Bons baisers de Vichy est un spectacle musical qui s’inspire de l’histoire d’amour entre la chanteuse Mireille et l’écrivain-journaliste Emmanuel Berl, de 1936 à juin 1940. C’est la rencontre d’une chanteuse-compositrice swing, habitée par l’ivresse joyeuse des Années folles, qui se refuse à voir l’Histoire en marche, et d’un intellectuel dandy pacifiste, traumatisé par son expérience dans les tranchées de la guerre de 14. Par une ironie tragique, et bien que juif, il en viendra à écrire les premiers discours du maréchal Pétain.
Une comédie grinçante, comme un refrain de l’Histoire. Quand le pire devient le plus probable.
Notre avis (représentation du 14 février 2026) : Emmanuelle Goizé et Patrice Tcherkézian ont l’excellente idée de faire revivre un couple improbable : celui composé par le philosophe Emmanuel Berl et Mireille, impayable compositrice et interprète à la voix fluette (le revuiste RIP ne l’appelait-il pas : « le petit sax-aphone » ?) mais au fort tempérament.
Les chansons, paroles de Jean Nohain et musique de Mireille, émaillent ce spectacle dans lequel Emmanuelle Goizé campe avec une belle assurance la compositrice délicate et Hervé Briaux son futur compagnon. Dans la salle, Frédéric Fresson, troisième comparse, intervient de temps en temps, se faisant en partie la voix du public et des questions qu’il peut se poser.
Le grand intérêt de ce spectacle repose sur la confrontation entre deux esprits bien faits et stimulants, de surcroît durant une période particulièrement sombre, celle de la Seconde Guerre mondiale. Le couple, qui pouvait sembler bien mal assorti, s’en sort avec une idée épatante, celle d’habiter ensemble, mais à distance puisque, déjà installé dans un petit appartement du Palais-Royal qui ne peut recevoir un piano – instrument indispensable à la survie de Mireille –, celle-ci emménage dans l’appartement mitoyen. Est mise également en avant la rédaction que fit Emmanuel Berl, juif, du premier discours de Pétain et de ses conséquences. La pièce se déroule à plusieurs niveaux temporels, Berl se confiant sur le passé. Une écriture didactique, qui peut sembler un peu aride pour un public avide de divertissement (les chansons de Mireille possèdent cette légèreté), se mêle à un grand élan romantique, celui, pour le moins caustique, qui allie les deux amants. Et c’est un pur bonheur que d’entendre une langue riche, aux expressions qui peuvent paraître désuètes, mais n’en dégagent pas moins un charme tenace. Un spectacle, donc, pour découvrir une histoire singulière tout en revisitant une fine partie de l’œuvre d’une femme hors norme qui, moins d’un an avant sa disparition, était encore sur scène devant un public fervent, heureux de reprendre avec elle « Quand un vicomte », « Papa n’a pas voulu », « Tant pis pour la rime » ou encore « Colargol »…



























