New York, New York

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St. James Theatre - 246 W. 44th St., New York.
Première le 26 avril 2023. Dernière le 30 juillet 2023.
Plus d'informations sur le site du spectacle.

La sai­son de Broad­way n’aurait pu choisir plus belle façon de s’achever sur une note tri­om­phale. New York, New York, la dernière comédie musi­cale présen­tée dans le cadre de la sai­son 2022–2023 est l’une de ces œuvres qui demeurent inou­bli­ables une fois qu’on les a vues. Créé par David Thomp­son et Sharon Wash­ing­ton pour le livret, et John Kan­der et Fred Ebb pour la musique (avec une con­tri­bu­tion de Lin-Manuel Miran­da, après la dis­pari­tion de Fred Ebb en 2014), New York, New York est un bril­lant salut à Broad­way et à ses musi­cals, ain­si qu’une déc­la­ra­tion d’amour à la ville qui les abrite.

Le film réal­isé par Mar­tin Scors­ese en 1977 avec Liza Min­nel­li et Robert de Niro, sur un scé­nario écrit par Earl Mac Rauch, a été l’inspiration pour cette œuvre, qui en a con­servé l’idée prin­ci­pale mais qui lui donne aus­si un sens dif­férent et nou­veau. Le résul­tat est une his­toire d’amour sur une toile de fond représen­tant la ville de New York et la mul­ti­plic­ité eth­nique de ses quartiers dans les années 1946–47.

Jim­my Doyle, un jeune musi­cien à la recherche d’un tra­vail, fait la ren­con­tre dans la rue d’une jeune femme noire, Francine Evans, qui vient de débar­quer et est à la recherche d’un apparte­ment. Jim­my la con­duit dans un immeu­ble proche de celui où il vit, tenu par Madame Vel­tri, pro­fesseur de musique. Petit à petit, Jim­my, qui vit seul, et Francine se rap­prochent jusqu’à ce que Jim­my lui pro­pose de l’épouser. Elle accepte et devient sa femme, fait légère­ment excep­tion­nel pour l’époque en rai­son de leurs dif­férentes couleurs de peau, mais c’est New York après tout.…

Entre-temps Jim­my a du mal à trou­ver du tra­vail, et les seules occa­sions qui se présen­tent à lui ne durent pas longtemps car son car­ac­tère de plus en plus vio­lent vis-à-vis des autres lui fait per­dre ces emplois. De son côté, Francine est retenue pour une émis­sion de radio où elle est remar­quée par un pro­duc­teur de spec­ta­cles qui lui pro­pose un petit rôle dans une comédie musi­cale qui va être mon­té à Broadway.

De plus en plus, les dif­férences entre Francine et Jim­my provo­quent un froid entre eux, d’autant que Jim­my tente de noy­er ses incer­ti­tudes dans l’alcool. Francine, de son côté, devient une chanteuse remar­quée sous la tutelle de Gor­don, le pro­duc­teur, qui entend l’emmener dans le cadre d’une tournée pour sat­is­faire ses pro­pres intérêts qui ne sont pas artis­tiques envers elle. Francine réag­it à cette propo­si­tion en lui don­nant un coup de poing. Et de retour chez elle, elle rompt avec Jimmy.

Ce dernier décide alors de saisir la seule propo­si­tion qui lui per­me­t­tra de sor­tir de l’ornière, et avec l’aide de deux musi­ciens de ses amis, Jesse et Mateo, un joueur de trompette et un bat­teur cubain, il forme un petit groupe musi­cal qui se pro­duit dans un café du coin. Petit à petit, le suc­cès lui per­met d’élargir son groupe et d’attirer les con­som­ma­teurs au café, pour le plus grand plaisir du patron, qui trans­forme son étab­lisse­ment en club. Francine, qui a choisi de quit­ter New York, vient voir Jim­my une dernière fois et est invitée à chanter une chan­son à la gloire de la ville. Ce sera « New York, New York » et le retour à une vie com­mune avec Jimmy.

De façon fort intéres­sante, dans le déroule­ment de cette action, il est rarement fait men­tion des dif­férences socio­cul­turelles qui exis­tent entre les per­son­nages, ce qui donne de New York à l’époque une idée d’équilibre eth­nique dans cer­tains milieux. Il en va de même des per­son­nages afro-cubains qui sont main­tenant inclus dans le nar­ratif, sans doute grâce à Lin-Manuel Miran­da, et dont les inter­ven­tions musi­cales et autres font par­tie inté­grante de l’action. Pour ne pas être en reste, il est aus­si ques­tion d’un jeune Asi­a­tique, récem­ment arrivé dans la ville, qui essaie de s’initier au vio­lon sous la tutelle de Madame Vel­tri. Et il est remar­quable de not­er que tous ces acteurs sont (ou don­nent l’impression d’être) des musi­ciens accomplis.

