Le Châtelet annonce sa saison 2020–2021

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La pro­gram­ma­tion de la deux­ième sai­son du Châtelet, depuis sa réou­ver­ture à la suite d’im­por­tants travaux et la mise en place d’une nou­velle direc­tion, sera à l’im­age de la pre­mière : éclec­tique.

C’est à Pan­tin, aux Mag­a­sins généraux, que Thomas Lau­ri­ot Dit Pre­vost et Ruth McKen­zie, respec­tive­ment directeur général et direc­trice artis­tique de l’étab­lisse­ment, ont dévoilé la prochaine sai­son. Notons le nou­veau cre­do : « Un grand théâtre pour les Grands Parisiens. » Enten­dre par là : non pas les Parisiens de plus d’1m80, mais les habi­tants de Paris et du Grand Paris. Et l’ou­ver­ture vers les villes de ban­lieue est une réal­ité, notam­ment avec le tra­vail qu’Abd Al Malik a ini­tié et pour­suit avec les jeunes de Seine-Saint-Denis. À ce titre, la reprise des Justes, spec­ta­cle à la mise en scène engagée, se veut un pro­longe­ment de ce tra­vail d’ou­ver­ture — le puis­sant texte de Camus étant de nature à provo­quer des réflex­ions chez tous les publics, y com­pris ceux des jeunes de ban­lieue.

Les nos­tal­giques de l’époque pas si éloignée où les comédies musi­cales et les opérettes s’en­chaî­naient vont sans doute con­tin­uer de devoir aller s’abreuver ailleurs. Seule la reprise de 42nd Street — créée in loco lors de la sai­son 2016–2017, dernier musi­cal avant la fer­me­ture pour travaux — pour­ra éventuelle­ment les séduire… surtout que les déten­teurs de bil­lets pour le spec­ta­cle auront la pos­si­bil­ité, avant la représen­ta­tion, de s’ini­ti­er aux cla­que­ttes grâce à des cours dis­pen­sés par Vic­tor Cuno, incon­tourn­able du genre. De quoi donc tester des élé­ments de choré­gra­phie avant de les admir­er sur scène. Afin de présen­ter cette reprise, Rachel Stan­ley, fab­uleuse mère de Fan­ny Brice dans Fun­ny Girl, est venue inter­préter un med­ley des airs de ce musi­cal.

Rachel nous con­fie : « J’ai un lien par­ti­c­uli­er avec 42nd Street. En effet, en sor­tant de l’école, ce fut mon pre­mier con­trat. J’avais 18 ans et c’é­tait à la suite d’une audi­tion mon­stre pour Peg­gy Sawyer. Un nom­bre de pos­tu­lants incroy­ables… j’étais stupé­faite d’avoir été choisie. Avec cette pro­duc­tion, c’est comme si une boucle se bouclait. Cette fois, je serai Dorothy Brock ! C’est une vedette sur le déclin qui vit un voy­age au tra­vers de cette his­toire… une amoureuse, ter­ri­fiée par la vie qui avance. Ce musi­cal est par­ti­c­uli­er tant par son suc­cès que par ce qu’il racon­te sur les couliss­es de Broad­way… sans par­ler de l’ouverture du spec­ta­cle, telle que choré­graphiée par Gow­er Cham­pi­on… l’une des plus belles jamais vues. Hélas, dans ce nou­veau rôle, je ne danse plus, je laisse cela aux jeunes ! Toute­fois, je ne vous cache pas que, après Fun­ny Girl, je suis ravie de revenir dans votre ville, je vais vrai­ment devenir une Parisi­enne pour de bon ! Et le Châtelet, ren­dez-vous compte… J’ai vrai­ment beau­coup de chance de jouer dans ce spec­ta­cle après Marigny, où j’ai vécu telle­ment de superbes moments. Je prends le musi­cal comme une thérapie. On ne sauve pas des vies, mais on apporte du plaisir aux gens, et c’est impor­tant dans les temps trou­blés. Vous voyez aujourd’hui… c’est l’anniversaire de la mort de ma mère. Inter­préter ce med­ley de 42nd Street prend égale­ment un autre sens pour moi. Ma mère aurait adoré être artiste, si seule­ment on l’avais lais­sée libre… Alors je pense très fort à elle et, tout à l’heure, j’ai chan­té à sa mémoire, en étant joyeuse sur scène pour elle, comme pour lui dire : “Mer­ci, je ne t’oublie pas.” Ce sera une belle expéri­ence. Je ne réfléchis pas trop à com­ment abor­der le rôle, puisque j’attends de la col­lab­o­ra­tion avec le met­teur en scène et avec mes parte­naires de trou­ver cor­recte­ment le per­son­nage. » Et lorsqu’on lui demande quel air de comédie musi­cale l’aide à tenir lors de moments dif­fi­ciles : « Je répondrai sans hésiter : “There’s No Busi­ness Like Show Busi­ness”. C’est un peu un hymne pour notre méti­er et chaque parole résonne très fort en moi. »

La pro­duc­tion itinérante, mise en scène par Katie Mitchell, de Lessons in Love and Vio­lence, le for­mi­da­ble opéra de George Ben­jamin créé en 2018 qui racon­te la chute du roi Édouard II d’An­gleterre, aura l’hon­neur d’être dirigée par le com­pos­i­teur.

