Chansons sans gêne (Critique)

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Résumé : Pour­suiv­ant tou­jours son explo­ration du par­lé chan­té, Nathalie Joly présente à la Vieille Grille le troisième volet de sa trilo­gie sur Yvette Guil­bert dans une mise en scène de Simon Abkar­i­an, créé à Mar­seille puis au Théâtre de la Tem­pête en mai 2016. Ce nou­veau spec­ta­cle fait suite à « Je ne sais quoi » (1er épisode d’après la cor­re­spon­dance entre Yvette Guil­bert et Freud) et « En v’là une drôle d’af­faire  » (2ème épisode sur l’art du par­lé chan­té). Dans la matu­rité de sa vie et de son art, Yvette Guil­bert, la Reine du café-con­cert, débute à 61 ans une car­rière ciné­matographique éblouis­sante sous la direc­tion de Tourneur, L’Herbier, Mur­nau… Elle puise sa vital­ité en con­tin­u­ant à s’opposer, à con­tre-courant des stars hol­ly­woo­d­i­ennes, aux lois de la mode et de l’im­age, et pro­longe par l’écrit, les émis­sions radio­phoniques et les con­férences son com­bat en faveur de l’émancipation des femmes. Yvette Guil­bert est une femme mul­ti­ple, explo­ratrice de la scène et donc de la vie.

[vimeo]https://vimeo.com/157297647[/vimeo]

Notre avis : Retrou­ver Nathalie Joly explo­rant l’univers telle­ment riche d’Yvette Guil­bert est tou­jours gage de qual­ité, d’exigence. Ce troisième volet, bâti de manière plus lâche que le pre­mier, évoque la dis­pari­tion, la mort… Le pianiste, telle l’incarnation de la con­science de la chanteuse et tragé­di­enne, la tit­ille, la provoque. Si le dis­cours peut paraître par­fois com­pliqué à suiv­re, mieux vaut se laiss­er bercer par l’ambiance qui se dégage de ce cabaret sul­fureux, surtout lorsque Nathalie Joly entonne les airs plus ou moins con­nus de son héroïne : quelque chose se passe instan­ta­né­ment, absorbant le spec­ta­teur. Cela est d’autant plus vrai que le chant est épuré, moins lorsque la chan­son est illus­trée (« les amis de Mon­sieur », par exem­ple). Et ce spec­ta­cle, qui ne manque pas de force, de se ter­min­er avec la lec­ture d’une let­tre datée de 1938, inter­pel­lant le poli­tique sur la fragilité de l’artiste, dont le rôle social impor­tant ne trou­ve pas de com­pen­sa­tion dans la manière dont il est con­sid­éré. Un appel courageux qui résonne étrange­ment de nos jours…