Hotel Modern est une compagnie néerlandaise de marionnettistes totalement unique. Leur matière première ? Une communauté de petites crevettes qui rejouent la tragédie et la comédie de nos vies ordinaires. Ils bâtissent sous nos yeux une micro-société pour mieux disséquer le monde : funérailles, accouchement, bistrot, station-service ou discothèque... Chaque geste, chaque trajectoire compose une fresque vivante de nos existences. Mixant cinéma en direct, théâtre d’objets et performance live, Histoires de crevettes est une expérience hors norme. Un spectacle où l'infiniment petit éclaire nos travers avec une ironie mordante et une poésie saisissante. Entre humour noir, performance vidéo et poésie brute, la compagnie signe une fable scénique jubilatoire qui raconte, avec une liberté folle, ceux que nous sommes !
Notre avis (représentation du 18 septembre 2026) : Vous vous installez dans la salle alors que, sur scène, plusieurs personnes terminent de préparer l'installation qui, d'emblée, suscite la curiosité. En effet, sur plusieurs tables on aperçoit des bouts de cartons, des objets scintillants... tout un bric-à-brac digne d'un vide-grenier et, en fond de scène, un grand écran sur lequel, pour l'heure, figure une image fixe.
Dès le début de la représentation, chacun de ces innombrables décors va prendre vie puisque des crevettes (suite, sans doute, à une taxidermie pointue), manipulées par les actrices et acteurs, vont y pénétrer. Le spectateur ne voit quasiment rien des manipulations sur scène, mais les découvre sur l'écran puisque chaque petite séquence est filmée. L'effet est saisissant et la salle est partagée entre rire et une sorte de malaise puisque, comme l'indique le résumé du spectacle, les crustacés se substituent aux humains. Et c'est parti pour un peu plus d'une heure de pur délire, par de courtes scènes, toujours sur le fil. Tout débute dans une salle où se préparent des funérailles et où un dialogue s'instaure entre le maître de cérémonie et une autre personne. Ce décor, qui sert un peu de fil rouge, sera donc réutilisé mais il sera quasiment le seul. En effet, avec ingénuité les concepteurs vont faire évoluer leurs personnages dans des décors faits d'éléments de récupération. Nous assisterons, par exemple, à un mariage compliqué, à une partie de camping sous la pluie, à une opération à crevette ouverte... Ces scènes brèves peuvent s'enchaîner en respectant une continuité narrative ou pas. Ainsi, pour le spectateur, la surprise est-elle constante.
La troupe s'amuse comme une folle à dézinguer tous les petits et grands travers des humains, l'humour étant souvent teinté de noirceur. En plus des manipulateurs, un musicien se charge du bruitage puisque ces historiettes sont loin d'être muettes ! Et entendre les délicieux accents néerlandais, par le décalage qu'il provoque, participe du comique du spectacle. Si tout est donc fait de bric et de broc, la partition technique n'en reste pas moins impressionnante : la gestion de tous ces décors, les déplacements rapides des manipulateurs de l'un à l'autre... tout est millimétré. Il y a un côté Deschiens dans ce qui ressemble à une performance hors norme. En prime, pour les plus curieux, la troupe invite les spectateurs à monter sur scène après la représentation pour admirer l'envers du décor, voire s'entretenir avec quelques crevettes... Un plat pimenté comme il faut, un peu déroutant (on peut parfaitement passer à côté) et qui mérite de secouer plus que les zygomatiques.


























