Julie Andrews, la mélodie d’une vie

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À voir sur le site de la chaîne Arte. Du 7 juin au 9 juillet 2020.

Comé­di­enne à la voix cristalline et à la joie de vivre con­tagieuse, Julie Andrews a enchan­té le ciné­ma et Broad­way à tra­vers une poignée de rôles iconiques. Por­trait d’une artiste aux mul­ti­ples facettes, experte dans l’art de se renou­vel­er.

Plus d’un demi-siè­cle après son appari­tion dans le ciel de Lon­dres, Julie Andrews demeure la nurse la plus adulée de la planète. Née en 1935 en Angleterre, l’inoubliable inter­prète de Mary Pop­pins (1964) a con­nu une enfance moins riante que ses petits pro­tégés : bluffés par sa voix cou­vrant cinq octaves, qui apai­sait les âmes apeurées pen­dant le Blitz, sa mère, pianiste, et son beau-père, chanteur alcoolique aux mains baladeuses, la retirent de l’école à 13 ans pour courir les cachets de music-hall à leurs côtés. Après une puberté dif­fi­cile, Julie Andrews con­quiert Broad­way à 17 ans dans The Boy Friend, puis My Fair Lady. Dépos­sédée, au prof­it d’Audrey Hep­burn, du rôle d’Eliza Doolit­tle dans l’adaptation ciné­matographique de George Cukor, l’actrice prend une écla­tante revanche grâce à Walt Dis­ney, qui la propulse, sous son para­pluie mag­ique, sur la scène des Oscars. En 1965, La Mélodie du bon­heur de Robert Wise achève de la con­sacr­er star plané­taire. Mais, han­tée par la déchéance de ses par­ents, Julie Andrews enchaîne dès lors les films (et les flops) à une cadence effrénée, du Rideau déchiré d’Alfred Hitch­cock à Dar­ling Lili, réal­isé par son sec­ond mari, Blake Edwards. Black­listé par les stu­dios, le cou­ple sign­era un retour tri­om­phal en 1982 avec l’anticonformiste Vic­tor Vic­to­ria. Désor­mais icône queer, Julie Andrews trans­porte ce suc­cès à Broad­way en 1995 jusqu’à ce que sa voix, épuisée, se brise à jamais. À 80 ans passés, elle con­tin­ue pour­tant d’enchanter le pub­lic, entre dou­blage de films d’animation (Moi, moche et méchant), émis­sions de télé et livres pour enfants.

D’extraits de films et de spec­ta­cles en archives imprégnées de son savoureux humour anglais, ce por­trait en mou­ve­ment bal­aie la pro­lifique car­rière d’une artiste aux innom­brables tal­ents, qui a su sur­mon­ter ses échecs en se réin­ven­tant avec la même soif de per­fec­tion.

Notre avis : Ce doc­u­men­taire pos­sède les défauts de ses qual­ités. S’ap­puyant sur une nar­ra­tion chronologique très lis­i­ble et un mon­tage sus­cep­ti­ble d’ac­crocher n’im­porte quel téléspec­ta­teur qui pas­sait par là, il égrène les moments impor­tants de la car­rière et de la vie privée de la star Julie Andrews : la famille, l’en­fance, les débuts, les suc­cès, les échecs, les désil­lu­sions, les nou­veaux départs, les amours… Le for­mat lim­ité en temps entraîne naturelle­ment quelques ellipses, mais on appré­cie la qual­ité des sources util­isées : extraits de films, d’émis­sions de télévi­sion, d’in­ter­views, de spec­ta­cles et d’événe­ments publics, mais aus­si des archives privées. En dehors de Blake Edwards, qui fut son mari pen­dant quar­ante ans, peu de témoignages d’autres célébrités. Le film s’at­tache essen­tielle­ment à rap­pel­er le car­ac­tère hors-norme de la voix de la chanteuse et à mon­tr­er la diver­sité de la comé­di­enne, sa capac­ité à se trans­former, à évoluer et à se dévoil­er à tra­vers une car­rière dont la pop­u­lar­ité se résume, finale­ment, à seule­ment trois rôles musi­caux pour le ciné­ma : Mary Pop­pins, Maria von Trapp et Victor/Victoria. En cinquante min­utes, l’essen­tiel est abor­dé. Cette effi­cac­ité laisse toute­fois une impres­sion de tiédeur, comme si le réal­isa­teur man­quait de pas­sion pour son sujet. Et même si l’on jubile le temps d’une tru­cu­lente anec­dote sur les flat­u­lences de Rex Har­ri­son un soir de représen­ta­tion de My Fair Lady, le ton – de l’ensem­ble, de la voix off – reste bien lisse, comme corseté ; et le texte verse générale­ment dans la banal­ité d’une expli­ca­tion passe-partout : tel rôle est à l’im­age de sa vraie vie, tel autre rôle l’amène à révéler un aspect de sa per­son­nal­ité… En somme, le néo­phyte décou­vri­ra, par ce large aperçu plaisant et bien doc­u­men­té, la riche exis­tence d’un grand nom de Broad­way et de Hol­ly­wood ; tan­dis qu’au fan il man­quera le fris­son, l’ét­in­celle, l’ex­ci­ta­tion, qui lui con­firme que c’est bien d’une idole, de son idole, dont on par­le – et qui, d’ailleurs, célébr­era ses 85 print­emps le 1er octo­bre prochain.

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