Thomas Bernier s’habille en auteur…

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De West Side Story aux Fourberies de Scapin, Thomas Bernier occupe les planches depuis plus d’une décennie.
Le comédien de 32 ans nous avait confié en 2021 son amour pour l’écriture, alors qu’il présentait sa première pièce Signé César. Le voilà de nouveau auteur et metteur en scène d’une pièce de théâtre musical qu’il annonce « colorée, pop et décalée » : J’ai toujours rêvé d’être Meryl Streep. Rencontre.

Thomas, pourquoi un nouveau spectacle ?
L'idée et le thème me sont venus l'an dernier, je me suis aussitôt dit, sans hésiter "j'écris" ! Après Signé César, qui était plutôt une comédie dramatique, j'avais envie de rire, de m'amuser. J'ai laissé aller mon imagination et ma création avec un texte léger, sans prétention, une pure comédie, drôle et décalée. Une bouffée d'oxygène. Entre écriture, relectures, corrections, le livret m'a pris un an.

Quelle en est l'histoire ? 
J'invite le public à suivre Jessica, une jeune femme dont la tante meurt sans avoir réalisé son rêve. C'est un déclic pour Jessica qui va alors tout faire pour réaliser le sien: devenir Meryl Streep. Elle se met en tête de recopier à l'identique le parcours de son idole, et se lance dans une énorme ToDo-list de toutes les étapes, allant jusqu'à quitter son poste de conseillère en emploi. Son plan repose sur trois parties : La formation, le théâtre et le cinéma. Forcément, rien ne va se passer comme prévu !  C'est très décalé, léger, assez déjanté!

Le point de départ du spectacle ont été ces questions : jusqu'où peut aller l'admiration pour quelqu'un ? à force de vouloir ressembler à quelqu'un d'autre, de vouloir se projeter, ne finit-on pas par s'oublier soi-même?  A travers mon héroïne, j'explore ce moment où la fascination devient motivation. C'est aussi une ode aux originaux, à ceux qui doutent, qui se sous-estiment, alors qu'ils possèdent en eux la force des géants. Idolâtrer c'est bien, se faire confiance, c'est mieux !

Faut-il y voir un témoignage personnel?
Il y a des petits clins d’œil. Et un peu de moi bien sûr ! Jessica va découvrir le métier de comédien, dont l'image est parfois idéalisée. Notamment aujourd'hui avec tous les réseaux sociaux. On a tendance à oublier le travail, les efforts, les échecs qui constituent pourtant une grande part du quotidien des artistes. Je veux mettre en lumière les coulisses de ce métier : la quête permanente de reconnaissance, les remises en question, les refus, les doutes... Sous les paillettes se cache une réalité moins glamour.

Derrière les moments de triomphes, de joie et de réussite, combien de jours de galères... J'y ai moi-même été confronté. Je me suis ainsi retrouvé dans le film Paradis Paris de Marjane Satrapi avec Rossy de Palma. Tout le monde s'emballait de voir mon nom sur une affiche de cinéma, pourtant lors du Covid, je ne savais pas si je ferais mes cachets. Ce métier ce sont un peu les montagnes russes émotionnelles...

Comment avez-vous choisi la distribution?
C'est simple: j'ai besoin de travailler avec des gens que j'admire et des passionnés. J'ai donc contacté directement Jeanne Jerosme (Starmania, Company), Bastien Monier (Les Misérables au Châtelet, Sherlock Homes, Lily et Lily...) et Lucie Riedinger (La Famille Addams, Les Instants volés). Et j'ai proposé à Maxime Guerville (Le Roi lion, Le Tour du monde en 80 jours), Ilona Dilange et Nicolas Soulié (Rebecca, La Petite Fille aux Allumettes...)  de passer des essais.
Je suis toujours honoré que des comédiens acceptent de se présenter devant moi. En tant qu'artiste, je sais ce que représente passer une audition. C'est aussi terrifiant qu'enrichissant ! C'est une rencontre, un échange, un exercice d'humilité et de confiance mutuelle. Finalement, un artiste a autant besoin de toi que tu as besoin d'eux.
Il faut d'ailleurs ajouter une septième personne !  Enfin, disons, une voix, la voix française de Meryl Streep: Frédérique Tirmont, qui a accepté de faire une petite apparition vocale.

On change de dimension par rapport à ma première création. Signé César n'était qu'une pièce de théâtre, cette fois, la musique occupe une place importante et un intérêt narratif.  J'ai co- composé avec Charlotte Gauthier. Chef d'orchestre des Misérables, Directrice musicale du Guide du parfait gentleman assassin au Théâtre du Palais Royal, Charlotte a une expertise et un vrai savoir-faire musical. Nous avons composé des airs allant du tango, à la pop ou l’électro. Comme pour le livret, le mot d'ordre était "coloré"!   La musique n'est pas simplement présente, elle soutient les mots, révèle les états émotionnels des personnages, et participe activement au récit.  Nicolas del Gallo a signé les arrangements avec Charlotte. Enfin, j'ai fait appel à Alvaro Ruault (le Barbier de Séville) pour la création lumière. 

(c) Kriss Logan
L'an dernier, vous avez chorégraphié Robin des Bois, la Légende ou presque, vous ne voulez plus être sur scène ?
Pas du tout!   Pour monter des projets, pour créer, c'est important de se nourrir. Ces dernières années, j'ai été sur scène aussi bien pour des musicaux (West Side Story à l'Opéra du Rhin, Cole Porter in Paris au Châtelet, ou encore South Pacific à l'Opéra de Toulon), que du théâtre classique, comme Les Fourberies de Scapin que nous avons joué au Lucernaire, ou des pièces contemporaines, telle Tom à la Ferme à la Manufacture des Abbesses. La scène est indispensable ! Je pourrais ajouter le doublage, la pub... Je joue d'ailleurs actuellement une pièce de Jean-Luc Lagarce au Funambule Montmartre :  Elles disent... L'Odyssée.

Lorsque je ne suis pas sur scène moi-même, c'est un vrai plaisir de mettre les autres en lumière. Mais diriger, mettre en scène, emmener la troupe vers ce que j'ai imaginé, travailler les intentions et le jeu des personnages représente beaucoup d'investissement et nécessite du recul.

D'où vous vient ce besoin d'écrire ?  

Le besoin de raconter des histoires. Mais à la différence d'un livre ou d'un journal intime, j'ai envie de les partager, de créer un lien. Je n'écris pas pour moi ! Tout petit, j'ai été bercé à aux récits de ma grand mère, ses souvenirs d'enfance, de la guerre... qu'elle nous contait sans cesse, avec toujours la même fougue. Cela a fait naitre en moi la même envie.
J'ai eu pourtant beaucoup de mal à me lancer dans l'écriture. J'ai longtemps hésité. Jusqu'au moment où je m'y suis risqué ! Avec autant d'audace que d'humilité. Et de lucidité: Je n'ai pas la prétention d'écrire des choses révolutionnaires, mais j'y mets mon corps, mon âme, toute ma passion. A l'image de mon héroïne, j'ose!  J'aime à croire qu'oser tenter est déjà une forme de réussite!

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