Starmania

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La Seine musicale – Île Seguin, 92100 Boulogne-Billancourt.
À partir du 4 novembre 2022.
Renseignements et réservations sur le site de la Seine Musicale.
Voir aussi la page Facebook du spectacle.

Star­ma­nia, le célèbre opéra rock créé par Michel Berg­er et Luc Pla­m­on­don il y a plus de quar­ante ans, revient à Paris à l’automne 2022.

En qua­tre décen­nies, cette œuvre futur­iste, prophé­tique et indé­mod­able a réu­ni plus de six mil­lions de spec­ta­teurs et fait chanter toutes les généra­tions avec ses chan­sons dev­enues des incon­tourn­ables de la chan­son française (« Les Uns con­tre les Autres », « SOS d’un ter­rien en détresse », « Quand on arrive en ville », « Le Blues du busi­ness­man », « Le monde est stone », « Besoin d’amour »…).

Thomas Jol­ly, prodi­ge de la scène con­tem­po­raine, signe la nou­velle mise en scène de ce spec­ta­cle phénomène. Il est rejoint dans cette aven­ture par le choré­graphe de renom­mée inter­na­tionale Sidi Lar­bi Cherkaoui.

Notre avis : Quelle mag­nifique idée de ressus­citer Star­ma­nia sur scène avec les moyens colos­saux mis à dis­po­si­tion par la Seine musi­cale et employés par un Thomas Jol­ly vis­i­ble­ment inspiré qui livre un hom­mage appuyé et sincère à une légende du pat­ri­moine musi­cal – les murs du théâtre sont d’ailleurs tapis­sés de pho­tos de l’époque de la création !

La dernière fois qu’on a vu l’œuvre sur une scène française, c’était dans la ver­sion qu’en pro­po­sait Lewis Furey dans les années 1990. Quar­ante-qua­tre ans après sa créa­tion, le mythique opéra rock n’a rien per­du de sa puis­sance musi­cale ni de son impact sur le pub­lic. Ce mythe, on le con­naît pour­tant en général seule­ment par­tielle­ment par les tubes qu’il con­tient, moins par sa glob­al­ité ou son livret. Il est vrai qu’on n’est pas dans une comédie musi­cale, mais dans un opéra rock : les pistes de l’album con­cept sor­ti en 1978 s’enchaînent certes pour tiss­er une his­toire, mais l’immédiateté de chaque numéro prime sur la nar­ra­tion. De fait, sur scène, les tableaux chan­tés se suc­cè­dent comme dans un concert.

©Antho­ny Dorfmann

Dans un décor styl­isé de grat­te-ciel tournoy­ants qui n’est pas sans rap­pel­er la Métrop­o­lis de Fritz Lang, d’impressionnants effets de lumières, tout en fais­ceaux, bal­ayages, géométrie et fumée, habil­lent et cisè­lent cha­cun des tableaux, tan­tôt d’un réal­isme glaçant, tan­tôt d’un pre­mier degré assumé, tan­tôt d’une poésie féerique, tan­tôt d’une noirceur démoral­isante : c’est par le jeu d’ombres menaçantes que sur­git la vio­lence des Étoiles noires, tan­dis qu’une faran­dole de pro­jecteurs fait vire­volter le refrain « J’aurais voulu être un artiste » et qu’une mul­ti­tude d’étoiles scin­til­lantes illus­trent « Le Rêve de Stel­la Spot­light »… La vidéo en direct, sou­vent fas­ti­dieuse dans d’autres spec­ta­cles, trou­ve ici un emploi admirable­ment réus­si dans le kid­nap­ping de Cristal. En sec­onde par­tie, l’élégance de la demeure de Stel­la Spot­light qui louche du côté de Boule­vard du cré­pus­cule et l’étincelante piste de danse du Nazi­land com­plè­tent une scéno­gra­phie extrême­ment aboutie. Avec leur touche rétro et mod­erne à la fois, les cos­tumes, dans l’ensemble splen­dides, ren­dent gra­cieuse­ment hom­mage à ceux de la créa­tion en 1979. Enfin, les choré­gra­phies de Sidi Lar­bi Cherkaoui et Kevin Vivès ajoutent leur énergie, leur bru­tal­ité, leur vérac­ité et leur sen­su­al­ité à une ambiance visuelle très vivante.

On en prend donc plein les yeux ! Peut-être par­fois un peu trop : nom­breux sont les flashs et les fais­ceaux presque aveuglants dirigés vers le pub­lic. De même les oreilles finis­sent par sat­ur­er en rai­son d’un vol­ume sonore élevé, d’arrangements par­fois pesants et aus­si d’un instru­men­tar­i­um au ren­du incisif, voire agres­sif – certes, la tonal­ité du livret est bouil­lon­nante voire vio­lente, mais pourquoi ne pas avoir intro­duit quelques bois ou quelques cuiv­res pour vari­er les ambiances et apporter un peu de douceur dans les moments plus posés ?