Ajoutant encore des accents intéres­sants et fréquem­ment cap­ti­vants, la mise en scène – et surtout la lumineuse choré­gra­phie– de Susan Stro­man donne à un large con­tin­gent d’acteurs, de chanteurs et de danseurs l’oc­ca­sion de man­i­fester leurs tal­ents au cours de bal­lets fort bien conçus, qu’ils soient util­isés pour agré­menter cer­taines scènes ou plus sim­ple­ment pour servir de traits d’union entre elles. Par exem­ple un évo­ca­teur « New York in the Rain ». « Wine and Peach­es », un numéro de cla­que­ttes avec des ouvri­ers per­chés sur des tirants en aci­er util­isés pour la con­struc­tion d’un immeu­ble, est l’un des moments clés de ce spec­ta­cle. Égale­ment attrayant est « San Juan Sup­per Club », un bal­let conçu sur des rythmes cubains

La par­ti­tion vibrante de Kan­der et Ebb, agré­men­tée ici et là d’accents afro-cubains, s’ar­tic­ule en une série de chan­sons qui font mouche, et de moments instru­men­taux pour les bal­lets, qui reposent sur des accents roman­tiques quand l’occasion s’y prête, et d’accents de swing et de jazz exo­tique, lesquels reflè­tent bien la mul­ti­plic­ité des gen­res musi­caux qu’on peut enten­dre dans la ville.

Dans le rôle de Jim­my, Colton Ryan, un remar­quable mul­ti-instru­men­tiste, acteur, chanteur et danseur, campe un per­son­nage ambigu à la recherche de lui-même ; à ses côtés au cours de la représen­ta­tion, Vanes­sa Sears sous les traits de Francine Evans (en rem­place­ment de Anna Uzele, tit­u­laire du rôle) s’est révélée être une vocal­iste de pre­mier choix, et notam­ment dans ses solos dont, bien enten­du, « New York, New York ».

Par­mi les autres acteurs qui se dis­tinguent par­ti­c­ulière­ment dans ce large ensem­ble (plus de trente-sept exé­cu­tants), il con­vient égale­ment de not­er la présence de : Dar­ius Wright en rem­place­ment de John Clay III dans le rôle de Jesse Webb, joueur de trompette ; Angel Sigala (Mateo Diaz), un bat­teur expéri­men­té dans les rythmes afro-cubains ; Clyde Alves (Tom­my Caggiano, ami proche de Jim­my) ; Janet Dacal (Sofia Diaz) ; Ben Davis (Gor­don, le pro­duc­teur) ; et Emi­ly Skin­ner (Madame Veltri).

Sur le plan tech­nique, les décors réal­istes de Beowulf Boritt (égale­ment con­cep­teur des pro­jec­tions avec Christo­pher Ash) don­nent une vision réelle du New York de tous les jours aus­si bien à l’époque que main­tenant, et par­ti­c­ulière­ment des faubourgs éloignés du cen­tre de la ville. Cette vision, cri­ante de vérité, est ren­due encore plus réal­iste dans les éclairages réal­isés par Ken Billing­ton, et notam­ment un vibrant couch­er de soleil au tra­vers d’une rue allant d’ouest en est, tan­dis que les cos­tumes de Don­na Zakows­ka don­nent aux acteurs et surtout aux actri­ces des allures sou­vent chatoyantes.

Les créa­teurs de Broad­way, auteurs de livrets, com­pos­i­teurs et paroliers, ont fréquem­ment fait hon­neur à la ville de New York. On pense immé­di­ate­ment à : On the Town de Leonard Bern­stein, Bet­ty Com­den et Adolph Green, dont l’action se situe égale­ment à la même époque ; In the Heights de Miran­da ; See­saw de Cy Cole­man ; et bien sûr West Side Sto­ry. Mais New York, New York béné­fi­cie en plus d’un atout majeur : la chan­son titre, inter­prétée par Liza Min­nel­li dans le film, puis énorme suc­cès pour Frank Sina­tra, et reprise par nom­bres d’autres inter­prètes, est dev­enue un sym­bole de ce que la ville de New York représente aux yeux des citadins et des vis­i­teurs. C’est en défini­tive ce qui retient le plus l’attention de cette œuvre extra­or­di­naire pour laque­lle la chan­son sert de rideau final.

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