Bob Fosse’s Dancin’

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Music Box Theatre - 239 W 45th Street, New York.
Previews depuis le 2 mars 2023. Première le 19 mars 2023. Dernière le 14 mai 2023.
Tous les renseignements sur le site du spectacle.

Dans l’historique de Broad­way et des comédies musi­cales, cinq choré­graphes sont restés légendaires grâce aux bal­lets qu’ils devaient régler dans des œuvres dont le suc­cès dépendait large­ment de leurs con­tri­bu­tions per­son­nelles : Agnes de Mille qui fut la pre­mière à créer un bal­let spé­ci­fique­ment incor­poré dans une comédie musi­cale, en l’occurrence Okla­homa! de Rodgers et Ham­mer­stein, en 1943 ; Jerome Rob­bins, dont les bal­lets réal­istes dans les rues de New York en 1957 et en 1960 firent de West Side Sto­ry le suc­cès mon­di­al que l’on con­naît ; Gow­er Cham­pi­on, qui, après avoir dan­sé à la scène comme à l’écran avec sa femme et parte­naire Madge, régla la choré­gra­phie de 42nd Street en 1980 dans un style très per­son­nel, loin des extrav­a­gances de Bus­by Berke­ley dans le film réal­isé en 1933 qui servit de mod­èle à cette comédie musi­cale ; Michael Ben­nett, qui lui aus­si débu­ta en tant que danseur avant de devenir le choré­graphe de l’énorme suc­cès que fut A Cho­rus Line ; et Bob Fos­se, dont le style très par­ti­c­uli­er devait don­ner un relief extra­or­di­naire à de nom­breuses comédies musi­cales, tant à la scène qu’à l’écran, et notam­ment Chica­go, créé en 1975, et tou­jours à l’affiche aujourd’hui dans une reprise de 1996.

Né en 1927, Fos­se fit ses pre­miers pas à Broad­way alors qu’il avait 20 ans, avant d’aller à Hol­ly­wood pour un rôle sec­ondaire dans la ver­sion filmée de la comédie musi­cale de Cole Porter, Kiss Me, Kate, réal­isée en 1953 et pour laque­lle il régla un bal­let qui retint l’attention des pro­duc­teurs de Broad­way. Il con­fir­ma ce que l’on attendait de lui avec « Steam Heat », un autre bal­let resté légendaire qu’il choré­graphia en 1954 pour The Paja­ma Game, un très grand suc­cès sur la scène avant d’être trans­posé au ciné­ma en 1957.

Ces pre­miers suc­cès allaient lui per­me­t­tre de s’imposer rapi­de­ment avec des œuvres restées clas­siques, comme Damn Yan­kees en 1955, Bells Are Ring­ing en 1956, Sweet Char­i­ty en 1966 – qui devait révéler un autre numéro resté célèbre : « Big Spender » –, et Chica­go en 1975. À l’écran, il devait aus­si se dis­tinguer avec les bal­lets qu’il créa pour Cabaret en 1972 et All That Jazz en 1979.

Dancin’, le spec­ta­cle présen­té à Broad­way en 1978, allait mag­ni­fi­er son immense tal­ent de choré­graphe et son imag­i­na­tion fer­tile. Cette œuvre « sans sujet » res­ta qua­tre ans à l’affiche le temps de 1 774 représen­ta­tions et rem­por­ta le Tony de la meilleure choré­gra­phie. Fos­se avait bien pen­sé faire un sec­ond spec­ta­cle qu’il avait inti­t­ulé Dancin’ Too, mais il devait dis­paraître en 1987 sans avoir réal­isé son rêve.

Bob Fosse’s Dancin’, à l’af­fiche depuis quelques jours dans une mise en scène de Wayne Cilen­to, l’une des vedettes de l’original, tout en respec­tant la choré­gra­phie de son créa­teur, revis­ite plusieurs moments du pre­mier spec­ta­cle surtout sur le plan des lumières, des vidéos qui en illus­trent quelques-uns et des élé­ments tech­niques qui les met­tent en valeur, plus con­formes à ce que l’on attend des pro­duc­tions de Broad­way aujourd’hui. Le pro­gramme est resté essen­tielle­ment celui de l’original, avec des épisodes tels que « Rec­ol­lec­tions of an Old Dancer » réglé sur la chan­son « Mr. Bojan­gles », « Dancin’ Man » sur celle du même nom inter­prétée par Fred Astaire dans le film The Belle of New York sor­ti en 1952, et « The Female Star Spot » d’après la chan­son « Here You Come Again » de Bar­ry Mann et Cyn­thia Weil, un grand suc­cès pour Dol­ly Par­ton en 1977, par­mi ceux qui reti­en­nent l’attention.

Deux longs bal­lets, « Big City Mime » et « Big Deal », qui avaient été prévus dans le spec­ta­cle orig­i­nal mais avaient été aban­don­nés en cours de route, sont désor­mais inclus. Le pre­mier prend pour sujet un touriste à New York et les per­son­nages qu’il ren­con­tre dans cer­tains quartiers dou­teux, comme l’étaient Times Square et ses abor­ds à l’époque. L’autre est essen­tielle­ment une réponse au souhait de Fos­se de voir son spec­ta­cle jus­ti­fi­er « l’immense plaisir que danser peut don­ner » avec des morceaux comme « Life Is Just a Bowl of Cher­ries » et « Ain’t We Got Fun » pour l’illustrer musicalement.

Dans ce débor­de­ment de musique, de chan­sons à suc­cès et d’exploits artis­tiques (pirou­ettes, enjambe­ments, jetés, bonds en tra­vers de la scène) réal­isés par des danseurs extra­or­di­naires, le clou de la soirée revient incon­testable­ment à « Benny’s Num­ber », qui ouvre le sec­ond acte, sur « Sing, Sing, Sing », la chan­son de Louis Pri­ma qui avait été un tube pour Ben­ny Good­man. Inter­prété par l’ensemble de la troupe, le morceau offre une oppor­tu­nité sans pareille au bat­teur Gary Sel­gson de faire val­oir ses immenses tal­ents dans un solo excep­tion­nel qui dure presque dix min­utes tan­dis que les danseurs swinguent éper­du­ment dans une série de mou­ve­ments ent­hou­si­as­mants et minu­tieuse­ment réglés.

En choré­graphe hors norme, Fos­se se repo­sait fréquem­ment sur un style un peu déhanché qui avait fait sa répu­ta­tion avec les genoux tournés vers l’intérieur, les mains ouvertes et les doigts écartés, les mou­ve­ments dis­lo­qués d’épaules roulantes, le pelvis pro­jeté en avant, la tête bais­sée et coif­fée d’un feu­tre qui tombe sur les yeux, le tout servi avec une bonne dose de sex­u­al­ité pour agré­menter la sauce. Bob Fosse’s Dancin’ nous rap­pelle sans équiv­oque qu’il était unique en son genre.

 

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