Encore un baiser… et Rosalind Elias s’en est allée

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Célébrée et appré­ciée dans le monde lyrique pour sa joie de vivre, sa générosité et son immense car­rière de près de soix­ante années dans les grandes maisons d’opéra – notam­ment le Met­ro­pol­i­tan de New York, où elle était une star, avec près de 700 représen­ta­tions –, Ros­alind Elias est décédée le 3 mai dernier à l’âge de 90 ans. En plus de chanter les rôles de pre­mier plan habituelle­ment con­fiés à une mez­zo-sopra­no, elle avait créé, en 1958, celui d’Eri­ka dans Vanes­sa de Samuel Bar­ber, pour lequel elle avait demandé au com­pos­i­teur de rajouter un solo, qui allait devenir un clas­sique du réper­toire, si touchant par la mélan­col­ie qu’il dégage : « Must the Win­ter Come So Soon? ».

Rosalind Elias Mrs. Lovett Timothy Nolan Sweeney Todd New York City Opera
New York City Opera, le 31 octo­bre 1984 – Tim­o­thy Nolan (Sweeney Todd), Ros­alind Elias (Mrs. Lovett)

En 2011, quand son agent lui demande d’au­di­tion­ner pour le bref mais poignant rôle d’Hei­di Schiller dans Fol­lies, elle ne con­naît pas l’œu­vre, mais elle adore l’u­nivers de Son­hdeim, sa richesse, sa façon de com­bin­er la musique et les mots. Elle n’hésite pas à le qual­i­fi­er de génie. Et, surtout, elle a déjà incar­né Mrs. Lovett dans Sweeney Todd en 1984 au New York State The­atre (pro­duc­tion du New York City Opera) et Mrs. Arm­feldt dans A Lit­tle Night Music à Hon­olu­lu en 2008 (pro­duc­tion du Hawaii Opera The­ater).

À qua­tre-vingts ans passés, elle se demande quel rôle peut encore con­venir à ce stade. C’est la chan­son « One More Kiss » qui la con­va­inc de se lancer dans cette nou­velle aven­ture : une valse en forme d’adieu, un aveu d’amour. « Je sais que Stephen Sond­heim a com­posé cette chan­son en 1971, mais je jur­erais, je sens qu’il l’a écrite pour moi. » À l’au­di­tion, avec ce titre, elle boule­verse le met­teur en scène Eric Scha­ef­fer. Et la voilà aux côtés des grands noms du musi­cal – Bernadette Peters, Dan­ny Burstein, Elaine Paige… – au Kennedy Cen­ter à Wash­ing­ton, dans un pre­mier temps, et lorsque la pro­duc­tion démé­nage au Mar­quis The­atre à l’été 2011, elle fait offi­cielle­ment ses début à Braod­way.

Chaque soir, après « One More Kiss », le pub­lic applau­dit, ému par une voix que le temps n’a certes pas épargnée – comme celle du per­son­nage –, mais qui reste chaleureuse et envelop­pante. Stephen Sond­heim écrit avoir été « char­mé de voir son bon­heur » et décrit son inter­pré­ta­tion comme « touchante et mer­veilleuse ».

Pour se met­tre dans le rôle, elle s’est créé toute une his­toire. « Au début, j’avais imag­iné Hei­di comme une pau­vre femme, pour qui la vie a mal tourné. Je me l’é­tais représen­tée avec, dans son plac­ard, son cos­tume de girl d’autre­fois, la seule encore robe met­table pour la réu­nion des Fol­lies. » Mais, lorsqu’à l’es­sayage du cos­tume elle décou­vre une mag­nifique et élé­gante robe ornée de per­les, elle doit chang­er son sous-texte : « Hei­di a été une star des Fol­lies, a eu plein d’a­mants, de dia­mants, mais ne s’est jamais mar­iée. Elle vit dans le Dako­ta et con­tin­ue d’être invitée aux plus grands galas et aux plus pres­tigieuses soirées, parce qu’on se sou­vient de son nom. Mais elle s’y ennuie. » Avec « One More Kiss », Hei­di ren­con­tre le fan­tôme de son passé, sa jeunesse et sa gloire per­dues. C’est son chant du cygne. « Mon amour, mon amant, donne-moi encore un bais­er et ne regarde pas en arrière. »

« Je suis tou­jours sous le choc de Fol­lies. On ne sait jamais ce qui vous attend au coin de la rue. C’est un bais­er de plus qui m’a été don­né. »

 

Une interview à l’occasion des représentations de Follies en 2011 :

« One More Kiss » extrait de Follies en 2011 :

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