Un soupçon d’amitié

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Théâtre Actuel La Bruyère – 5, rue La Bruyère, 75009 Paris.
À partir du 10 septembre.
Renseignements et réservations en cliquant ici.

Que feriez-vous si votre meilleur ami était suspecté des pires atrocités ? Voilà la question à laquelle Daniella et Louis sont confrontés.

Nous sommes en Argentine, dans les années 60. Un inconnu frappe à leur porte et vient leur faire de terribles révélations sur leur ami Joachim. Leur loyauté va-t-elle s’incliner face à leur suspicion ?

Un thriller théâtral sous haute tension et sur fond historique, questionnant les limites de la confiance et la profondeur de nos valeurs...

Notre avis (représentation du 18 septembre 2026) : Nous nous sommes rendus, confiants, au La Bruyère, l'esprit encore joliment étourdi par Le Manuel de la jeune mariée, sans rien savoir, sans rien lire quoi que ce soit à propos d'Un soupçon d'amitié, pas même un résumé. À peine avions-nous aperçu, au moment de pénétrer dans le théâtre, l'affiche et ses indispensables extraits de (forcément) bonnes critiques qui nous laissaient penser que nous allions nous régaler d'un thriller captivant, d'un huis clos angoissant. Las, nous n'avons rien perçu de tout cela, nous n'avons tout bonnement pas aimé.

On ne peut nier que le contexte historique dans lequel se déroule la pièce et le sujet lui-même, à savoir la traque des nazis en Argentine dans les années 50-60, présentent un intérêt indiscutable et constituent un point d'ancrage fort pour une pièce de théâtre propice à des émotions puissantes. Hélas, le texte et ses ressorts nous ont paru beaucoup trop inconsistants. Nous n'avons pu, dès le début, adhérer au postulat de départ. Conséquence : il nous a été difficile de suivre la logique dans le comportement des personnages. Cette amitié entre ce jeune couple d'expatriés français et cet Allemand que l'on commence à soupçonner ne nous a jamais paru crédible, car pas assez expliquée, pas suffisamment étayée pour qu'elle puisse soudainement peser en face d'une irrésistible recherche de la vérité. C'est pourtant sur ce dilemme que s'articule censément toute l'intrigue : « A-t-on le droit de soupçonner un ami ? » Sauf que nous n'avons pas compris sur quoi reposait cette amitié prétendument indéfectible, nous n'avons pas saisi pourquoi il devient si difficile de prendre ses distances avec un individu qui, certes, vient dîner trois fois par semaine en vous offrant des jolies fleurs mais avec qui on n'a visiblement pas partagé grand-chose d'intime du passé – surtout que ce passé présente encore des blessures béantes. On comprend vaguement que l'Allemand a accueilli le couple à leur arrivée en Argentine, qu'il a aidé la jeune femme à créer une école de danse – est-ce pour cette raison qu'elle s'autorise à lui caresser le genou quand ils partagent le canapé ou à s'adonner à une sensualité ambiguë lorsqu'ils entament un tango devant le mari faussement (ou vraiment) jaloux ? On sent au mieux une forme de redevabilité, d'habitude de fréquentation mais cette fascination amicale nous est inexplicable. Le mari est tout de même diplomate à l'ONU mais ça n'a pas l'air de le rendre plus au courant des affaires du monde, et surtout on devine assez vite que la femme... mais ne divulgâchons pas !

Les nombreux dialogues qui s'étirent à l'envi avant de, enfin, révéler une information nous ont semblé fastidieux. Tout comme cette façon d'annoncer systématiquement la venue des personnages en les faisant arriver visibles par la fenêtre du fond de scène, ou encore ce plafonnier qu'on ne cesse d'arrêter ou de relancer d'un faux geste... S'il y avait une volonté d'établir une tension allant crescendo, nous sommes restés de marbre, et c'est plutôt notre déception qui a crû.

Simon Larvaron, Cyril Romoli, Philipp Weissert er Ariane Brousse (c) Regard en Coulisse

Nous aurions aimé écrire que les incursions du tango, musique et danse, créent une distance, apportent de la poésie, de la légèreté, ou plus simplement ajoutent une saveur locale en nous rappelant que l'histoire se passe à Buenos Aires. De même pour ces moments qui versent dans le vaudeville ou le boulevard – ah ! les recettes de belle-maman, les évanouissements, les allers-retours précipités dans une cuisine cachée, cette manie de se servir un verre d'alcool pour se requinquer –, ils nous ont paru mal amenés, inutiles, hors sujet. Faute d'ambiance convaincante, les indices, les suppositions et les fausses pistes qui s'égrènent laborieusement comme dans une pseudo-enquête policière ne nous ont pas passionné. Pas plus que les révélations finales, qui ne nous ont ni surpris ni vraiment intéressé et qui, a posteriori, font imploser un peu plus le peu de consistance narrative que les premières scènes ont tenté d'installer.

Au moins louons le devoir de mémoire, le traitement d'une page de l'Histoire peut-être moins connue que d'autres mais pas moins sensible. Donc oui, bien sûr, l'horreur de la Shoah et les expériences du docteur Mengele continuent aujourd'hui de nous glacer le sang, de nous révolter et de nous retourner les tripes. Mais, et pour cette raison, Un soupçon d'amitié nous a agacé. Cela dit, le soir où nous étions dans la salle, le public a semblé apprécier... Mettons cet accueil au crédit des quatre comédien.ne.s, très investis dans leur jeu. Et bien sûr, les goûts et les couleurs...

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