Monte-Cristo, le spectacle musical

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Folies Bergère – 32, rue Richer, 75009 Paris.
Du 5 février au 19 avril 2026.
Renseignements et réservations sur le site des Folies Bergère et sur le site du spectacle.

Redécouvrez Le Comte de Monte-Cristo, l’œuvre d’Alexandre Dumas dans une nouvelle adaptation en spectacle musical. À partir du 5 février 2026 aux Folies Bergère.

À travers des mélodies poignantes et une scénographie grandiose, Monte-Cristo, le spectacle musical plonge le spectateur au XIXe siècle dans une histoire tumultueuse où trahison et justice s’entrelacent et où le destin d'un homme se joue sur le fil du rasoir. L’émotion et la grandeur du récit font de ce spectacle une expérience inédite.

Victime d’un complot, le jeune Edmond Dantès, arrêté pour un crime qu’il n’a pas commis, parvient à s’évader du château d’If où il est enfermé depuis quatorze ans. Sous l’identité du comte de Monte-Cristo, il revient pour se venger de ceux qui l’ont trahi mais devra faire aux luttes intérieures qui façonnent son âme.

Notre avis (représentation du 12 février 2026) : On savait que ce début d'année verrait fleurir toute une constellation de Monte-Cristo musicaux. Après l'adaptation pour le moins décevante qui vient d'être créée au Dôme de Paris, voici que le héros d'Alexandre Dumas débarque aux Folies Bergère.

Que ces projets de Monte-Cristo lui aient été antérieurs ou non, le succès du film avec Pierre Niney peut participer de l'intérêt de porter à la scène le destin d'Edmond Dantès, tout en plaçant la barre très haut. On imagine facilement la tâche ardue et on suppose donc l'envie des créateurs irrépressible. En effet, comment ne pas être séduit par des personnages romanesques aux âmes torturées, par des rebondissements épiques, par une intrigue haletante... ? Mais les obstacles se dressent, incontournables : comment raccourcir en deux heures et demie une destinée aussi touffue, comment faire ressentir l'enfer d'un emprisonnement de quatorze années, comment exprimer la bascule psychologique d'un innocent dans l'impitoyable vengeance... ?

Le livret de Stéphane Laporte et Yann Guillon, lisible et plutôt astucieux pour glisser ici et là des indices utiles à l'articulation de l'intrigue, se sort plutôt bien de l'entreprise de condensation du roman de Dumas, au prix d'inévitables raccourcis et altérations qui peuvent se justifier dans une approche de divertissement tous publics. Mais le terrible emprisonnement au château d'If prend inexplicablement l'allure d'un séjour presque tout confort – on aura pourtant bien remarqué que le pantalon d'Edmond avait fini par être déchiré aux entournures – de surcroît agrémenté de la présence d'un voisin de cellule du genre rigolard, l'abbé Faria, puits de science qui instruit méthodiquement le jeune Edmond dans la seconde partie de sa captivité.

Pour ressentir les affres des personnages et vibrer à chacun de leurs tourments, le public attend généralement beaucoup de la musique de scène et des chansons. Las, les compositions qui nous sont données à entendre s'obstinent dans une veine pop d'une homogénéité plombante – même si on a apprécié quelques mesures d'allure folklorique en première partie et quelques mélodies plus sensibles en seconde partie. Dans un style parlé-chanté quasiment uniforme, les chansons peinent à refléter dans la nuance l'état d'esprit des personnages. Aux solos et aux duos entre protagonistes sont confiées les envolées lyriques... qui s'avèrent peu originales dans l'écriture. Quant aux paroles, quand elles ne se noient pas dans une bande-son envahissante qui emporte dans son sillage toute tentative de chant à plusieurs – et ce, malgré l'articulation exemplaire des artistes –, elles surnagent dans des rimes obligées qui peinent à convaincre d'une réelle poésie.

(c)Cédric Le Dantec

La scénographie s'articule autour d'éléments mobiles simples et efficaces, et d'un mapping fort réussi : animations marines, paysages de rues et architecture en trompe-l'œil qui plongent au mieux le public dans le contexte géographique et historique du roman. En revanche, le « subterfuge » consistant à aveugler systématiquement le public à grand renfort de projecteurs pointés vers la salle à chaque changement de décor finit par être déplaisant.

(c)Cédric Le Dantec

Les costumes, comme c'est devenu la tendance, cherchent à marier la véracité d'une époque révolue et une modernité qui capte notre regard actuel. On reste cependant surpris que les messieurs n'aient eu d'autre choix que de porter culotte beige et bottes noires d'équitation.

(c)Cédric Le Dantec

En l'absence d'orchestre live et dans le contexte déjà mentionné d'une bande-son peu valorisante pour les voix, on sent les artistes prudents dans leurs attaques et leur recherche de justesse, mais toutes et tous relèvent magnifiquement le défi avec panache pour faire vivre le spectacle. La distribution bénéficie de la présence d'artistes confirmés ou déjà auréolés de succès. On savait qu'on pourrait compter sur Stanley Kassa et Océane Demontis (mémorables Enjolras et Éponine dans Les Misérables au Châtelet) pour rendre justice à la dimension romanesque du couple Edmond-Mercédès – lui, instillant indéniablement son charisme naturel pour donner de la grandeur au Monte-Cristo manipulateur et vengeur de la seconde partie ; elle, jouant à merveille la fraîcheur d'une jeune femme amoureuse avant de se draper dans une noble dignité. Le trio des méchants (Cyril Romoli, Loïc Suberville, Maxime De Toledo) ne manque pas de mordant, entre fourberie, hypocrisie et opportunisme qui les mènera à leur perte. L'importance donnée par le livret à Mme Danglars permet à Tatiana Matre de défendre un personnage de femme intelligente et émancipée, pourtant tenaillée entre un mari malhonnête et un amant infanticide. Les rôles plus secondaires tirent tous leur épingle du jeu, avec une mention pour Antoine Le Provost (récemment échappé de Cher Evan Hansen), Nathan Desnyder (révélation aux derniers Trophées pour Chat botté, le musical) et Antonio Macipe. La troupe offre toute l'énergie dont elle est capable pour faire vivre différents tableaux grâce à des chorégraphies entraînantes.

Fallait-il adapter Le Comte de Monte-Cristo ? Pas sûr, ou peut-être pas dans ces conditions. Est-il possible encore de reproduire le succès des Mis, d'après un autre monument de la littérature française, sans la puissance d'un producteur hors norme et des moyens colossaux ? Ou bien faut-il se tourner vers des formes de théâtre musical de dimensions moins ambitieuses mais en misant sur une dramaturgie plus percutante et des musiques plus audacieuses ? L'entre-deux du Monte-Cristo des Folies Bergère nous a semblé déboucher sur un divertissement bien tiède, malgré l'engagement irréprochable de splendides artistes, dont nous ne doutons pas qu'il pourra avoir ses amateurs.

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