Spéculum

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Manufacture des abbesses — 7, rue Véron — 75018 Paris
Du 15 février au 21 mars, les jeudis, vendredis et samedis à 19h. Relâches le 27 février et les 5, 6, et 7 mars.

Spécu­lum — 2021, l’Odyssée du corps des femmes

Une création collective de Delphine Biard, Flore Grimaud et Caroline Sahuquet.
Collaboration artistique : Kelly Rivière.
Musique : Mia Delmae.
Création lumière : Camille Pawlotsky.
Vidéo : Hélène Merlin.

Car­o­line, Del­phine et Flo­re enquê­tent sur la gyné­colo­gie, son His­toire et ses his­toires. Elles inter­ro­gent leur entourage, le corps médi­cal, des jour­nal­istes… Elles sont vite sub­mergées par l’ampleur du sujet, la quan­tité de tabous et de mal­trai­tances. Elles puisent dans les écrits et le par­cours de Benoîte Groult pour creuser leur sil­lon. S’opère alors en elles un véri­ta­ble éveil au fémin­isme. L’actualité vient con­firmer leurs décou­vertes et enrichir encore la dra­maturgie.
Fauss­es couch­es, dis­til­bène, avorte­ments clan­des­tins : une nar­ra­tion kaléi­do­scope qui oscille entre parole doc­u­men­taire et aut­ofic­tion. Le pub­lic tra­verse avec les actri­ces trois mille ans de fourberies et de tem­pêtes. Une prom­e­nade intense où l’on dévoile une autre nudité avec pudeur, humour et courage.

Notre avis : Ce n’est pas là une œuvre moral­isatrice sur le fémin­isme et c’est tant mieux. La pièce abor­de des sujets mécon­nus, oubliés voire nég­ligés du pub­lic et les porte en pleine lumière aux yeux de tous. Les faits sont évo­qués avec humour et finesse, et la mise en scène sert le pro­pos de manière plutôt ingénieuse. Le jeu des actri­ces est déten­du et sans arti­fice — men­tion spé­ciale à Flo­re Gri­maud, dont l’interprétation est d’une justesse et d’une hon­nêteté rares —, et trans­met avec effi­cac­ité la parole des per­son­nages qu’elles incar­nent.

Les trois femmes inter­agis­sent régulière­ment avec le pub­lic ; ain­si le spec­ta­teur devient acteur et assiste pen­dant quelques instants à une con­férence qui lui est des­tinée. Mais, mal­gré les efforts déployés, la réal­ité reste dif­fi­cile à enten­dre, et le vécu de ces jeunes femmes lourd à digér­er. Le dis­til­bène, les fauss­es couch­es, les avorte­ments clan­des­tins… tout y passe, et plusieurs siè­cles de mal­trai­tances et de com­pli­ca­tions sont exposés en un peu plus d’une heure. La com­plex­ité et l’étendue du domaine traité rend par moments la pièce con­fuse et décousue ; aus­si le spec­ta­teur cherche-t-il par­fois en vain une trame à laque­lle se rac­crocher ou un per­son­nage à suiv­re et avec lequel com­patir.

Alors que se suc­cè­dent les avis médi­caux et autres dis­cours de per­son­nal­ités d’époques, de sex­es et de points de vue tout à fait vari­ables, il est impos­si­ble de ne pas soulign­er la quan­tité d’efforts et les heures de recherch­es néces­saires à la con­struc­tion d’un tel spec­ta­cle.

Enfin, il importe de not­er que cette évo­ca­tion du passé met en relief les pro­grès effec­tués sur la con­di­tion de la femme, et que quelques notes d’optimisme auraient été les bien­v­enues. L’œuvre de ces trois jeunes femmes mérite néan­moins d’être saluée et leurs pro­pos enten­dus.

©quaerere@jeanlucmaridet
©quaerere@jeanlucmaridet
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