Le tour de France de Gregory Benchenafi

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Gré­go­ry Benchenafi © DR

On vous avait quit­té avec Mist­inguett, qu’avez-vous fait depuis ?
Après la reprise au Comé­dia, jusqu’en jan­vi­er 2016, j’ai beau­coup écrit, et me suis pro­duit dans de nom­breux fes­ti­vals d’opérette, à Aix-les-Bains, Nice, ou à Mar­seille, au Théâtre de l’Odéon. J’ai égale­ment été beau­coup sur les routes, lors de deux tournées avec la com­pag­nie Tra­buc­co. Je repars de nou­veau avec elle, cet automne, partout en France, pour un spec­ta­cle que j’ai écrit et que je mets en scène : Sou­venirs sou­venirs.

Pou­vez-vous nous en dire plus sur cette com­pag­nie ?
Franck Tra­buc­co et son père l’ont créée, il y a trente ans, avec, à l’époque, l’objectif d’offrir au « troisième âge » de belles et grandes tournées, telles celles d’Annie Cordy, de Mar­cel Amont, ou la dernière des «rois de l’opérette», Merkes et Mer­val. Aujourd’hui, ce sont évidem­ment de nou­veaux spec­ta­cles, atti­rant un pub­lic raje­u­ni, mais il y a tou­jours ce souci de pro­pos­er du vrai théâtre musi­cal, pour tous, partout en France, là où les autres ne vont pas for­cé­ment. Cette com­pag­nie est sans doute la dernière à fonc­tion­ner en totale auto­pro­duc­tion sur quar­ante dates.

On vous a donc demandé d’écrire et de met­tre en scène le spec­ta­cle pour la tournée d’automne-hiver…
On m’a sim­ple­ment don­né le titre : Sou­venirs Sou­venirs. Je trou­vais trop facile d’écrire un énième spec­ta­cle sur les idol­es. Je me suis plutôt dit, ‘racon­tons une his­toire – celle de deux meilleurs amis tra­vail­lant dans un garage –, mettons‑y de l’amour, des rebondisse­ments, du sus­pense… et deux heures de chan­sons français­es. Des grands titres, que j’ai choi­sis car ils font avancer mon réc­it, même s’ils sont loin d’avoir été créés pour cela. J’ai réar­rangé des chan­sons anci­ennes que le grand pub­lic con­nait et je les ai mod­ernisées. Elvis, Bécaud, Voulzy, Sylvie Var­tan, Aznavour… plus d’une ving­taine au total. Cela per­met de faire redé­cou­vrir les textes ou d’oser des ver­sions décalées. Cette année, nous avons ain­si un « Rock Col­lec­tion » totale­ment inat­ten­du.

Et pour l’histoire ?
J’ai beau­coup tra­vail­lé. Je ne voulais pas d’un show qui n’en a que le nom, où l’on case deux phras­es et puis on chante un tube de John­ny. Au con­traire, j’ai écrit des per­son­nages avec de vraies per­son­nal­ités, des sen­ti­ments, et une his­toire avec des ressorts de comédie de boule­vard, parsemée de petits moments d’émotions. En les alter­nant, pour ne pas avoir un tun­nel de rires ou de larmes. Mais je n’ai pas la pré­ten­tion de dire que j’écris des choses extra­or­di­naires. Je veux juste que les gens pren­nent du plaisir, qu’ils s’attachent au réc­it, s’y pro­jet­tent, et quit­tent la salle heureux. Cer­tains spec­ta­teurs nous atten­dent d’une année sur l’autre ! Le pas­sage de la Com­pag­nie Tra­buc­co est devenu dans la plu­part des villes, un vrai ren­dez-vous. Et nous accueil­lons tous les publics, de 7 à 77 ans, y com­pris ceux qui sont tenus éloignés des spec­ta­cles –pour des ques­tions d’horaire ou d’éloignement–, comme les per­son­nes hos­pi­tal­isées, hand­i­capées et qui peu­vent venir avec le per­son­nel hos­pi­tal­ier. On renoue avec la mis­sion ini­tiale de la com­pag­nie : aller à la ren­con­tre de tous.

