Le frigo ronronne, la machine à café fait des caprices, le bureau déborde. Ce décor capharnaüm reflète l’esprit de ce spectacle hybride et troublant qui va à la rencontre de jeunes toreros d’aujourd’hui. À la frontière de l’autobiographie et du documentaire, Jean-Baptiste Tur, cofondateur de la compagnie Le Grand Cerf Bleu, embrasse ses outils de création de prédilection – un théâtre branché sur ses intuitions, la musique en live et le cinéma pour traquer le réel – et élabore avec malice un récit de fuite et de retour en terres occitanes. Mise à nu et tragédie, la corrida et sa puissance rituelle irriguent ce spectacle incandescent et musical. Il ne s’agit pas là de réhabiliter une pratique controversée et problématique, mais de la questionner en tant que rituel, tradition.
Notre avis (représentation du vendredi 2 octobre 2026) : C'est dans un appartement-studio que David nous invite le temps d'une session de travail. Il est question de la réalisation d'un documentaire autour de l'enfance et de la corrida. Puis le temps se disloque, permettant à la fable de s'installer. Brouiller les pistes, telle est l'intention du metteur en scène, il y parvient parfaitement. Le comédien déroule un récit qui pourrait être totalement autobiographique, mais qui ne l'est que partiellement, se mêlant en cela au parcours du metteur en scène. La transmission d'un père à son fils et la corrida y tiennent les places centrales. Pour traiter ce sujet, le metteur en scène mêle jeu théâtral, projection d'un documentaire en cours de fabrication et musique jouée en direct, y compris par une fanfare.
Le résultat, s'il peut un temps déconcerter, s'avère payant. Le (fort bon) comédien David Ayala se prête à ce jeu immersif sans retenue, provoquant facilement une empathie de la part du public, invité à réfléchir sur la corrida. Évitant prosélytisme ou démonstration lourde, le spectacle aborde un ton qui oscille entre la comédie et le drame, la lumière scintillante des costumes de toreros côtoyant la mort d'un animal. Plusieurs jeunes femmes et jeunes hommes témoignent, dans le cadre du documentaire, sur leur appétit pour faire vivre la corrida. Comme fil rouge, la fabrication de ce documentaire donne lieu à diverses scènes plus ou moins cocasses, entre un dialogue pas piqué des hannetons entre David et sa mère (qu'il incarne), ou, dans une séquence au contenu un peu attendu, un échange avec une productrice plus attirée par le star-system que par le contenu du projet qui lui est présenté.
La sincérité qui se dégage du spectacle l'emporte sur ses quelques faiblesses et David Ayala livre une prestation plus qu'incarnée.


























