En 1859, Charles Gounod signe un de ses plus grands succès à l’opéra, inspiré de la tragédie de Goethe : Faust. Dix ans plus tard, le compositeur Hervé, père de l’opérette, en propose une version parodique et inventive, où la morale est tournée en dérision. Sur l’invitation du Palazzetto Bru Zane et après le succès de Coups de Roulis à l’Athénée en 2023, la metteuse en scène Sol Espeche retrouve le plaisir de la parodie, l’essence du Petit Faust à sa création, où le poids du destin originel ressemble bien plutôt à une prosaïque « Roue de la fortune » télévisée…
Notre avis (représentation du 14 décembre 2025) : Parodie de parodie ?
1869 : le Faust de Gounod entre au répertoire de l'Opéra de Paris dix ans après sa création. C'est au même moment qu'Hervé, le père de l'opérette, en propose une version parodique, qui vise à rassembler un public le plus large possible. Le moyen le plus simple étant de faire participer la salle, la lecture qu'en propose aujourd'hui Sol Espeche semble parfaitement adaptée.
Nous sommes plongés dans l'univers des jeux télévisés des années 1980-1990. Qui ne se souvient pas de « La Roue de la fortune » ou de » Tournez manège » ? Nous sommes accueillis dès notre entrée en salle par un animateur prénommé Patrick qui conduira les jeux durant les deux grandes heures que dure le spectacle. Le concept, fort judicieux, nous amusera au début, mais s'essoufflera hélas au fil de la représentation. Le jeu survitaminé imposé aux comédiens-chanteurs atteint ainsi ses limites.
Nous avons bien sûr apprécié la délicieuse partition d'Hervé, fort élégamment restituée par l'orchestre des Frivolités Parisiennes (dirigé avec fougue par Sammy El Ghadab), ainsi que les performances vocales des protagonistes, parmi lesquelles la mezzo Mathilde Ortscheidt, qui nous offre un époustouflant Méphisto – son timbre velouté ainsi que son jeu subtil font de cette artiste la vedette incontestable de la soirée. La scénographie réussie, qui évoque les plateaux de jeu, ainsi que les costumes vintage servent au mieux la reconstitution de ces années que certains regrettent très certainement. Le public, complice et embarqué dans ce tourbillon, semble enchanté et réserve à la joyeuse troupe des applaudissements nourris. Même si nous avons été moins conquis par la mise en scène de ce Petit Faust que par celle, absolument jubilatoire, de Coups de roulis, cette nouvelle incursion dans l'opérette mérite d'être saluée.

























