Stories par la RB Dance Company (Critique)

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Livret, chorégraphie, musique et mise en scène : Romain Rachline.
Scénographie : Federica Mugnai.
Lumières : Alex Hardellet.
Costumes : Margaux Ronsard et Janie Loriault.

Avec Enzo Boffa, Jordan Boury, Raffaele Lucania, Sandra Péricou, Angel Cubero, Geoffrey Goutorbe, Deborah Lotti, Manon Morgenthaler, Sacha Néel, Camille Rocher, Laetitia Authié, Marianne Campos, Tidgy Château, Lisa Delolme, Bryan Doisy.

Notre avis :
Oserait-on recon­naître que l’on est sor­ti du Casi­no de Paris, le 27 jan­vi­er dernier, la joue endo­lo­rie, et encore son­né ? Et oserait-on avouer que l’on était prêt à ten­dre l’autre joue de plaisir… Oui, assuré­ment, et sans la moin­dre honte. Car la claque reçue ce jour-là, aus­si mon­u­men­tale – et col­lec­tive – soit-elle, fut un intense moment de bon­heur. Une leçon magis­trale don­née à tous. Inat­ten­due, épous­tou­flante et qui plus est tri­col­ore…
Cette claque se nomme Sto­ries, et son auteur Romain Rach­line Borgeaud. For­mé à Alvin Ailey, il a longtemps évolué à New York au sein de la 360° Dance Com­pa­ny, avant de par­ticiper à des dizaines de shows aux États-Unis puis de revenir en France pour­suiv­re sa car­rière sur les planch­es. A Cho­rus Line, Hair­spray, Jack’s Back (off off B’way), Cats, Any­thing Goes, Sin­gin’ in the Rain, Le Bal des vam­pires à Mogador, 42nd Street au Théâtre du Châtelet… il s’est pro­duit aux qua­tre coins du monde, avant de fonder en 2018 la RB Dance Com­pa­ny qui mêle jazz urbain et cla­que­ttes.

C’est cette dis­crète com­pag­nie, tout juste âgée d’un an, qui a scotché une salle entière fin jan­vi­er, avec sa toute pre­mière créa­tion orig­i­nale.
Présen­té lors d’une soirée spé­ciale à Paris, Sto­ries se veut un show entière­ment dan­sé et nar­ratif, mêlant musique, cla­que­ttes, dans­es con­tem­po­raines et sons urbains. Voilà pour le papi­er. Cest en réal­ité bien plus que cela. Une expéri­ence visuelle excep­tion­nelle, qui célèbre les corps et la vie, dans un bal­let ultra­mod­erne, intense et esthé­tique, d’une per­fec­tion rarement vue en France.
Con­tant les tribu­la­tions d’un jeune acteur à suc­cès, harcelé par son réal­isa­teur, le spec­ta­cle donne le ton dès  les pre­mières sec­on­des : les peaux s’effleurent, les corps s’envolent, les sil­hou­ettes se pour­suiv­ent, s’apprivoisent, ou s’affrontent. Chaque geste est pré­cis, chaque fig­ure impec­ca­ble, chaque détail soigné. Au fil d’une dizaine de tableaux, où la scéno­gra­phie géniale le dis­pute au tal­ent des danseurs, le mou­ve­ment est per­ma­nent, le rythme hale­tant, et l’ensemble tout sim­ple­ment sai­sis­sant.
Car rien ne fait défaut à Sto­ries, pour qui l’expression « réglé au mil­limètre » sem­ble avoir été inven­tée : les choré­gra­phies des danseurs frô­lent le sub­lime, leurs enchaîne­ments de cla­que­ttes atteignent la per­fec­tion. De superbes jeux d’ombres et de lumières (signés Alex Hard­el­let) et des effets de ralen­tis ajoutent à la beauté des scènes.  Pour couron­ner le tout – n’en jetez plus ! –, ajou­tons une créa­tiv­ité et une scéno­gra­phie des plus orig­i­nales, faite de décors mobiles, qui parais­sent, presque, eux-mêmes, pren­dre vie, et per­me­t­tent, en un instant, de pass­er du hall d’un hôtel à une ruelle som­bre, d’une prison à une salle de jeux clan­des­tine… Le héros va jusqu’à sauter de l‘un à l’autre. Le mou­ve­ment du corps sur un décor en mou­ve­ment.
Le regard est cap­tivé, il ne décroche plus. Et tan­dis que l’œil est figé, pris dans cette course-pour­suite, sans temps mort, les cla­que­ttes bat­tent la mesure, les notes de machine à écrire accom­pa­g­nent la basse, et les corps vibrent au rythme d’un train, et d’une musique pop et puis­sante.
Étin­celle dans cette atmo­sphère som­bre et pesante, le remar­quable Enzo Bof­fa illu­mine le plateau. Le pub­lic ne peut qu’accompagner ce jeune héros auquel il s’attache indé­ni­able­ment, autant qu’il déteste l’étrange et mal­sain Stan (excel­lent Raf­faëlle Luca­nia, maîtrisant par­faite­ment les expres­sions). Avec la sen­suelle San­dra Peri­cou, ils offrent, à chaque tableau, une inten­sité et une puis­sance excep­tion­nelle, qui va crescen­do. Car la ten­sion monte. Le drame est sub­limé. Il y a du West Side Sto­ry par­mi les ombres et les fumées de cig­a­rettes…
La scène finale arrive comme une libéra­tion. Comme un réveil. Et l’on prend con­science alors des innom­brables heures de tra­vail. On songe à l’exigence et à la rigueur, on imag­ine la sueur qui a per­mis la beauté. L’avalanche de super­lat­ifs ne sera pas de trop pour restituer ce que l’on a vécu.
Romain Rach­line Borgeaud et sa RB Dance Com­pa­ny ont don­né nais­sance à un spec­ta­cle excep­tion­nel. Ce bal­let mod­erne et auda­cieux, union d’efforts physiques et de grâce, de pul­sions et de finesse, est à voir absol­u­ment. Sto­ries ne se racon­te pas, il se vit.

Stories au Casino de Paris
Jeudi 12 mars / vendredi 13 mars à 20heures
Réservations ici.

Pour en savoir plus: https://www.rbdancecompany.com/

Décou­vrez la bande-annonce du spec­ta­cle :

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