L’Écume des jours

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À La Folie Théâtre - 6, rue de la Folie-Méricourt - 75011 Paris.
Du 23 janvier au 29 mars 2020.
Les jeudis à 19h30, samedis à 18h et dimanches à 16h30.
Réservations et renseignements sur le site du théâtre.

Tan­dis que l’écrivain s’apprête à écrire les pre­mières lignes de son his­toire, ses héros pren­nent vie et chantent ses plus grandes chan­sons. Col­in a tout pour être heureux : un bel apparte­ment baigné de lumière où l’on chante et joue du jazz, de l’argent, des objets loufo­ques, ses amis Chick, Alise, Nico­las et Isis, et des souris qui lui tien­nent com­pag­nie. Mais il se rend compte d’une chose : ce qu’il lui manque, c’est l’amour.

Notre avis : Boris Vian avait prédit qu’il mour­rait avant quar­ante ans, il en aurait cent cette année. C’est à l’oc­ca­sion de cet anniver­saire que la com­pag­nie Les Joues Rouges a décidé de porter L’Éc­ume des jours à la scène. Pub­lié en 1947, ce désor­mais clas­sique n’eut pour­tant aucun suc­cès du vivant de son auteur, mais fut finale­ment réha­bil­ité par la jeunesse des années soix­ante. Il n’est cer­taine­ment pas évi­dent d’adapter cette œuvre aus­si com­plexe, riche, poé­tique, imag­i­na­tive et sou­vent far­felue, et qui abor­de autant de thèmes, tels que l’amour, la tristesse, la pas­sion, la mal­adie, le monde du tra­vail ou le deuil.

Sur scène, Boris Vian est présent aux côtés de ses per­son­nages et, très rapi­de­ment, un jeu s’in­stalle entre eux. D’abord, on voit les pro­tag­o­nistes se dessin­er sous la baguette de leur démi­urge, puis ils pren­nent le relais, s’ap­pro­pri­ant leur his­toire sous le regard éton­né de l’écrivain. Le texte prend ain­si un relief tout par­ti­c­uli­er, tout comme les cita­tions choisies et dic­tées par l’au­teur qui revêt par­fois le rôle de nar­ra­teur.

Même si on aurait pu imag­in­er un décor plus étof­fé, on retrou­ve sur scène des élé­ments clés, comme le « pianock­tail », la cui­sine de Nico­las, un tourne-disque et la cham­bre fleurie de Chloé, qui nous rep­lon­gent instan­ta­né­ment dans l’u­nivers du roman. Des tran­si­tions très énergiques et bien choré­graphiées ryth­ment la pre­mière par­tie du spec­ta­cle et nous rap­pel­lent aus­si la verve dynamique et très imagée de Boris Vian. Dans la sec­onde moitié, une ambiance bien plus froide et grave s’in­stalle au même rythme que la mal­adie de Chloé ; un joli tra­vail des lumières accom­pa­gne cette tran­si­tion.

Le choix d’in­ter­préter les chan­sons orig­i­nales de Boris Vian et de les inté­gr­er au sein de la nar­ra­tion s’avère per­ti­nent. Les comé­di­ens réus­sis­sent un sub­til tra­vail de jeu sur ces textes, d’abord très amu­sants puis poignants, nous per­me­t­tant ain­si de les redé­cou­vrir sous un nou­veau jour et de les appréci­er encore plus. Les per­son­nages sec­ondaires ne sont jamais en reste : en véri­ta­ble com­ic relief, ils ponctuent le spec­ta­cle de notes d’hu­mour bien­v­enues, comme le médecin à l’air malade qui rappe ou Jean-Sol Partre (le dou­ble cari­ac­tur­al de Jean-Paul Sartre) qui pousse la chan­son­nette.

Le pari est donc réus­si pour la com­pag­nie Les Joues Rouges, qui a su recréer l’at­mo­sphère absurde mais surtout poé­tique du roman, toute baignée de jazz et de philoso­phie exis­ten­tial­iste. Et c’est avec plaisir que l’on retrou­ve le por­trait de cette jeunesse inno­cente, impul­sive et pleine d’e­spoir. On sort de ce spec­ta­cle plus qu’é­mu, et touché par tout l’amour pour Boris Vian que Claudie Rus­so-Pelosi a dis­til­lé dans sa mise en scène.

© Philippe Denis
© Philippe Denis

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