Là-bas, chansons d’aller-retour

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Créé au Théâtre de l’Epée de Bois – Cartoucherie.
Route du Champ-de-Manœuvre, 75012 Paris.
Du 7 au 10 janvier 2021.

Deux sœurs, deux voix, un seul chant, ancré dans les petits tré­sors pop­u­laires des artistes déracinées.

Inspirée par les témoignages des femmes ren­con­trées lors de sa rési­dence de l’autre côté de la Méditer­ranée, à l’In­sti­tut français d’Al­gérie, Nathalie Joly a imag­iné un dia­logue entre deux sœurs où se mêlent non-dits, rêves ou sou­venirs d’exode. Cette créa­tion célèbre une lignée de femmes d’exception, téméraires et fières, solaires. Guer­rières qui imprèg­nent nos mémoires et nous don­nent force et courage pour marcher dans leurs pas, ces ama­zones aux dif­férents vis­ages scan­dent leur flow, langue d’un con­ti­nent en forme d’aveu intime et d’exutoire. Entre réel et fic­tion, ce réc­it chan­té en quinze tableaux est celui d’un exil, d’une tra­ver­sée, d’un retour trou­blant sur la terre natale.

Notre avis : L’invitation à ce voy­age s’avère déli­cieux, tant il est syn­onyme d’émotions, de décou­vertes, de ten­dresse. Mêlant avec art divers sou­venirs, tant per­son­nels que provenant de femmes d’origines divers­es, Nathalie Joly, ambas­sadrice des chanteuses-diseuses, a con­coc­té un spec­ta­cle tout en finesse qui dis­tille un charme tenace. Ce charme repose sur la belle com­plic­ité, tant vocale (deux voix chan­tées qui se mari­ent avec grâce) que physique, qu’elle partage avec sa sœur Valérie. Leur jeu sub­til, sous le regard que l’on imag­ine bien­veil­lant, mais sans con­ces­sion, du met­teur en scène Simon Abkar­i­an, donne vie à cha­cune des évo­ca­tions et provoque l’empathie sans même y penser. Le tout est ren­for­cé par la présence dis­crète et indis­pens­able du musi­cien Thier­ry Roques. Les anec­dotes, que l’on tente de par­ler le pataouète ou de don­ner la recette idéale du cre­pon­net, se trans­for­ment en autant de moments de théâtre qui attisent la curiosité et provo­quent un regard atten­dri. En effet, ils évo­quent un passé plus ou moins révolu qui revit ici avec une jolie vital­ité. Il va de soi que l’écrin que représente la petite salle du Théâtre de l’Epée de Bois ren­force la con­nivence avec un pub­lic – pour le coup restreint puisque cir­con­scrit à quelques pro­fes­sion­nels – qui se laisse entraîn­er, séduit par les couleurs des lumières, des tis­sus util­isés çà et là. Et ces deux petites robes enfan­tines sus­pendues en fond de scène… L’enfance et ses réminis­cences qu’elles sug­gèrent ne sont jamais loin dans ces par­cours féminins qui se croisent, se mélan­gent, s’harmonisent. Il ne reste plus qu’à souhaiter que les mesures san­i­taires per­me­t­tent enfin à un large pub­lic de décou­vrir ce spec­ta­cle, qui peut être un excel­lent pont pour retrou­ver les sen­sa­tions idéales que pro­cure le vrai fris­son théâtral.

 

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