Le Malade imaginaire en la majeur

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Adap­ta­tion et mise en scène : Raphaël Callan­dreau.
Avec Cécile Dumouti­er, Rosy Pol­las­tro, Arnaud Schmitt, Raphaël Callan­dreau ou Simon Fro­get-Legendre.

On swingue, on chante, on se dis­pute, on tou­sse, on rit mais surtout, comme dans toutes les comédies du grand Molière : on s’aime !
Argan est per­suadé d’être l’homme le plus malade du monde. Afin de s’as­sur­er un sec­ours quo­ti­di­en et durable, il a décidé de mari­er sa fille à un médecin. Mais celle-ci ne compte pas se laiss­er faire…
Qua­tre artistes pour dix rôles, un malade imag­i­naire mais des enjeux bien réels, des mélodies entraî­nantes accom­pa­g­nées au piano, pour une adap­ta­tion légère et inat­ten­due.

Ren­seigne­ments et réser­va­tions sur le site de la Comédie Bastille.

Notre avis : L’histoire, on la con­naît. Argan, le « malade imag­i­naire », est veuf et a épousé Béline, une fausse bonne épouse qui attend en réal­ité sa mort avec impa­tience pour hérit­er. Angélique, sa fille, est amoureuse de Cléante, ce qui con­trarie son père, qui préfér­erait la voir avec Thomas Diafoirus, un médecin. Avec l’aide de Toinette, elles essaieront d’avoir l’approbation du père pour un mariage avec l’être aimé par la fille et non par le père.

Raphaël Callan­dreau a eu l’idée orig­i­nale d’adapter de manière musi­cale le chef‑d’œuvre bien con­nu. Cette ini­tia­tive est louable, mais ne con­va­inc pas totale­ment. Il est sans doute dom­mage d’avoir gardé la scéno­gra­phie d’Avignon pour une exploita­tion à Paris. Elle com­prend peu de décors (un canapé et un fau­teuil), peu de cos­tumes, peu de tra­vail sur la lumière, et la mise en scène donne l’im­pres­sion de ne pas être aboutie. Par exem­ple, l’in­té­gra­tion du pianiste en per­son­nage de la pièce paraît un peu mal­adroite, et cette idée n’est pas menée à terme. Il inter­ag­it pour la pre­mière fois en nous faisant croire qu’il n’est pas prévu qu’il soit comé­di­en, et prend donc avec lui le texte en main ; mais au-delà de deux répliques, il ne le lit plus. Peut-être aurait-il dû garder le texte en main, ou peut-être aurait-il été plus intéres­sant de jouer de l’absurdité d’un comé­di­en qui se révèle pro­gres­sive­ment sur scène ? De même, le par­ti pris de dis­tan­ci­a­tion qui con­siste à rap­pel­er régulière­ment au spec­ta­teur qu’il est au théâtre en par­lant de « cachet de comé­di­en », en rap­pelant au pianiste qu’il doit jouer à ce moment-là, ou en faisant signe au régis­seur, peut tenir de la mal­adresse s’il n’est pas exé­cuté avec soin. Tous ces « gags » mérit­eraient d’être mieux exploités pour trou­ver leur par­faite jus­ti­fi­ca­tion. Quitte à nous rap­pel­er con­stam­ment que nous sommes spec­ta­teurs, peut-être aurait-il été plus judi­cieux de réalis­er un Malade imag­i­naire ver­sion cat­a­stro­phe à la manière de Thé à la men­the ou t’es cit­ron ? ou Les Faux British

Soulignons néan­moins le tra­vail remar­quable de l’ensem­ble des comé­di­ens : de vrais comé­di­ens qui nous font enten­dre avec justesse, finesse et vérac­ité les mots de Molière. Et en adop­tant un phrasé mod­erne, ils per­me­t­tent au pub­lic de se ren­dre compte à nou­veau com­bi­en ce texte est plus que jamais d’actualité. Arnaud Schmitt et Céline Dumouti­er, par un jeu con­som­mé, pal­lient la mise en scène un peu som­maire. Rosy Pol­las­tro nous sur­prend avec son sens du rythme et de l’humour. Les musiques sont amu­santes et nous font enten­dre dif­férem­ment ce clas­sique du réper­toire. À la manière d’une comédie musi­cale, les com­po­si­tions orig­i­nales arrivent sans prévenir et nous éton­nent par leur capac­ité à être au plus proche du texte de théâtre.

Faire con­naître Molière de cette manière séduit imman­quable­ment les enfants, qui ne boudent pas leur plaisir. D’ailleurs, durant la représen­ta­tion, le pub­lic sem­ble emporté et c’est le prin­ci­pal.