Je te pardonne (Harvey Weinstein)

0
876

Théâtre du Rond-Point – 2 bis, avenue Franklin-Roosevelt – 75008 Paris
Du 1er au 17 juin à 19 h, du 18 au 26 juin à 21 h. Relâche les dimanches et lundis.
Renseignements et réservations sur le site du Rond-Point.

« L’homme pénètre, la femme est pénétrée. »

À la barre, Wein­stein lui-même voit défil­er les témoins du car­nage. Une femme de cham­bre de Sof­i­tel, une star abusée, une gamine de treize ans… Chris­tiane Taubi­ra ou Élis­a­beth Bad­in­ter s’imposent en avo­cates des plaig­nantes. Le ver­dict tombera, mais l’homme, patri­arche phal­locrate avec déam­bu­la­teur, observe des change­ments. Méta­mor­phose du corps : poitrine, fess­es, atro­phie des par­ties géni­tales. Sa part fémi­nine prend le dessus. Mais cela pour­ra-t-il suf­fire pour le pardon ?

Fête des sex­es opposés avec chan­sons, Je te par­donne (Har­vey Wein­stein) syn­thé­tise en musiques le phénomène « Me too », con­voque ses fig­ures dig­ni­taires et ses grands crim­inels, le roi de Peau d’âne, Polan­s­ki ou Matzn­eff, dans un procès avec piano, ouvert à la vin­dicte pop­u­laire et à tous les per­vers nar­cis­siques de l’espèce masculine.

Auteur asso­cié au Rond-Point, Pierre Notte y a chan­té et joué J’existe (foutez-moi la paix), L’Effort d’être spec­ta­teur, signé et mis en scène Sur les cen­dres en avant, La Nos­tal­gie des blattes, C’est Noël tant pis ou L’Histoire d’une femme. Son dernier roman, Les Petites Vic­toires (Gal­li­mard), dresse des por­traits de femmes acharnées à vivre libres dans un monde d’hommes. Avec provo­ca­tion et sans tabou, il com­pose, joue et chante dans un cabaret dégénéré. Il met à mal la fig­ure des machos affir­més ou qui s’ignorent, et en lumière la part de féminité du mâle alpha dominateur.

Notre avis : Avec son titre (un rien) provo­ca­teur, le nou­veau spec­ta­cle de Pierre Notte s’inscrit dans le reg­istre qu’on lui con­naît – et qu’on appré­cie – depuis Moi aus­si je suis Cather­ine Deneuve, il y a plus d’une quin­zaine d’années : un cabaret tout en « chan­son­nettes » sur des musiques douces et des paroles amères ou tran­chantes – l’horreur des mots, la poésie des notes.

En met­tant en scène le pré­da­teur sex­uel le plus emblé­ma­tique de ces dernières années, l’au­teur con­voque à la barre de l’histoire toute une série de mâles alpha dom­i­nants pour les juger à l’aune des témoignages de femmes – vic­times ou fémin­istes con­nues. Ce procès, cette trame dra­ma­tique offre autant d’occasions de rap­pel­er les sta­tis­tiques de fémini­cides, de dénon­cer l’excision, d’évoquer des pra­tiques sex­uelles, de faire quelques rap­pels d’anatomie, d’apporter un autre éclairage sur le mythe du jardin d’Éden ou sur celui de la guerre de Troie, de s’interroger sur l’origine du mot « orchidée », de décou­vrir et de com­pren­dre l’organisation sociale chez le pois­son-clown… Hélas, ce flo­rilège tour­bil­lon­nant et bouil­lon­nant d’éléments divers qui mili­tent en faveur de la femme en tout temps opprimée finit par lass­er et noy­er le spec­ta­teur dans un déluge de texte pas tou­jours intel­li­gi­ble et au ton finale­ment monochrome.

© Louis Rivet

Pour­tant, cer­tains clins d’œil, digres­sions et adress­es au pub­lic ne man­quent ni de sub­til­ité ni d’humour. Pour­tant, la scéno­gra­phie inven­tive et les mag­nifiques lumières soulig­nent une occu­pa­tion intel­li­gente et sen­si­ble du plateau. Pour­tant, les mélodies trou­blantes, les con­tre-chants et les super­po­si­tions des voix savent séduire. Pour­tant, les rythmes des chan­sons invi­tent à la danse et au mys­tère. Pour­tant, le tim­bre de Pauline Chagne sus­cite l’émotion… En fin de compte, n’aura-t-il pas man­qué à ce spec­ta­cle que sa part qu’on osera qual­i­fi­er de « fémi­nine » – sa déli­catesse, sa pais­i­bil­ité – trou­ve mieux sa place, en équili­bre au côté de son esprit vin­di­catif et excité ?

- Publicité -

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici