The Very Big Experimental Toubifri Orchestra est un orchestre aussi tonitruant que délicat. Sous la direction scénique de Céline Champinot et accompagné de sept chanteurs et chanteuses, le Toubifri imagine avec Le Lac une comédie musicale opératique délibérément extravagante !
Dans une contrée en apparence paisible, le quotidien de tout un village bascule le jour où la baignade dans le lac voisin devient interdite... Les réactions ne se font pas attendre. Certains choisissent la discussion quand d’autres optent ni plus ni moins pour la lutte, le sabotage ou la métamorphose. Peu à peu d’étranges figures surgissent, rajoutant allègrement de la fantaisie à l’aventure.
Porté par leur fougue communicative et légendaire, le Toubifri nous entraîne dans une incroyable épopée à la couleur musicale et vocale affirmée, influencée par les musiques rock, pop, savantes et l’improvisation. Une forme libre et foisonnante qui détourne le réel avec insolence.
Notre avis (représentation du 13 octobre 2026) : Comment un lac peut-il être au centre de tensions agitant un village ? Avec Le Lac, The Very Big Experimental Toubifri Orchestra ajoute une ligne supplémentaire à la liste de ses riches expériences artistiques. Sept chanteurs et chanteuses rejoignent l’orchestre aux allures de big band pour créer une comédie musicale opératique ! Les personnages sont marqués par l’annonce soudaine et incompréhensible de l’interdiction de la baignade dans le lac de leur village. Le face-à-face tendu entre les habitants et l’autorité locale est traité de façon décalée tout en soulevant de véritables questions de fond.
En découvrant la scène et l’espace imposant réservé à l’orchestre, on peut se demander comment les interprètes vont pouvoir gérer l’espace disponible et donner pleinement vie à l’histoire. La mise en scène de Céline Champinot et la scénographie d’Emilie Roy remportent sans difficulté le défi. À titre d’exemple, le lac est bien présent mais c’est au milieu du public que des personnages iront nager. De plus, les musiciens remplissent différentes fonctions dans l’histoire.
Les chanteurs et les musiciens portent des costumes de « faux nus ». Outre l’aspect décalé, cette nudité supposée conforte l’idée de personnages fragiles et démunis face à l’autorité. Le ton semble léger mais des enjeux de démocratie se posent, notamment en termes de liberté d’aller et venir ou de liberté d’expression. Certains personnages vont par exemple perdre subitement leur voix. Que faire face à la froideur de l’autorité locale avec une policière zélée et un maire demeurant invisible et sourd aux appels de sa population ? La policière sera obsédée par le respect de l’interdiction de la baignade mais indifférente face à une supposée noyade, activité non interdite. Un canard géant fera des apparitions improbables, observant les événements et allant même jusqu’à y prendre part...
Les chansons écrites par Maud Chapoutier, Aloïs Benoit et Lucas Hercberg font mouche. Elles sont défendues par des artistes brillants avec The Very Big Experimental Toubifri Orchestra et les chanteurs aux profils variés. Leurs différents talents combinés font merveille et ils naviguent avec agilité entre les registres de Broadway, de l’opéra, voire de l’opéra-bouffe. On se surprend même à faire une association d’idées entre la chanson « Je peux flotter » et « Defiying Gravity » de Wicked. Une petite réserve porte sur la difficulté de compréhension de certains textes lorsque tous les interprètes chantent ensemble, d’autant plus que ces textes font réellement avancer l’histoire.
The Very Big Experimental Toubifri Orchestra se jette à l’eau avec succès dans la comédie musicale avec Le Lac. Un spectacle à ne pas manquer pendant sa tournée !

























