Pour son premier album en tant que chanteur, Laurent Ziliani affiche une ambition qui suscite la curiosité : onze titres extraits de comédies musicales de Stephen Sondheim réinventés pour voix, big band et cordes. Pour mener à bien ce projet, il s'est entouré des musiciens Zac Zinger, Peter Erskine, Michael Valerio, Alex Terrier, Cédric Hanriot, Alexander Mathias et Nick Mancini et de Jorge Velasco pour le mixage et le mastering.
Si Laurent Ziliani a toujours œuvré dans l'ombre par son travail de compositeur de musiques de films et de jeux, ce nouveau défi en tant que chanteur l'a mené sur une nouvelle voie qui le place sous les projecteurs. Il a conçu cet album comme un voyage à travers différentes facettes de l'amour – qui n'est, rappelle-t-il, jamais simple chez Sondheim. Les airs ont été choisis et ordonnés pour former une progression, depuis des recoins sombres jusqu'à l'acceptation, la maturité, voire la lumière.
« No One Is Alone », extrait de Into the Woods :
Aux côtés d'œuvres désormais plutôt connues du grand public (Into the Woods, Sweeney Todd, Follies, Sunday in the Park with George) et d'autres un peu moins (Passion, Merrily We Roll Along), on trouve des extraits de deux raretés : Road Show et Pacific Overtures – de quoi attiser un peu plus notre curiosité !
« Poems » extrait de Pacific Overtures :
« Isn't He Something! » extrait de Road Show :
« The Best Thing That Ever Has Happened » extrait de Road Show :
Chaque piste de l'album, qui porte un sous-titre évocateur dans ce voyage au travers des méandres de l'amour, est introduite par une vidéo dans laquelle Laurent Ziliani, face caméra, partage quelques secrets de fabrication : il rappelle le contexte du numéro dans la pièce de Sondheim pour en dégager un relief psychologique, il donne des clés d'écoute musicale pour faire le lien entre la composition originale, son caractère et les arrangements imaginés pour l'album... comme ici, par exemple, avec « Move On », extrait de Sunday in the Park with George :
Vocalement, sans chercher à évoluer dans le style de Broadway, Laurent Ziliani s'en sort avec les honneurs dans une veine jazzy. Les arrangements, sans être inintéressants, nous ont paru d'une homogénéité marquée qui verse dans la musique lounge, avec ce que cela implique de lénifiant – le thème repris par un saxophone séducteur ou un vibraphone entêtant dans une ambiance feutrée de fin de soirée bercée par un rythme invariablement régulier et apaisant. Cette uniformisation tend à diluer les différents univers théâtraux créés par Sondheim – d'ailleurs, on a tout bonnement parfois le sentiment que le sens et la subtilité des textes sont sacrifiés sur l'autel d'un concept sonore. Si l'on salue incontestablement le travail précis de réinvention, la qualité du projet et les talents des musiciens, si l'on s'est même laissé emporter par les premières mesures de certains titres qui nous ont paru mieux réussir l'épreuve de la transformation, comme « Move On » avec son ouverture triomphante, « Loving You » avec sa simplicité délicate un peu surannée ou « The Best Thing That Ever Has Happened » avec ses irrésistibles sautillements, on avoue être resté un peu au bord de ce parcours ambitieux et bien construit dont la couleur musicale n'est tout simplement pas notre tasse de thé préférée et auquel il manque probablement le grain de folie ou la pincée d'extravagance qui feraient de ces reprises un contrepoint piquant aux enregistrements originaux – à l'instar d'une Cécile McLorin Salvant récemment évoquée dans nos colonnes.
Toutes les informations concernant l'album Anyone Can Whistle: A Sondheim Journey sorti le 22 mars 2026 sont disponibles sur le site de Laurent Ziliani.
« Wait » (Sweeney Todd) – Manipulation Behind a Lullaby
« Isn't He Something! » (Road Show) – The Seduction of Charisma
« Pretty Women » (Sweeney Todd) – Suspension in Time
« Losing My Mind » (Follies) – The Loop of Obsession
« Not a Day Goes By » (Merrily We Roll Along) – Love Through Time
« Anyone Can Whistle » (Anyone Can Whistle) – The Moment of Vulnerability
« No One Is Alone » (Into the Woods) – Healing after the Storm
« Poems » (Pacific Overtures) – Tradition and Transformation
« The Best Thing That Ever Has Happened » (Road Show) – A Mature Love
« Move On » (Sunday in the Park with George) – Art, Doubt and Creation
« Loving You » (Passion) – Love as Total Surrender
Pour aller plus loin avec Laurent Ziliani, citons sa reprise instrumentale de « Money, Money, Money » du groupe Abba :
Et arrêtons-nous sur l'une de ses compositions, « The Worst of Times » :

























