Avignon Off 2017 — Rue de la Belle Ecume (Critique)

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Com­pos­i­teur : Philippe Bra­mi.
Auteur : Chris­t­ian Faviez.
Direc­tion musi­cale : Roland Romanel­li.
Lumières : Jacques Rou­vey­rol­lis.
Avec : Lau­rent Viel, Emi­ly Pel­lo, roland Romanel­li & Jeff Mignot.

Madeleine chante Jacques Brel… Le gorille chante Georges Brassens… Le légion­naire chante Édith Piaf…

Non ce n’est pas le monde à l’en­vers, ça se passe comme ça Rue de la Belle Écume.

Cette rue où les per­son­nages incon­tourn­ables du réper­toire de la chan­son française vous racon­tent leurs his­toires, vous réserve bien d’autres sur­pris­es et vous fera pass­er du rire aux larmes.

Notre avis (écrit en juil­let 2015) :

Des spec­ta­cles ren­dant hom­mage aux Brel, Piaf, Bécaud, Bar­bara, Aznavour et con­sorts, il y en a à la pelle et ils se ressem­blent beau­coup. Celui-ci est unique : Chris­t­ian Faviez a trou­vé un for­mi­da­ble moyen pour nous faire voy­ager dans le temps. Mais pour cela, pas besoin d’écouter à nou­veau les hits que sont « L’aigle noir », « Il venait d’avoir 18 ans », « La mer » et autre « A bicy­clette ». L’auteur a tout sim­ple­ment décidé de faire chanter les per­son­nages de ces chan­sons his­toriques.

La Nathalie de Bécaud nous évoque le sou­venir de Gilbert quand il était venu vis­iter Moscou. Le jeune de 18 ans nous chante son expéri­ence avec Yolan­da tout en avouant qu’il serait resté si elle l’avait retenu. Le légion­naire racon­te sa nuit avec la môme, sa meilleure… C’est bien écrit, plaisant, enjoué ou mélan­col­ique et les accords d’introduction de chaque chan­son nous rap­pel­lent l’originale. A not­er que tous les titres inter­prétés sont inédits. Vu le sujet, faire une créa­tion était une gageure. Et Chris­t­ian Faviez s’en sort avec les hon­neurs, aidé de Philippe Bra­mi à la com­po­si­tion. Les chan­sons ont une atmo­sphère, une vibra­tion et une per­son­nal­ité pro­pres. Mal­gré une propen­sion à tomber dans la mélan­col­ie un peu trop facile­ment, c’est très réus­si.

Les artistes sur scène met­tent leur tal­ent au ser­vice de ce spec­ta­cle. On ne présente plus l’excellent Roland Romanel­li, à la direc­tion musi­cale, au piano et à l’accordéon. Ses dix doigts se baladent d’un clavier à l’autre avec une dex­térité et une musi­cal­ité enivrantes. Il est accom­pa­g­né par le très dis­cret et effi­cace Jeff Mignot à la gui­tare. A eux deux, ils habil­lent chaque chan­son d’une ambiance déli­cate.

Le chant est assuré par Emi­ly Pel­lo et Lau­rent Viel. Lui est ryth­mique, elle mélodique. Ils se com­plè­tent et inter­prè­tent avec bon­heur les dif­férents per­son­nages cultes de la chan­son française. Une men­tion spé­ciale pour un numéro haut en couleurs : celui où Emi­ly Pel­lo inter­prète la fameuse Féli­cie de Fer­nan­del ! Un numéro très cabaret pen­dant lequel le pau­vre Fer­nand en prend pour son grade et où la Féli­cie rétablit un peu la vérité. C’est drôle et la chanteuse nous fait un show de qual­ité.

Le décor, avec une très jolie toile de fond représen­tant une vieille rue avec un com­merce et une radio d’époque sur le devant de la scène qui nous ren­voie régulière­ment dans le passé, les lumières, signées Jacques Rou­vey­rol­lis ain­si que la mise en scène sont à la fois sobres et effi­caces.

N’hésitez pas à flân­er du côté de la rue de la Belle Ecume, vous serez enchan­tés de décou­vrir ces per­son­nages sous un éclairage dif­férent. Ce spec­ta­cle est à voir et à écouter. Un très beau moment à pass­er bien qu’un peu court : on resterait bien volon­tiers plus longtemps avec tous ces per­son­nages…