Un homosexuel et un prisonnier politique sont compagnons de cellule. Le premier raconte les histoires de deux faux films et de sa propre vie.
Notre avis : Avec, pour sa première semaine d'exploitation en France, une seule séance quotidienne dans une seule salle à Paris (idem à Lyon et à Torcy, et c'est tout ?!?), aller voir cette nouvelle adaptation de Kiss of the Spider Woman sur grand écran relève du militantisme de niche ! La faute à un système de distribution qui méprise le genre du film musical ou queer, ou qui a déjà fait le deuil d'un potentiel échec, pourtant produit par, entre autres, Matt Damon et Ben Affleck ?
C'est donc avec une farouche résolution d'amateur de comédie musicale et une irrépressible curiosité que nous avons rejoint d'autres spectateurs – une trentaine ? – à l'UGC Ciné Cité des Halles pour la séance du vendredi à 21h45.
Durant les deux heures de projection, comment ne pas être – une fois de plus – saisi par la puissance d'un livret aussi original qu'engagé ? Comment ne pas être happé par le glissement progressif de la réalité vers le rêve – à moins que ce ne soit l'inverse – et conquis par le triomphe de l'amour sur l'oppression ? Le huis clos d'une misérable prison argentine de 1983 où croupissent un prisonnier politique et un homosexuel va irrémédiablement, et d'une indélébile façon, se teinter de l'univers éblouissant et coloré d'un film dans lequel l'amour et l'aventure se croisent sous les traits fascinants d'une actrice divine. Est-ce là une voie nécessaire pour endurer les crimes de la dictature et la violence d'ignobles gardiens, au risque d'être dérouté vers un inconnu incontrôlable mais salutaire ?
On pourra toujours regarder dans le rétroviseur pour se lancer dans des comparaisons avec le film non musical de 1985 ou avec la pièce musicale de 1992, tous deux accueillis avec succès et auréolés de récompenses prestigieuses... Nous préférons ne pas bouder notre plaisir devant l'exubérance d'un Technicolor qui en met plein les yeux et l'énergie de tableaux chorégraphiques réglés au millimètre. Et savourons une plongée dans une comédie musicale « à l'ancienne » dans laquelle les musiques et chansons de Kander & Ebb n'ont rien perdu de leur pouvoir d'accroche ni de leur magie.
En tête d'affiche promotionnelle, Jennifer Lopez, icône bigger than life, convainc par sa voix d'airain, sa silhouette de femme fatale et ses talents de danseuse. Les deux acteurs principaux se révèlent époustouflants dans l'incarnation d'un scénario à la fois glaçant et subtil : Diego Luna, le prisonnier révolutionnaire torturé, contraint au repli sur soi pour survivre, peu à peu séduit par une autre forme d'humanité ; et Tonatiuh, l'homosexuel extravagant mais jamais too much, poignant en grand cœur naïf graduellement contaminé par la réalité.
On ne sait pas ce que, de là-haut, le parolier (Ebb), le librettiste (McNally) et la créatrice du rôle-titre sur scène (Rivera), auxquels le film est dédié, auront pensé de ce nouveau Kiss of the Spider Woman, mais nous, nous aurons été emportés par l'émotion et versé notre larme, tout en restant déterminé à résister contre l'oppresseur.



























