Moby-Dick

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Le Monfort – 106, rue Brancion – 75015 Paris.
Les 19, 20, 21, 27 et 28 mai à 19 h ; les 22 et 29 mai à 17 h ; le 23 mai à 16 h.
Renseignements et réservations sur le site du Monfort.

En 2019, le Groupe des 20 théâtres en Île-de-France pub­li­ait son appel à pro­jets por­tant sur le théâtre musi­cal et la place de la musique dans la dra­maturgie. Ce n’est que quelques mois plus tard que la lau­réate fut annon­cée : Yngvild Aspeli, et sa com­pag­nie Plexus Polaire, pour son pro­jet d’adaptation du roman d’Herman Melville : Moby-Dick. Le pro­jet est rapi­de­ment entré en phase de créa­tion et de pro­duc­tion pour une dif­fu­sion prévue sur la sai­son 2020/2021. Mal­heureuse­ment, ces dates se sont vues bous­culées par la crise san­i­taire et ce spec­ta­cle colos­sal n’a tou­jours pas pu ren­con­tr­er le pub­lic. Nous avons eu la chance de pou­voir assis­ter à une représen­ta­tion pro­fes­sion­nelle à la Ferme du Buis­son (Nois­iel, Seine-et-Marne).

Une anci­enne baleine blanche et un cap­i­taine qui dirige son navire vers la destruc­tion. Une con­frérie d’hommes rugueux dans un bateau en équili­bre sur la sur­face d’une pro­fondeur infinie du monde sous-marin. Face à l’immensité de la mer, les grandes ques­tions de l’existence se soulèvent dans le cœur humain. Moby-Dick racon­te l’histoire d’une expédi­tion baleinière, mais c’est aus­si l’histoire d’une obses­sion, et d’une enquête sur les inex­plic­a­bles mys­tères de la vie, une plongée ver­tig­ineuse à l’intérieur de l’âme humaine.

Moby Dick — Cie Plexus Polaire

Notre avis (paru en févri­er 2021 lors d’une représen­ta­tion des­tinée à la presse) : L’histoire de ce roman-fleuve est bien con­nue : le cap­i­taine Achab som­bre dans la folie et décide de suiv­re coûte que coûte son obses­sion, sa quête ven­ger­esse depuis que Moby Dick, un cachalot blanc, lui a arraché la jambe – une aven­ture d’un autre temps qui recèle des prob­lé­ma­tiques bien con­tem­po­raines. Yngvild Aspeli prend le par­ti de couper franche­ment dans l’œuvre pour n’en retenir que l’essence, qu’elle met en scène une heure et demie durant grâce à la vision du per­son­nage Ismaël, mem­bre de l’équipage, qui devient le nar­ra­teur prin­ci­pal et surtout le seul sur­vivant de l’expédition.

« La mer pour en finir ou pour recommencer. »

La pièce s’ouvre sur un pre­mier tableau com­posé d’un chœur représen­tant un équipage revê­tu d’habits de pêche som­bres. Ce cortège funéraire évoque la fin trag­ique du réc­it, comme si ces marins défunts reve­naient pour nous compter leur his­toire. Le pub­lic est désor­mais prêt pour le voy­age, immergé au sein de l’équipage du baleinier et attiré dans les pro­fondeurs de l’océan par des arti­fices sonores, visuels, vidéo, plas­tiques, scéniques, mais surtout musi­caux. La musique est un élé­ment cen­tral et très présent tout au long du spec­ta­cle. Cette expéri­ence sen­sorielle est guidée par la musi­ci­enne Anne Marthe Sør­lien Holen, qui nous offre des chants sous-marins mag­iques et hyp­no­ti­sants. Ain­si, comme ces chas­seurs de baleines, nous sommes pris au piège par le pou­voir d’attraction des eaux et de cette folie visuelle pro­posée par la compagnie.

Se dévoile peu à peu au sein du navire une microso­ciété, organ­isée et hiérar­chisée, dom­inée et menée à la baguette par le cap­i­taine, som­bre et aliéné. On note la tech­nic­ité et la coor­di­na­tion des comé­di­ens pour arriv­er à un tel spec­ta­cle : mul­ti­ples mar­i­on­nettes, dif­férentes échelles, vari­a­tions dans les manip­u­la­tions… Les mar­i­on­nettes sont d’ailleurs au cen­tre de la nar­ra­tion, impres­sion­nantes de réal­isme, et retrans­met­tent à mer­veille la gestuelle et l’expressivité du cap­i­taine acar­iâtre, d’un équipage en mis­sion, de marins peureux. Les décors et acces­soires, comme le baleinier sur plusieurs échelles et les bancs de pois­sons bril­lants, ren­dent le déroulé encore plus vivant. La propo­si­tion passe donc par les sens, aux­quels s’a­joute le texte de Melville, mer­veilleuse­ment mis en parole par le nar­ra­teur. Insis­tons sur l’inventivité du dis­posi­tif de mar­i­on­nettes qui utilise plusieurs plans et dimen­sions, comme pour inviter le spec­ta­teur à regarder l’histoire dif­férem­ment, du point de vue du cap­i­taine, de l’équipage ou du cachalot.

Avec cette propo­si­tion scénique­ment riche d’Yn­gvild Aspeli, gageons que le pub­lic qui décou­vri­ra – prochaine­ment ? – ce Moby-Dick plongera volon­tiers dans les vagues d’un spec­ta­cle inspiré !

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