Point Nemo

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Théâtre du Châtelet – place du Châtelet – 75001 Paris
Du 25 au 29 septembre 2026
Plus d’information en cliquant ici.

À la genèse de ce projet artistique porté par le collectif belge FC Bergman, qui réunit Stef Aerts, Joé Agemans et Marie Vinck, une partition : Drumming, l’œuvre la plus longue jamais écrite par l’Américain Steve Reich. En 1970, de retour d’un voyage au Ghana où il a étudié les percussions africaines, il compose, une année durant, cette pièce hors-norme créée au musée d’Art moderne de New York, le 3 septembre 1971. Basée sur un seul motif rythmique, Drumming peut donner l’apparence d’une musique répétitive, et peut-être immobile. Pourtant, le compositeur emploie la technique du déphasage qu’il maîtrise alors à la perfection et l’œuvre change, sans cesse, créant par là même un autre rapport au temps pour l’auditeur. Souvent citée afin d’illustrer le courant de la musique minimaliste, Drumming mobilise aussi bien la percussion que la voix, ou encore le silence. FC Bergman puise dans cette approche, à la fois musicale et transcendantale, la source de son inspiration.

Alors qu’émerge l’idée du point Nemo à l’horizon de cette nouvelle création, le projet d’une réponse abstraite à une musique abstraite éclôt. En effet, quoi de mieux pour le collectif FC Bergman, dont l’œuvre s’articule autour du « vaste monde » et de la quête de repères de l’homme dans un espace-temps où chacun cherche sa place, que le point Nemo, lieu le plus éloigné de toute terre habitée ? Sinon que, ici, le point Nemo n’est pas appréhendé au sens propre, mais plutôt au sens figuré, tel un cimetière de l’espérance, où toute tentative de contrôle de l’existence serait vaine.

Adaptée, façonnée et dictée par la musique, l’installation scénique devient peu à peu le personnage principal de ce spectacle. Pensé comme une performance et dénué de texte, Point Nemo est une errance dans les fragments du monde habité, où le jardin d’Éden, artificiel parce que contrôlé par la main de l’homme, se disloque lentement. Une manière de nous rappeler à notre propre humanité : accepter l’illusion du contrôle pour mieux contempler la beauté de la vie. Expérience à la fois sonore, sensorielle et physique, Point Nemo est une métaphore de l’existence, ou une ode au lâcher-prise.

Notre avis sur la représentation du 25 septembre 2026 : La programmation du Théâtre du Châtelet se veut éclectique.
La démonstration en est faite avec Point Nemo, création parisienne du collectif belge FC Bergman. Profondément ancré non seulement dans son pays, mais également à l'international, il se veut d'avant-garde et prêt à toutes les audaces.

Il s'attaque aujourd'hui à une pièce maîtresse du compositeur de musique minimaliste Steve Reich : Drumming. Accompagné par l'ensemble intercontemporain et par les Synergy Vocals, cet inclassable ovni musical trouve un déploiement exceptionnel sur le vaste plateau du Châtelet.
L'argument déroute et peut sembler obscur : sommes-nous les témoins d'une fin du monde programmée ? La nature se décompose, l'être humain également.
Impuissants devant ce spectacle, les éléments eux-mêmes semblent vouloir également disparaître. Le dispositif scénique impressionne, la musique de Reich envoûte comme toujours et nous laisse assez sidérés.

Le ballet incessant des protagonistes sur scène qui font et qui défont (pour qui pourquoi ?) interroge et intrigue le spectateur pris en otage dans ce bien curieux univers. Ces soixante-dix minutes passent hélas trop vite pour que l'immersion soit totale ; nous saluons cependant l'audace du programmateur pour cette rareté qui fait la richesse d'une saison riche et palpitante.

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