La troupe de Sou­venirs Sou­venirs © DR

Qui retrou­ve-t-on sur scène ?
Une troupe com­posée de Roland Karl (Roméo et Juli­ette, tournée asi­a­tique), Chiara di Bari (Hair, le Jour­nal d’Adam et Eve, Roméo et Juli­ette, tournée ital­i­enne), Julie Win­gens (Chance, Le Petit Prince…), Lys Nordet (Il était une fois l’opérette, Piaf), Jean-Louis Dupont, Régis Olivi­er (Blanche-neige et moi, Hansel et Gre­tel…), et moi-même pour cer­taines dates. On part à l’ancienne, en tour-bus, pour quar­ante spec­ta­cles.

Des spec­ta­cles en après-midi, et en province, vu de Paris cela peut faire sourire… et don­ner l’image de quelque chose de ringard…
Notre pro­duc­tion a trente ans d’existence, cela impose déjà le respect. Et puis, notre troupe ne manque pas de tal­ents… Mais je com­prends ces a pri­oris : nous jouons en semaine, l’après-midi… le rac­cour­ci est rapi­de que c’est « juste » un « petit spec­ta­cle » pour la province. Je veux me bat­tre con­tre ce cliché. Nous pro­posons de la qual­ité, autant qu’ailleurs. Les 30.000 spec­ta­teurs qui se sont déplacés l’an dernier sont d’ailleurs déjà nom­breux à avoir réservé pour cette année. Mais je laisse cha­cun se faire une opin­ion en venant nous voir ! Je me dis sou­vent que nous faisons ce que fai­sait Molière : par­tir à l’aventure et jouer là où l’on veut bien de nous.

Que vous apporte le fait d’écrire ?
Gamin, je me met­tais très sou­vent sur le toit de la mai­son de mes par­ents, en ren­trant de l’école, et j’écrivais. Des his­toires, des poèmes, des chan­sons. La vie et un cer­tain for­matage inévitable m’ont fait ren­tr­er dans des cas­es. Je ne me sen­tais pas légitime d’écrire, j’avais peur du regard des autres. Aujourd’hui, mes pri­or­ités ont changé, je suis devenu père de famille, et ce regard ne m’importe plus. Je revis depuis que j’écris et que je peux m’exprimer à tra­vers l’écriture ou la mise en scène. N’ayant fait ni école de théâtre, ni de comédie musi­cale, cer­tains codes me man­quent sure­ment, et je suis con­scient que je n’ai pas la cul­ture théâ­trale des gens du méti­er, mais il y a une chose que je sais, c’est com­ment on fait pour touch­er les gens. Ceux qui sont dans la salle, mais aus­si toute la troupe que je dirige et accom­pa­gne. Leur con­fi­ance est un bon­heur.

Mais vous n’oubliez pas la scène…
Surtout pas ! En ce moment, nous sommes en pleines répéti­tions des Para­pluies de Cher­bourg. Je tiendrai le rôle de Roland Cas­sard, aux côtés de Camille Nico­las, Jas­mine Roy, Marie-Cather­ine Baclin, Gaé­tan Borg, Franck Vin­cent, Julie Win­gens… La pre­mière est le 15 décem­bre à Charleroi en Bel­gique. C’est une créa­tion inédite, qui promet d’être très sur­prenante au niveau scénique, avec une alter­nance scènes et vidéo filmée en direct.

Finale­ment, prenez- vous plus de plaisir sur scène ou dans l’ombre ?
Les deux évidem­ment. Michel Bou­quet dis­ait : « Je ne suis qu’un acteur, le méti­er réservé aux moins doués des artistes ». Notre méti­er, c’est don­ner du plaisir aux gens et en recevoir. Aucun artiste ne fait des choses sans avoir besoin d’amour en retour, ou alors il se ment à lui-même. Écrire ou jouer, c’est un bon­heur pour moi.

Sou­venirs-Sou­venirs.
Du 3 novem­bre au 31 jan­vi­er 2018, dans toute la France.
Réser­va­tions : points de vente habituels, et toutes les dates sur http://www.compagnietrabucco.com/automne2017.html

Les Para­pluies de Cher­bourg
Dès le 15 décem­bre 2017, en Bel­gique et en France.
Toutes les infor­ma­tions sur: lesparapluiesdecherbourg.com