for colored girls who have considered suicide/when the rainbow is enuf

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Booth Theatre, New York.
Du 20 avril au 14 août 5 juin 2022.
Renseignements sur le site du spectacle.

Notre avis : Même aux États-Unis, pour beau­coup, le nom de Ntoza­ke Shanghe ne sig­ni­fie pas grand-chose. C’est pour­tant celui d’une femme de let­tres qui s’est dis­tin­guée en écrivant des livres pour enfants, des romans pour adultes, des pièces de théâtre, des poèmes et d’autres écrits, notam­ment des essais. Elle était née Lin­da Williams en 1948 dans une famille noire aisée, et avait adop­té son nou­veau nom de la cul­ture Xhosa en Afrique : N’tozake sig­ni­fie « celle qui arrive avec ses pro­pres affaires » et Shange « celle qui marche avec les lions ». Après une longue car­rière, elle devait dis­paraître en 2018.

Fémin­iste con­va­in­cue qui avait con­nu une enfance dif­fi­cile durant laque­lle elle avait été exposée du fait de sa race à des brimades con­tin­ues, surtout au lycée, et deux mariages désas­treux, son véri­ta­ble titre de gloire est une pièce qui mêle poèmes et dans­es, au titre pour le moins curieux : for col­ored girls who have con­sid­ered suicide/when the rain­bow is enuf (Pour les filles noires qui ont envis­agé le sui­cide / Quand un arc-en-ciel suf­fit), dont la pre­mière à Broad­way eut lieu en sep­tem­bre 1976. À ce jour, la pièce, qui devait rester deux ans à l’affiche, demeure la seule œuvre théâ­trale de longue durée écrite par un auteur améri­cain de souche africaine et la pre­mière à ten­dance fémin­iste à être jouée à Broadway.

For Col­ored Girls, décrit par son auteur comme un « chore­opo­em » ou poème choré­graphié, met en scène sept – comme les couleurs de l’arc-en-ciel – femmes noires sim­ple­ment iden­ti­fiées en fonc­tion des vête­ments qu’elles por­tent : la Femme en rouge, la Femme en bleu, la Femme en vio­let, la Femme en jaune, la Femme en vert, la Femme en mar­ron et la Femme en orange. Au cours de la pièce présen­tée sans entracte, elles racon­tent, cha­cune à son tour mais égale­ment ensem­ble et dans une façon de par­ler qui reflète les milieux soci­aux dans lesquels elles évolu­ent, ce qu’elles ont con­nu : les oppres­sions, le racisme, les com­men­taires désoblig­eants, les attaques sexuelles…

Même si a pri­ori le sujet peut sem­bler pesant pour une pièce de théâtre, il n’en est rien car c’est en fait une œuvre prenante dont le texte con­siste en des mono­logues aus­si joyeux que sérieux. Ces mono­logues poé­tiques sont sou­vent agré­men­tés de dans­es sin­ueuses réglées par la choré­graphe Camille A. Brown, qui a égale­ment assuré la mise en scène, sur une musique orig­i­nale et un tan­ti­net pri­maire com­posée par Martha Red­bone et Aaron Whit­by et inter­prétée par un trio musi­cal com­posé d’un syn­thé­tiseur, une bat­terie et une basse électrique.

Il faut recon­naître que le spec­ta­cle, qui dure env­i­ron qua­tre-vingts min­utes, est prenant. Les sept actri­ces qui sont sur scène sont telle­ment vraisem­blables qu’on oublie presque que ce sont des comé­di­ennes. Mais ce qui retient surtout l’attention, c’est que toute l’équipe tech­nique respon­s­able de cette reprise est com­posée de femmes. C‘est la deux­ième fois cette sai­son que cela se pro­duit, puisque Six, qui avait fait ses débuts en sep­tem­bre dernier, était égale­ment le pro­duit d’une équipe fémi­nine. Le fait est d’autant plus remar­quable que jusqu’à main­tenant, même si elles jouaient des rôles impor­tants en scène et en coulisse, les femmes n’étaient pas représen­tées dans de nom­breuses branch­es des pro­duc­tions théâ­trales. Rien que cela donne à Broad­way une nou­velle atti­tude et un brin de fraîcheur

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