Catherine Ringer est décédée hier à l'âge de 68 ans. Elle rejoint ainsi Fred Chichin, disparu en 2007, son compagnon avec qui elle formait Les Rita Mitsouko, le mythique groupe rock des années 80, 90 et 2000.
Avant d'être l'autrice, compositrice et interprète populaire que nous aimons, Catherine Ringer débute dans le théâtre musical au milieu des années 1970. C'est à cette même période qu'elle rencontre la chorégraphe et danseuse argentine Marcia Moretto – elle aussi rattrapée par un cancer et à qui elle rendra hommage dans la célèbre chanson « Marcia baila » – qui lui donne des cours de danse et avec qui elle se produit sur scène.
Du milieu à la fin des années 1970, on peut la voir jouer, danser et chanter dans différents spectacles musicaux que nous avouons ne pas connaître : Silences nocturnes aux îles des fées d'Armando Llamas ; N'Shima sous la direction de Iannis Xenakis ; Comme dans une bourrasque de Ricardo Mosner ; Mère Courage et ses enfants de Bertolt Brecht ; Visite à Locus Solus, un texte de Raymond Roussel musique et mis en scène par Michel Puig ; Fragments pour Guevara (ou Fragments pour le Che) de Pierre Bourgeade mis en scène par Michael Lonsdale sur une musique de Michel Puig ; Nuits sans nuit, une adaptation du livre de Michel Leiris mise en scène par Michael Lonsdale sur une musique de Michel Puig ; Les Loups de Catherine Dasté, mis en scène par Michel Puig...
Anecdote assez jolie : c'est aussi grâce à la comédie musicale que Les Rita Mitsouko vont exister. Fred Chichin et Catherine Ringer se rencontrent en 1979 sur Flash rouge de Marc'O et Geneviève Hervé. Sentant leur affinités communes et leur désir d'insolence, il lui propose de former un groupe de rock. Après des tentatives à plusieurs, ils choisissent de rester à deux et, après des concerts où ils commencent à s'affirmer, c'est en 1980 au Gibus qu'ils inaugurent le nom Rita Mitsouko. Le succès arrive en 1985 grâce à « Marcia baila » et se maintient jusqu'au décès de Chichin. Citons quelques titres emblématiques : « Andy », « C'est comme ça », « Les Histoires d'A. », « Singing in the Shower » (avec Sparks), « Le Petit Train », « Don't Forget the Nite », « Y a d'la haine », « Riche » (en duo avec Doc Gynéco, « Cool frénésie », « Femme de moyen âge », « Triton », « Ding Dang Dong », « Même si ».
En 1990, Catherine Ringer signe les délicieuses paroles de « La Complainte de la vieille salope » sur une musique de Gabriel Yared pour le film Tatie Danielle.
Encore une anecdote liée à la comédie musicale : pour écrire et composer, elle disait avoir appris grâce à un livre d'Irving Berlin :


De 2002 à 2005, Catherine Ringer endosse le rôle-titre de Concha Bonita, une comédie musicale d'Alfredo Arias et René de Ceccatty, sur une musique de Nicola Piovani. Elle y joue le rôle d'une femme trans confortablement installée à Paris rattrapée par son passé le jour où une ancienne conquête de Buenos Aires lui apprend qu'elle est le père d'un garçon. Les représentations ont lieu au Théâtre de Chaillot à l'hiver 2002-2003 avant de partir en tournée en France et en Italie.
Les fans des Rita Mitsouko qui avaient la chance de voir le spectacle — nous en étions – retrouvaient la Catherine Ringer provocante, exubérante et débordant d'énergie qu'ils connaissaient et découvraient aussi une actrice dans un format scénique inhabituel pour eux.
La distribution comptait deux jeunes artistes qui allaient faire et font toujours les beaux jours de la comédie musicale : Vincent Heden (bientôt à l'affiche de Dear World) et Claire Pérot (qui reprendra bientôt le rôle de Fantine dans Les Misérables au Châtelet).
Après le décès de Fred Chichin, tout en enregistrant de nouveaux titres en solo, Catherine Ringer perpétue le répertoire des Rita Mitsouko. En 2017, à l'occasion de la sortie de son album Chroniques et Fantaisies elle se confiait à l'antenne de France Culture (écouter l'interview en cliquant ici). En 2019, pour célébrer les 40 ans de la formation du groupe mythique, elle repart en tournée. Les 28 et 29 septembre, entourée de ses enfants musiciens, elle enflamme la Philharmonie de Paris le temps de deux soirées inoubliables d'émotion.
Sa curiosité et sa personnalité lui font croiser la route de célébrités dans des domaines très divers. En 2020, elle participe au dernier défilé de Jean-Paul Gaultier.
Plus récemment, en 2021, on a vu – et adoré – Catherine Ringer à la 46e Nuit des César. Elle réveillait une cérémonie prompte à sombrer dans l'ennui grâce à une reprise électrique du titre envoûtant de Gilbert Bécaud « Je reviens de te chercher ». À vous dresser les poils !
Connue pour son engagement pour la liberté du corps des femmes, Catherine Ringer est invitée à la cérémonie de constitutionnalisation de l'IVG. De son timbre qu'on lui connaît et avec une élocution des mots toujours aussi captivante, elle y entonne une Marseillaise dont elle a changé quelques paroles. Après cela, elle évite avec élégance et sans équivoque une tentative d'embrassade du président Macron. Elle n'était pas du genre à se laisser récupérer, la Ringer !
« Artiste française majeure, moitié des Rita Mitsouko, Catherine Ringer a marqué plusieurs générations par sa voix et ses chansons, sa grande liberté et sa singularité », souligne la famille de Catherine Ringer en annonçant son décès.
Elle nous manque déjà tellement...

























