forme de dou­ble hom­mage à Peter Gabriel et à Arcade Fire pour un cabaret libéra­toire : Et si on ouvrait la porte de nos cages ?

Notre avis : « Je suis fatigué. » Bonne nou­velle ! Vous n’avez pas besoin d’être en pleine forme ou regorgeant d’énergie pour venir assis­ter à ce cabaret bur­lesque, déjan­té et décalé, car le plateau en débor­de. Dans ce cabaret, le sujet prin­ci­pal, c’est la fatigue, l’épuisement. Cet état phys­i­ologique qui fait suite à un effort, à un tra­vail physique ou intel­lectuel intense, et qui se traduit par une dif­fi­culté à con­tin­uer l’action que l’on est en train de faire. Cela peut aus­si être un état de las­si­tude, un endom­mage­ment provo­qué par la répéti­tion. Entre con­cert, cabaret et théâtre, on assiste à des tableaux où les comé­di­ennes s’épuisent lit­térale­ment sur le plateau et à une réflex­ion sur l’état de fatigue.

Si au début la comé­di­enne et met­teure en scène du spec­ta­cle, Lud­mil­la Dabo (Une femme se déplace, Por­trait de Lud­mil­la en Nina Simone) prend un peu plus de place que les autres per­son­nages, c’est unique­ment pour planter le décor et expos­er au spec­ta­teur le thème du show. En meneuse de revue, elle fait une ouver­ture majestueuse sur des « cha­peaux de roues ». Elle inter­ag­it avec le pub­lic et réag­it avec justesse à ce qu’il lui ren­voie. Dans une log­or­rhée ver­bale intense et incroy­able­ment ryth­mée, la comé­di­enne épuise son corps et, par ric­o­chet, l’esprit du spec­ta­teur. Sous le flux d’informations, il est dif­fi­cile de tout enten­dre et de tout com­pren­dre… Mais est-ce si grave ?

L’exposition ain­si faite, elle sait se faire oubli­er pour laiss­er vivre et exis­ter cha­cune des autres comé­di­ennes. Entre la petite nerveuse, la douce excen­trique et la diva pres­tigieuse, cha­cune s’épuise à sa manière. Les corps se ten­dent et se dis­ten­dent dans des mou­ve­ments sin­guliers, qui, une fois rassem­blés, don­nent vie à un unique tour­bil­lon con­tin­u­ant d’essouffler le spectateur.

Les lumières con­stituent un atout indé­ni­able de ce spec­ta­cle. Avec une scène presque vide, les espaces exis­tent. Les univers col­orés trans­portent le spec­ta­teur. Des tableaux ressor­tent du lot. Celui d’une danse macabre sur une chaise, où cha­cune répète en boucle son mou­ve­ment, au point de se déformer, de s’écrouler ; celui d’un burn-out vio­lent ; celui d’un effeuil­lage doux et étrange­ment reposant ; celui d’un chant tra­di­tion­nel à vous don­ner des frissons…

Émo­tions et rires, hurlements puis silences, chan­sons ou théâtre, autant de change­ments qui ren­dent ce spec­ta­cle épuisant pour les comé­di­ennes. On en ressort cham­boulé, bous­culé, fatigué, mais c’est une expéri­ence qu’il faut vivre plus qu’on ne peut raconter.

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