Memoriam

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Théâtre Libre – 4, boulevard de Strasbourg, 75010 Paris.
Six dates exceptionnelles en septembre et octobre 2022.

À la suite d’un événe­ment dont elle ne se sou­vient pas, Elisa se réveille pris­on­nière de son sub­con­scient. Elle doit alors se con­fron­ter à son passé pour repren­dre le
con­trôle de sa vie.

Memo­ri­am est une pièce mêlant théâtre et danse qui plonge le spec­ta­teur dans un univers onirique, au cœur du fonc­tion­nement de la mémoire.
Ce voy­age intro­spec­tif inter­roge le lien entre la con­struc­tion de notre iden­tité et nos souvenirs.

Notre avis : Alors même que la tra­di­tion­nelle annonce pour les télé­phones porta­bles reten­tit, le spec­ta­teur est hap­pé par l’u­nivers par­ti­c­uli­er que pro­pose Manon Bianchi. Immé­di­ate­ment plongé dans ce voy­age au cœur de l’in­con­scient d’Élisa, c’est avec beau­coup de curiosité que sont décou­verts les pre­miers instants du spec­ta­cle, un peu flous et déroutants mais non sans intérêt. L’at­ten­tion est cap­tée par ces per­son­nages qui nouent un lien sur­prenant, les décors appor­tent le réal­isme néces­saire à l’im­mer­sion dans cet univers.

L’his­toire avance et c’est une pièce en deux teintes que l’on décou­vre. D’une part, les sou­venirs du per­son­nage prin­ci­pal nous sont pro­posés de manière choré­graphiée – un excel­lent par­ti pris, d’une per­ti­nence et d’une réal­i­sa­tion qui frôle la per­fec­tion. Dans l’in­ten­sité des mou­ve­ments, comme dans l’én­ergie et dans la qual­ité des choré­gra­phies, tout y est, et tout sem­ble limpi­de alors qu’au­cun mot n’est pronon­cé. C’est la vraie force de cette œuvre et le tra­vail de Céline Thicot mérite d’être salué comme il se doit. De même que celui des com­pos­i­teurs, Jérôme Lemon­nier, Éti­enne Bianchi et Paul Pre­v­el, qui nous offrent une trame musi­cale sur laque­lle ce tal­ent peut s’ex­primer avec brio.

À l’im­age du per­son­nage d’Élisa qui est à la fron­tière entre le réel et l’imaginaire, le pub­lic se retrou­ve dans une sorte d’en­tre-deux, par exem­ple lorsque les textes sont soudaine­ment enreg­istrés et où les comé­di­ens dansent sur leurs dia­logues, con­traire­ment au reste du spec­ta­cle. Ou encore, avec la musique qui est à la fois sonorisée mais aus­si présente en live avec un vio­lon­celle sur scène. C’est une sub­til­ité inno­vante et une sen­sa­tion assez éton­nante en tant que spec­ta­teur d’être dans cette sit­u­a­tion, un peu comme si nous plongeions nous aus­si dans notre incon­scient en quelque sorte. C’est une belle propo­si­tion, même si par moment on aurait souhaité ne pas ressen­tir cet entre-deux…

Car lorsque l’his­toire à pro­pre­ment par­ler reprend, on regrette que l’ex­i­gence et le soin apportés à la scéno­gra­phie et aux choré­gra­phies ne se retrou­vent pas dans l’écri­t­ure et dans la con­struc­tion de la trame dra­maturgique. Le choix est fait, par­fois, d’ap­porter de l’hu­mour ou un style plus léger et quo­ti­di­en dans le texte et cela décon­stru­it quelque peu l’u­nivers, la sub­til­ité et la qual­ité que le spec­ta­teur trou­ve dans le reste du spectacle.

Pour plusieurs raisons, ce spec­ta­cle vaut le détour, sans aucun doute, pour l’o­rig­i­nal­ité du sujet abor­dé, la mise en scène, l’in­spi­ra­tion ou, comme évo­qué plus haut, pour les choré­gra­phies et leur fine exé­cu­tion. Néan­moins cer­tains ajuste­ments per­me­t­traient d’ef­fac­er la légère frus­tra­tion ressentie.

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