Top Hat

0
1822

Théâtre du Châtelet – Place du Châtelet, 75001 Paris.
Du 15 avril au 3 mai 2026.
Renseignements et réservations sur le site du théâtre.

Irving Berlin, George Gershwin, Jerome Kern, Cole Porter et Richard Rodgers sont connus pour être les « Big Five » de la comédie musicale américaine. Nés à la fin du XIXe siècle, ils incarnent la modernité du XXe siècle et bâtissent l’empire de Broadway, avant même Leonard Bernstein ou Stephen Sondheim. Auteurs des classiques du Great American Songbook, c’est-à-dire des airs qui comptent dans la mémoire collective anglo-américaine, ils ont tous été à l’affiche du Théâtre du Châtelet au cours des dernières années, à l’exception d’Irving Berlin. Arrivé dans le quartier new-yorkais du Lower East Side en 1893, il est l’un des nombreux enfants d’un chantre synagogal qui dut quitter la Russie d’Alexandre III à cause des pogroms. Irving Berlin ne tarde pas à faire de la musique son activité principale.

Auteur et compositeur de près de 1 500 chansons, parmi lesquelles « White Christmas » ou « God Bless America », Irving Berlin a aussi écrit le tube « Cheek to Cheek », extrait de la plus célèbre de ses comédies musicales : Top Hat, un film réalisé par Mark Sandrich en 1935, avec Fred Astaire et Ginger Rogers, aussitôt considéré comme son chef-d’œuvre. Le public français le découvrira sous un autre titre : Le Danseur du dessus et l’intrigue aide à comprendre cette « traduction » – un danseur américain, Jerry Travers, fait une démonstration de claquettes à son producteur britannique et réveille Dale Tremont, sa voisine du dessous… Lorsqu’elle monte se plaindre du bruit, c’est le coup de foudre et la suite de l’action, qui se déroule à Venise, fera l’admiration des spectateurs avec la reconstitution de la Cité des Doges dans un magnifique décor de carton-pâte. Grâce à une habile alternance de numéros dansés ainsi qu’à un superbe ballet final, l’adaptation de Top Hat en comédie musicale n’a rien trahi du film et s’est imposée comme l’un des plus grands succès de Broadway.

Notre avis (représentation du 23 avril 2026) : Disons-le tout net : assister à une représentation de cette comédie musicale tient du délice. Non seulement retrouver les chansons du génial et fascinant Irving Berlin procure immédiatement une sensation inédite, portée par un orchestre dirigé avec fougue par Luke Holman, mais en prime, la troupe, dans une harmonie parfaite, ne ménage pas ses efforts pour, plus de deux heures durant, vous en mettre plein les mirettes.

© Andrew Perry

Cette mise en scène signée Kathleen Marshall (également chorégraphe), vient du formidable festival de Chichester, une référence. L’intrigue est aussi mince que celle du film, mais l’intérêt ne se situe pas là. En effet, la bonne idée pour l’adaptation scénique est d’avoir ajouté de nombreuses chansons (le film n’en comporte que cinq), donnant un dynamisme indispensable à ce spectacle qui s’ouvre par un numéro de claquettes qui déclenche illico des applaudissements nourris, ô combien mérités. Avoir offert les rôles principaux à Nicole-Lily Baisden en Dale Tremont et Phillip Attmore en Jerry Travers est excellent car, comme le rappelle Anne Martina dans la note du programme, elle constitue un moyen de rendre hommage à tous ces artistes de couleur qui ne sont pas parvenus à accéder à la gloire qu’ils méritaient en raison d’une ségrégation épouvantable. Le couple ne démérite pas et si Phillip Attmore évoque davantage Gene Kelly dans sa manière sportive de danser que Fred Astaire, son abattage l’emporte facilement.

Top Hat au Chichester Festival Theatre en 2025 © Johan Persson

Choix judicieux, également, de ne pas moderniser l’intrigue. La scénographie astucieuse s’en fait l’écho, avec ce double demi-cercle évoquant l’époque Art déco avec malice. Choix judicieux, également, de conserver les quiproquos et malentendus « over the top » qui la pimentent. En outre les rôles féminins s’étoffent dans la seconde partie, grâce en partie à Emma Williams, qui incarne une Marge Hardwick plus vacharde que jamais et dont les répliques, ou les mimiques, déclenchent l’hilarité du public. Ce dernier attend bien entendu les incontournables, dont la chanson mondialement connue « Cheek to Cheek ».

Ginger Rogers - Top Hat - 1935

Certes, la robe de Nicole-Lily Baisden paraît bien plus empesée que celle de Ginger Rogers (la légende veut qu’elle ait mis à mal le flegme légendaire de son partenaire en raison des plumes qui se détachaient en permanence), mais sans affecter la sensualité de ce pas de deux. Car il faut bien l’avouer : qu’ils soient d’ensemble ou plus intimistes, les numéros dansés emportent l’adhésion. Et que dire des sourires du public, qui peine à quitter le bel écrin du Châtelet, tant ce spectacle fait tout simplement du bien. De quoi ravir les amateurs et faire découvrir aux jeunes générations, peut-être plus sensibles à des productions plus modernes, une certaine perfection « old-fashioned ». Mesurons notre chance d’avoir la possibilité de découvrir de telles productions.

Pour celles et ceux qui aimeraient rivaliser avec les artistes en apprenant les claquettes, cela est possible ! Une initiation est en effet proposée le 3 mai. Toutes les informations en cliquant ici.

Retrouvez ici l'émission « 42e rue » en direct que Laurent Valière avait consacrée à Irving Berlin en invitant Scott Emerson, Maxime de Toledo, Lexie Kendrick, Lauren Van Kempen et Benjamin Pras (piano).

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici