Texte, danse et chant s’entremêlent pour une relecture contemporaine et radicale du chef-d’œuvre de Molière. Fidèle au texte original, Tigran Mekhitarian le propulse dans un décor contemporain, où Alceste devient un jeune homme des quartiers populaires confronté à l’hypocrisie d’un monde artistique bourgeois.
Refusant les faux-semblants et les jeux de pouvoir, Alceste cogne avec ses mots et sa sincérité brutale dans une violence destructrice. Mais sa colère, aussi légitime soit-elle, finit par se retourner contre lui. Ce qu’il combat, il finit par le reproduire à sa manière. Alceste aime Célimène alors qu’elle incarne tout ce qu’il rejette. Il l’aime avec violence, avec fièvre. Et c’est par l’expérience de cet amour blessé qu’il vacille et finit par réussir à se déconstruire.
Tigran Mekhitarian ne cherche pas à opposer deux mondes, mais à les faire se regarder : banlieue et bourgeoisie, vérité et violence, orgueil et solitude. Ce Misanthrope devient alors le récit d’un homme en lutte avec lui-même, apprenant que la violence n’est pas une réponse et que l’autre n’est pas une menace, mais une rencontre possible.
Notre avis (représentation du 26 mars 2026) : Le Misanthrope en mode... La Haine !
Nous avons pu applaudir depuis quelques saisons des artistes aux profils différents (tels que Nicolas Bouchaud, Arnaud Denis, Michel Fau, Christophe Montenez, Lambert Wilson) ou bien encore Eric Elmosnino dans la peau de l'orgueilleux Alceste.
Tigran Mekhitarian, metteur en scène (également interprète du rôle-titre dans cette production) poursuit son exploration de l'œuvre de Molière. Citons Dom Juan, Le Malade imaginaire, L'Avare parmi les textes revisités par ce subversif homme de théâtre, qui marque la scène actuelle par sa singularité. Il fait résonner la langue de Molière dans un style bien particulier, les rimes du XVIIe siècle épousant les codes du rap. La forme – qui lui semble désuète – n'est selon lui pas incompatible avec les sujets, complètement d'actualité, abordés dans toutes ses pièces.
Un prologue sur fond de musique baroque accompagne notre entrée en salle et va, façon Commedia dell' arte, présenter les personnages de la pièce. Au terme dudit prologue, Alceste apparaît : jogging (de marque, s'il vous plaît !), blouson et capuche pour parfaire la panoplie.
Le ton ainsi donné, la rap session peut démarrer via le long dialogue avec Philinte. Alceste vient de la banlieue, doté de son parler et de sa gestuelle : il faut accepter ce pari décapant... ou fuir !
On découvrira ensuite Célimène (Clémentine Aussourd) dans un boudoir surchargé de vêtements, signe évident d'opulence d'une bourgeoisie friquée. Elle incarne son personnage avec une grâce et un talent pleinement convaincants : la scène qui l'oppose à Arsinoé constitue un des sommets de l'intrigue. Quelle chance d'entendre Isabelle Gardien faire résonner les mots de Molière avec autant de brio !
L'introduction dans le texte d'expressions volontairement vulgaires ou argotiques n'était peut-être pas indispensable : fallait-il ce parti pris pour séduire un public nouveau ?
Nous demeurons assez partagés quant à cette lecture audacieuse. Souhaitons que les spectateurs désireux d'approfondir l'ouvrage se fassent une autre opinion en le voyant monté de façon un peu plus traditionnelle... et surtout dans son intégralité !


























