Rencontre avec Lin-Manuel Miranda et Rob Marshall

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Mary Pop­pins, la nounou ancrée dans toutes les mémoires

Mary Pop­pins est le pre­mier film que le pro­duc­teur et réal­isa­teur Rob Mar­shall ait vu à qua­tre ans et il en garde un sou­venir impériss­able, « ce film coule dans mes veines et dans celles de beau­coup d’autres, en par­ti­c­uli­er Scott Wit­man et Marc Shaiman, c’est pourquoi je leur ai demandé de créer la musique du Retour de Mary Pop­pins. Chaque chan­son du pre­mier film, chaque scène est inscrite dans mon ADN ». Réalis­er ce film a donc été pour Rob Mar­shall un “rêve d’en­fance devenu réal­ité”. Et lorsqu’il s’est retrou­vé à diriger Dick Van Dycke, l’inoubliable Bert, il était si ému qu’il n’a jamais réus­si à dire « Coupez ».

Pour Lin-Manuel Miran­da, c’est en arrivant sur le tour­nage qu’il s’est ren­du compte qu’il était lui aus­si incon­sciem­ment mar­qué par Mary Pop­pins : « Je me suis aperçu en le voy­ant à la télévi­sion que je con­nais­sais le numéro des pin­gouins par coeur parce que je le dan­sais, enfant, et lorsque sur le plateau, j’ai vu le cerf-volant, avec les morceaux de fly­ers des suf­fragettes du pre­mier film, les sou­venirs sont remon­tés et j’en ai eu des fris­sons, j’ai réal­isé à quel point ce film était ancré en moi ».

Lin-Manuel Miran­da avoue d’ailleurs avoir emprun­té un procédé musi­cal aux frères Sher­man, auteurs des pre­mières chan­sons de Mary Pop­pins, pour Hamil­ton : « dans le morceau “Spoon­ful of sug­ar”, la musique et le texte vont dans le sens con­traire, la musique monte dans les aigus alors que les paroles par­lent de couler (« A spoon­ful of sug­ar helps the med­i­cine go down » / « c’est le morceau de sucre qui aide la médecine à couler »), dans Hamil­ton, je m’en suis servi pour le roi George III, lorqu’il chante « Oceans rise, empires fall », la musique descend sur « rise » et monte sur « fall ».

Une let­tre d’amour au film de Robert Steven­son

Que ce soient les pro­duc­teurs ou les comé­di­ens Emi­ly Blunt et Lin-Manuel Miran­da, tout le monde avait la même envie pour cette suite : ren­dre hom­mage à l’oeuvre iconique de 1964. Il n’était pas ques­tion d’en faire un remake ou de vouloir le sur­pass­er à coup de mod­erni­sa­tion exces­sive, mais bien de créer une suite, inspirée du film, tant dans sa con­cep­tion visuelle que dans sa musique.

« La clé était de cap­tur­er l’e­sprit du pre­mier film, autant dans le ton que dans la musique, et d’en faire une nou­velle his­toire. Lui ren­dre hom­mage mais aus­si créer quelque chose de nou­veau avec beau­coup de soin et d’amour. » C’est pourquoi on retrou­ve des séquences sur le même mod­èle, comme le mélange de film et de 2D ou un grand numéro dan­sé à la manière de “Step in Time”, comme le dit Rob Mar­shall, « si ces séquences n’avaient pas été tournées, nous auri­ons eu l’im­pres­sion de trich­er et de ne pas ren­dre hom­mage au film ».

Le Retour de Mary Pop­pins se déroulant 25 années après le pre­mier film, la musique reflète les années 30 et est donc plus swing et jazz mais reste dans l’e­sprit du pre­mier, comme une let­tre d’amour. Il y a donc eu une légère mod­erni­sa­tion… mais pas trop, « avoir sim­ple­ment des remix de step pour faire mod­erne aurait été un vrai cauchemar » s’a­muse Lin-Manuel Miran­da.

La cerise sur le gâteau pour l’équipe du film a été l’ad­hé­sion de Richard Sher­man, en vis­ite sur le tour­nage, il s’est com­porté comme un véri­ta­ble sup­port­er et a approu­vé la nou­velle créa­tion.

Des chan­sons tail­lées sur-mesure

C’est à Scott Wit­man et Marc Shaiman que Rob Mar­shall a con­fié le soin de créer les nou­velles chan­sons du film : « Ils ont pu, comme des tailleurs, écrire sur-mesure pour les comé­di­ens, s’adapter à leur ton, aux per­son­nages, à l’his­toire, c’é­tait une véri­ta­ble col­lab­o­ra­tion. » Il y a par exem­ple eu qua­tre ver­sions du numéro d’ou­ver­ture, toutes tra­vail­lées étroite­ment avec Lin-Manuel Miran­da, pour trou­ver celle qui intro­duirait le mieux le film. Chaque morceau a été adap­té en fonc­tion des besoins du film et de ses inter­prètes. Le tra­vail a été très col­lab­o­ratif afin d’obtenir la meilleure flu­id­ité pos­si­ble, ils ont d’ailleurs régulière­ment chan­té en direct, sans utilis­er les pré-enreg­istrements pour que les enchaîne­ments entre les scènes jouées et chan­tées soient limpi­des.

Pour Miran­da, c’é­tait une mag­nifique oppor­tu­nité de pou­voir chanter les chan­sons d’autres com­pos­i­teurs de Broad­way — il ne parvient d’ailleurs tou­jours pas à croire qu’il puisse s’ap­pel­er lui même « com­pos­i­teur de Broad­way » : « c’est un hon­neur d’avoir de tels com­pos­i­teurs qui m’écrivent des chan­sons sur-mesure, je serais inca­pable d’écrire dans leur style. J’aime autant créer des vête­ments que les porter, et dans ce cas pré­cis, être vêtu de tels cos­tumes était un hon­neur et un plaisir. »
La seule frus­tra­tion était de jouer, chanter et danser en y met­tant toute son énergie et tout son cœur, sans avoir le retour immé­di­at du pub­lic, de devoir atten­dre plus d’un an avant de savoir si tout ce qu’ils ont créé ensem­ble, plairait ou pas… C’est main­tenant l’heure du ver­dict, si vous ne l’avez pas encore vu, à vous de vous faire votre avis !

Notre cri­tique.

Le Retour de Mary Pop­pins, film de Rob Mar­shall, avec Emi­ly Blunt, Lin-Manuel Miran­da, Ben Wishaw, Emi­ly Mor­timer, Julie Wal­ters, Meryl Streep… En salles depuis le 19 décem­bre 2018.