On sur­veillera l’ar­rivée de Mort à Venise, non pas l’opéra de Ben­jamin Brit­ten, mais une pro­duc­tion néer­landaise de théâtre d’après le roman de Thomas Mann accom­pa­g­né de musiques signées Richard Strauss , Clau­dio Mon­tever­di , Arnold Schön­berg , Anton Webern , Jean-Sébastien Bach , Nico Muhl, mise en scène par Ivo van Hove — dont on peut décou­vrir depuis quelques semaines la nou­velle et rad­i­cale vision de West Side Sto­ry au Broad­way The­atre de New York.

La mag­nifique pro­duc­tion, elle aus­si itinérante, mise en scène par Robert Lep­age, toute en ombres chi­nois­es et mar­i­on­nettes, du Rossig­nol et autres fables sur les musiques d’Ig­or Stravin­sky sera égale­ment à l’af­fiche.

Enfin, une Pas­sion selon saint Jean, pili­er du réper­toire de Jean-Sébastien Bach, mise scène par le sul­fureux Cal­ix­to Bieito, pour­rait, à l’in­star du Saül présen­té cette sai­son, se révéler un heureux mélange des gen­res.

À côté de con­certs, de soirées de bal­lets et de créa­tions dans le domaine des musiques du monde, on note la reprise de Per­le noire : médi­ta­tions pour Joséphine que les spec­ta­teurs pour­ront déjà décou­vrir en avril 2020.

Pour présen­ter cette future reprise, du 22 au 31 mai 2021, venus directe­ment de New York pour don­ner à enten­dre l’u­nivers musi­cal de cette œuvre inspirée de la vie de Joséphine Bak­er, la vio­loniste Jen­nifer Cur­tis et le sax­o­phon­iste Ryan Muncy s’ac­cor­dent à dire qu’il est essen­tiel de « garder l’intégrité du sens de ses chan­sons et, plus large­ment, de ce qu’elle fut dans la vie dans toute sa com­plex­ité ».
« L’approche du spec­ta­cle vise aus­si com­ment Joséphine Bak­er fut et est encore perçue dans notre pays. Nous avons inter­prété une ver­sion revis­itée de plusieurs airs, qui ne sont pas for­cé­ment les plus con­nus en France comme “Bye Bye Black­bird”. Avec la musique d’aujourd’hui nous faisons revivre cette femme excep­tion­nelle. » Ryan ajoute : « La musique a une tonal­ité très blues, ce qui prend tout son sens pour Tyshawn Sorey, la com­positrice puisque c’est ce qu’elle con­naît le mieux. » Jen­nifer com­plète : « Le blues vient de l’époque de l’esclavage et, comme vous le savez, les orig­ines de Joséphine sont liées à cela. Ce sera un hom­mage à ses ancêtres, à la souf­france endurée par eux… et par elle. Nous explorons en pro­fondeur la chan­son pop­u­laire de cette époque, mais par le biais de notre inter­pré­ta­tion, en relisant ses airs via notre prisme. » Ryan : « La com­plex­ité de vivre en Amérique à cette époque, le racisme dans ce pays, qui per­dure encore sous une autre forme, nous motive pour cet hom­mage. À par­tir de ce qui s’est passé durant ces années, dans la manière dont l’Amérique ne l’a jamais recon­nue à sa juste valeur, cela me touche par­ti­c­ulière­ment de faire ce spec­ta­cle autour d’elle. Cela m’interroge dans mon pro­pre rap­port à la musique. Le racisme, le sex­isme, l’ont atteinte. Ce sont des thèmes qui, hélas réson­nent encore aujourd’hui. » Ryan indique : « Un autre élé­ment qui nous stim­ule est que Tyshawn, à par­tir d’une base écrite, nous laisse une bonne part d’improvisation. Nous devons donc nous écouter et jouer véri­ta­ble­ment en com­mu­nion. Le spec­ta­cle a cinq ans et chaque représen­ta­tion est un réel défi. La flu­id­ité entre les musi­ciens n’a donc fait que grandir et nous sommes impa­tients de vous faire décou­vrir ce spec­ta­cle au Châtelet. »

Éclec­tique, on vous dis­ait ! La pro­gram­ma­tion com­plète est disponible sur le site du Châtelet.

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