Jean-Luc Choplin a confié à Robert Carsen une toute nouvelle production de Singin’ in the Rain qui sera donnée à partir du 17 septembre au Théâtre du Lido.
Gene Kelly chantant sous la pluie... mythique et inoubliable !
Singin’ in the Rain, est l’un des plus célèbres films de Hollywood (il est classé cinquième meilleur film américain !). Le film renaîtra sur scène en septembre 2026 au Théâtre du Lido grâce à une magnifique troupe d’acteurs et de chanteurs et un grand orchestre.
Inspiré du film américain de Stanley Donen et Gene Kelly sorti en 1952, Singin’ in the Rain est un spectacle optimiste et joyeux qui fera oublier les jours de pluie. Chaque chanson illumine l’histoire du destin de trois artistes pendant les années 1920 à Hollywood, lorsque le cinéma muet cédait petit à petit la place au cinéma parlant, quand le noir et blanc disparaissait au profit de la couleur.
L’équipe artistique, dirigée par le metteur en scène Robert Carsen, proposera une toute nouvelle production spectaculaire avec 240 costumes étincelants et des chorégraphies et claquettes décoiffantes.
Vous ne ressortirez pas du Théâtre du Lido sans siffloter le fameux « I’m singin’ in the rain, just singin’ in the rain ».
Notre avis (représentation du dimanche 20 septembre 2026, 15h) : C'est en écoutant l'épatante version de Singin'in the Rain enregistrée par le Spirit of Chicago Orchestra voilà dix ans que cette chronique est rédigée. Peut-être même plus que le spectacle, cet enregistrement permet-il de se replonger dans les années 20.
Robert Carsen a mis en scène l'adaptation du film au Châtelet en 2015, version reprise en 2017 au Grand Palais. Nous nous en étions fait l'écho, saluant le travail si élégant du metteur en scène allié à une troupe qui ne déméritait pas. Ces louanges sont-elles valables aujourd'hui ? Absolument, à quelques nuances près.
Ne nous y trompons pas : il s'agit bien là d'une nouvelle mise en scène. L'espace scénique du Lido et ses contraintes, de toutes manières, obligent à repenser le spectacle différemment. La nouvelle troupe excelle et en met plein les mirettes. Les oreilles ne sont pas en reste grâce à un orchestre de quatorze musiciens répartis de part et d'autre de la salle, en hauteur (et pas comme souvent de part et d'autre de la scène). Le public est tôt emporté par les airs connus qui mettent illico du baume au cœur, excellent remède à toute morosité. Parions que bon nombre de spectateurs connaissent déjà le film et les rouages principaux. Là encore, se replonger dans le travail des scénaristes Betty Comden et Adolph Green est pur bonheur. Leur malice éclate souvent pour le plus grand plaisir du public.
Le metteur en scène Robert Carsen ne cache pas son souhait, selon lui pour rendre hommage au film et à l'évolution cinématographique qu'il décrit, soit l'avènement du parlant, d'utiliser jusqu'à plus soif des projections. Elles sont de deux natures : de petits films évocations de souvenirs ou les rushs du film en tournage, mais aussi ces projections servent-elles à nourrir l'espace comme autant de décors. Seul un rideau, inspiré de celui que l'on voit dans la salle de projection du film, constitue la partie « à l'ancienne » du décor, ainsi que quelques toiles peintes. Nous nous souvenons que dans la version du Châtelet, il semblait que l'époque du muet s'illustrait par un parti pris osé sur les couleurs, le noir et blanc étant privilégié. Ce n'est pas le cas ici puisque les couleurs s'invitent, avec une prédilection pour le doré clinquant et l'ocre. Notons d'ailleurs la splendeur des costumes, conçus de manière vraisemblablement très minutieuse. Mais revenons à l'utilisation des films. Nous pouvons nous interroger, notamment lors du numéro « Beautiful Girl », qui débute par une version scénique, joliment faite et qui se poursuit par son pendant filmé, façon de rendre hommage, pensons-nous, à Busby Berkeley. L'effet tombe hélas à plat malgré les efforts manifestes de l'équipe technique. Il manque une opulence qui faisait la magnificence desdits films.
Nous pouvons également nous étonner (pinaillons) sur l'ouverture du spectacle, soit la première du Royal Rascal. Nous sommes devant le cinéma qui accueille les célébrités annoncées par l'animatrice radio à la voix aigrelette. Durant toute cette séquence une bande-son fait entendre une foule en liesse qui... applaudit. Nous ne pouvons que nous interroger : en extérieur la foule applaudit et exulte à l'arrivée des stars, pendant dix minutes sans discontinuer. Le mélange des applaudissements enregistrés et ceux des spectateurs ne produit ainsi pas toujours des effets particulièrement heureux.
Il semblerait qu'à trop vouloir respecter le film, ce qui induit le jeu des comparaisons, le metteur en scène ait un peu mis de côté la fluidité du spectacle. Ainsi la première partie se traîne-t-elle (environ deux heures sur les trois que dure spectacle). Il va sans dire que couper dans un scénario est compliqué, mais peut-être eût-il fallu faire des choix. Par ailleurs les numéros sont parfois un peu au-dessous de ce que l'on peut attendre (puisque le film est revendiqué, allons-y). « Moses » est vraiment le premier moment qui emballe tout le monde (l'applaudimètre ne ment pas). Quant à la chanson titre, si attendue, elle ne peine aucunement à séduire même les plus endurcis. Le Lido semble sous des nuages bien plus prodigues que le Châtelet puisque la pluie tombe avec force. La chorégraphie, reprenant en partie celle du film, triomphe. Notons que les spectateurs ne manquent pas d'applaudir (à raison) les techniciens qui, par la suite, viennent nettoyer le plateau.
La seconde partie, même si elle est bien plus vive, pâtit à son tour du respect du film. Ainsi lors de l'épilogue qui se déroule dans le cinéma où Kathy double Lena, le film se joue du rythme, passant d'un plan à l'autre. Tout est plus contraint sur scène puisqu'il faut figurer la salle puis l'envers de l'écran. Là où tout devrait filer, tout semble ici encore ralentir. Là s'arrêtent les réserves car le spectacle possède plus d'un tour dans son sac pour vous permettre de passer un excellent moment de théâtre, même si vous êtes installés dans un cabaret. La bonne humeur qui se dégage de l'ensemble reste contagieuse, là est bien le plus important.


















































