Les Pêcheurs de perles (Critique)

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Mise en scène : Eric Perez
Direc­tion musi­cale : Gas­pard Bré­court
Décors, cos­tumes : Ruth GROSS
Vidéo : Clé­ment Chébli
Nadir : Mark Van Ars­dale
Nourabad : Jean-Loup Pagésy
Leïla : Ser­e­nad B.Uyar
Zur­ga : Paul Jadach
Cheffe de chant : Elis­a­beth Brusel

Chœur de l’Académie lyrique d’Occitanie
Chœur et Orchestre Opéra Éclaté

Créa­tion Fes­ti­val de Saint-Céré 2019

Résumé : La jeunesse est le mot qui car­ac­térise « les Pêcheurs de per­les » : Jeunesse de Bizet, jeunesse de ses per­son­nages, jeunesse d’une inspi­ra­tion musi­cale et jeunesse d’un livret qui en reflète la naïveté. Trop sou­vent on dit effec­tive­ment de cette œuvre qu’elle est belle mais que son livret est pau­vre…
C’est sur ce pré­ten­du défaut que nous avons décidé de con­stru­ire notre pro­jet. Non, la jeunesse n’est pas un défaut, non, la jeunesse n’est pas pau­vre, elle est peut-être naïve, mélan­col­ique, elle manque d’expérience mais elle est riche car elle ouvre la porte au rêve et à l’imaginaire !
Cet opéra est tout sim­ple­ment l’histoire de deux amis qui aiment la même femme. Il était, bien sûr, dans l’air du temps, à la moitié du XIXème siè­cle, de trans­pos­er un réc­it dans un pays exo­tique, c’était une époque où les voy­ages n’étaient que l’apanage de quelques-uns ! Cela fai­sait par­tie des codes pour rêver … rêvons alors à ce Cey­lan imag­i­naire, comme Vic­tor Hugo imag­i­nait le monde sans jamais avoir voy­agé, comme Bizet qui, plus tard, représen­tera une Espagne mythique sans y être allé !

Notre avis : Œuvre de jeunesse de Bizet (il l’a com­posée quand il avait 25 ans), Les Pêcheurs de per­les est un opéra rel­a­tive­ment peu joué. Située dans l’île de Cey­lan (aujour­d’hui le Sri Lan­ka), l’his­toire décrit un tri­an­gle amoureux entre deux jeunes amis, Zur­ga et Nadir, épris de la même femme, Leïla, sur fond de trahi­son, jalousie et sac­ri­fices. Si le livret est rel­a­tive­ment sim­pliste et l’ori­en­tal­isme (à la mode à l’époque) dans lequel s’in­scrit l’ac­tion quelque peu arti­fi­ciel, cet opéra vaut surtout pour sa par­ti­tion, déli­cate et sub­tile. Son air le plus con­nu, « Je crois enten­dre encore », a même dépassé les fron­tières du lyrique lorsqu’il fut enreg­istré par la chanteuse Ali­son Moyet.

Dans la mise en scène d’Er­ic Perez, le tri­an­gle amoureux qui définit l’his­toire est un vrai tri­an­gle : Zur­ga et Nadir, dans des tenues rap­pelant les étu­di­ants anglais du film Anoth­er Coun­try, sont engagés dans une bro­mance homoéro­tique dans laque­lle Leïla ne pour­rait être qu’ac­ces­soire — une sit­u­a­tion qui com­plex­i­fie un peu les enjeux. Le trio est par­faite­ment à son aise avec la par­ti­tion de Bizet. Ser­e­nad B. Uyar, grande habituée du Fes­ti­val de Saint-Céré, déploie un touchant mélange de force et de vul­néra­bil­ité. Les deux hommes, Mark Van Ars­dale et Paul Jadach, ne sont pas en reste, avec leurs tim­bres clairs et leur fougue juvénile.

La mise en scène min­i­mal­iste et élé­gante (un voile géant sur une struc­ture géométrique, des pro­jec­tions) se marie bien avec cette intri­g­ante œuvre, et on saluera, encore une fois, l’im­pec­ca­ble direc­tion musi­cale de Gas­pard Bré­court, ici avec le Choeur et l’Orchestre de l’Opéra Eclaté et le Choeur de l’A­cadémie Lyrique d’Oc­c­i­tanie.

Château de Castel­nau-Brete­noux — mar­di 30 juil­let 21h30, dimanche 04 août 21h30, ven­dre­di 09 août 21h30, dimanche 11 août 21h30