Canada — Demain matin, Montréal m’attend (Critique)

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La troupe de la comédie musi­cale Demain matin, Mon­tréal m’at­tend © Yves Renaud

Texte :  Michel Trem­blay
Musique :  François Dom­pierre
Adap­ta­tion et mise en scène :  René Richard Cyr
Choré­gra­phies :  Syl­vain Émard
Arrange­ment et direc­tion musi­cale : Chris Bar­il­laro
Assis­tance à la mise en scène : Lou Arteau
Décor : Jean Bard
Cos­tumes :  Judy Jonker
Éclairages :  Erwann Bernard
Con­cep­tion vidéo : Nor­mal Stu­dio — Félix Fradet-Faguy
Maquil­lages :  Ange­lo Barset­ti

Dis­tri­b­u­tion : Geneviève Alar­ie, Hélène Bour­geois Leclerc, Kath­leen Fortin, Michelle Labon­té, Chris­t­ian Laporte, Marie-Andrée Lemieux, Benoît McGin­nis, Lau­rent Paquin
Le chœur : Bryan Audet, Guil­laume Borys, Jade Bruneau, Marie-Pierre de Brenne, José Dufour, Myr­i­am Fournier, Gabriel Lemire, Cather­ine St-Lau­rent
Musi­ciens : Chris Bar­il­laro, Paul Carter, Peter Colan­to­nio, Mario Hébert et François Mar­i­on

À l’été 1970, au Jardin des Étoiles de Terre des Hommes, est créée la comédie musi­cale Demain matin, Mon­tréal m’attend. Ce spec­ta­cle signé Michel Trem­blay et François Dom­pierre con­naît sa ver­sion défini­tive en mars 1972 au Théâtre Maison­neuve de la Place des Arts. En 1995, Denise Fil­i­a­trault, qui incar­nait Lola Lee à la nais­sance de cette œuvre, offre une nou­velle mise en scène. Et voilà que 45 ans après la créa­tion, alors que la métro­pole s’apprête à fêter son 375e anniver­saire et l’Expo 67, son 50e anniver­saire, les mots de Michel Trem­blay et la musique de François Dom­pierre renais­sent afin de célébr­er le Mon­tréal des années 60 : une époque où la vie de cabaret bat­tait son plein, où une cul­ture s’affranchissait, se décom­plex­ant de sa langue, délais­sant les exo­tismes sud-améri­cains et assumant avec panache et sans-gêne son métis­sage issu de France et d’Amérique.

Notre avis :
Quoi de mieux, pour célébr­er le 375e anniver­saire de la créa­tion de la ville de Mon­tréal, que de présen­ter une pièce qui met celle-ci en vedette ? C’est l’idée qu’on eue les Fran­co­folies… et elle est excel­lente ! D’au­tant que, pour ren­dre l’ex­péri­ence crédi­ble, sont dif­fusées sur écran, en fond de scène, des images du Mon­tréal de l’époque. Les nos­tal­giques seront séduits.

Demain matin Mon­tréal m’at­tend est avant tout l’air que tout Québé­cois qui se respecte se doit de con­naître. C’est aus­si un spec­ta­cle musi­cal tout droit sor­ti de l’imag­i­na­tion de Michel Trem­blay et François Dom­pierre. On se sou­vient que Trem­blay nous avait déjà offert les grands suc­cès Belles-Soeurs et Sainte Car­men de la Main. Cette nou­velle mise en scène de René-Richard Cyr sait éblouir les spec­ta­teurs, d’au­tant que la dis­tri­b­u­tion compte de grands noms du théâtre québé­cois et de jeunes tal­ents. Cette mix­ité de la troupe en fait sa force.

Demain matin Mon­tréal m’at­tend relate le par­cours de la jeune Louise Tétrault qui quitte son patelin de Saint-Mar­tin pour aller rejoin­dre sa soeur « Lola Lee » à Mon­tréal, pour y faire car­rière. Mais Lola ne voit pas la venue de sa jeune soeur d’un bon oeil et fera tout pour l’inciter à quit­ter la métro­pole. Elle ira jusqu’à amen­er sa cadette dans des clubs miteux ou dans le bor­del qui a vu « Rita » débuter sa car­rière avant de devenir la « Star » du Mon­tréal des années 70.

La troupe de la comédie musi­cale Demain matin, Mon­tréal m’at­tend © Yves Renaud

L’his­toire se déroule donc dans le Mon­tréal des années 1970 où le « Red Light » et les clubs étaient à la mode. L’évo­ca­tion se fait a grand ren­fort de clichés, mais on aime ça. La mise en scène est à la hau­teur des attentes : flu­ide et con­va­in­cante. Avec l’aide de Judy Jonker à la créa­tion des cos­tumes, il a su recréer le Mon­tréal des belles années de « la Main ». On saluera égale­ment les arrange­ments musi­caux de Chris Bar­il­laro qui a réal­isé un tra­vail prodigieux et har­monieux qui joue avec un style éclec­tique de Pop, Coun­try ou Lati­no. On ne se lasse pas d’é­couter cet assem­blage musi­cal.

Demain matin Mon­tréal m’at­tend ne serait pas aus­si incroy­able sans la présence des comé­di­ens et comé­di­ennes, danseurs et danseuses qui font de ce spec­ta­cle musi­cal une réus­site sur toute la ligne ! Tout d’abord Marie-Andrée Lemieux qui nous offre une Louise Tétrault tout en douceur. Sa voix mélodieuse ose s’af­firmer auprès de sa soeur « Lola Lee », inter­prétée par Hélène Bour­geois-Leclerc dont on décou­vre avec plaisir un nou­veau tal­ent de chanteuse. On éprou­ve par ailleurs un véri­ta­ble bon­heur en retrou­vant l’in­com­pa­ra­ble Lau­rent Paquin en trav­es­ti déchu. Il a même droit à une ova­tion lors de son solo. Notre coup coeur va sans con­teste à Kath­leen Fortin, en ten­an­cière de bor­del, qui peut aus­si bien se mon­tr­er forte que vul­nérable. Mme Fortin pos­sède indé­ni­able­ment l’une des plus belles voix du Québec et, encore une fois, elle en fait la preuve.

Cette dis­tri­b­u­tion incroy­able est par­faite­ment soutenue par un choeur qui, pour notre plus grand plaisir, est omniprésent sur scène. Ils sont jeunes, tal­entueux et ils dansent comme des dieux.

Demain matin Mon­tréal m’at­tend, c’est une heure quar­ante-cinq de pur bon­heur ! Si vous n’aviez qu’une seule comédie musi­cale à voir cette année… c’est celle-ci !