©Antho­ny Dorfmann

Par­mi les ques­tions que posent la résur­rec­tion d’une œuvre qui date de la fin des années 1970, se trou­ve celle de la mod­erni­sa­tion ou non des paroles et du livret. Si on se sat­is­fait plus ou moins de tour­nures un peu démod­ées et s’il est assez facile de rem­plac­er quelques références désuètes d’une époque passée par d’autres plus con­tem­po­raines – c’est ce choix qui a été fait pour lis­ter les noms des célébrités invitées de l’émission « Star­ma­nia » –, il s’avère plus périlleux de jouer avec les dates ! Certes, l’année 2000 citée dans la chan­son « Monop­o­lis » comme échéance de l’avène­ment d’une dystopie red­outée au moment de la créa­tion du spec­ta­cle, appar­tient déjà à un loin­tain passé pour les spec­ta­teurs de 2022, mais en choi­sis­sant de dire à l’imparfait « Dans les villes de l’an 2000, la vie était bien plus facile », on perd com­plète­ment la logique amenée par la phrase suiv­ante : « On aura tous un numéro dans le dos »… Curieux égale­ment, le choix de faire chanter les artistes micro à la main (sans fil, quand même !) : volon­té artis­tique de ren­voy­er le pub­lic au siè­cle passé ou con­trainte tech­nique ? Alors que juste­ment, comme le souligne le regret­té Jéléry dans Opéra rock : men­songes et vérités, le micro tenu en main main­tient l’artiste en sit­u­a­tion de con­cert et l’oriente face au pub­lic, et lim­ite ain­si le développe­ment d’un véri­ta­ble théâtre.

Prin­ci­pale­ment com­posée d’artistes repéré.es dans des télé-cro­chets à suc­cès – donc aucun « grand » nom, comme c’était la volon­té des créa­teurs ; là encore : hom­mage –, la dis­tri­b­u­tion affiche des tim­bres solides, qui ne cherchent pas à imiter ceux qui les ont précédés. Par­mi les voix prin­ci­pales, toutes en adéqua­tion avec leurs per­son­nages, se détachent celles de Stel­la Spot­light, puis­sante jusque dans ses fêlures, et de Zéro Jan­vi­er, charis­ma­tique en dia­ble. Peut-être sommes-nous trop habitués à des voix plus char­nues pour être totale­ment con­va­in­cus que l’on fasse de Marie-Jeanne un per­son­nage à la voix qua­si enfan­tine et au tem­péra­ment presque naïf à l’instar d’un Petit Prince extraterrestre…

©Regard en Coulisse

⭐Star­ma­nia⭐ reste une aven­ture tou­jours aus­si pop­u­laire, comme le prou­ve l’adhésion du pub­lic à des chan­sons qui n’ont pas pris une ride et qui sus­ci­tent tou­jours autant d’émotions. Servies par la vision de Thomas Jol­ly, à la fois mod­erne dans sa tech­nique et respectueuse dans l’esprit – aux saluts, des por­traits de Michel Berg­er et de Luc Pla­m­on­don sont déployés sous de reten­tis­sants bravos –, elles gag­nent même en inten­sité. Et il n’a peut-être pas dit son dernier mot : en ces pre­mières représen­ta­tions, il est assis dans la salle, aus­si atten­tif au moin­dre réglage qu’à vivre inten­sé­ment le spec­ta­cle, et il pour­suit sa réflex­ion. À l’entracte, il nous con­fie vouloir évoluer vers un dis­posi­tif qui per­me­tte au pub­lic d’être plus en inter­ac­tion avec la scène, de bouger, de vivre l’action au plus près. Peut-être que les prochains spec­ta­teurs auront la chance de se lever de leur chaise et de pleine­ment exprimer leur « Besoin d’amour »…

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1 COMMENTAIRE

  1. Bon­jour.
    Par­ler des artistes, c’est normal.…mais pourquoi ne jamais met­tre en lumière tous ceux qui se défon­cent en bak­stage pour faire briller les stars et le spec­ta­cle lui-mème???
    je suis par­fois invité en couliss­es de grands spec­ta­cles et je suis impres­sion­né par le tra­vail colos­sal de ces gens de l’om­bre tous habil­lés en noir afin qu’on ne les voit pas.
    une vraie four­mil­lière extrème­ment bien huilée appliquée,à l’e­coute atten­tive des besoins des artistes, des gens excep­topn­nels et extreme­ment motivés !!!
    des inter­mit­tents qui se defon­cent 14 à 15 heures par jour pour don­ner le max­i­mum de bon­heur au pub­lic !! J’en vois pleur­er d’é­mo­tion devant la joie du public !!
    Le mon­tage plateau, scène, por­tiques son et lumière, inge­nieurs son et lumière,
    maquilleuses, habilleuses tou­jours à fond pour les change­ments rapi­des de cos­tumes des artistes, repris­es de vete­ments endom­magés sur scène par danseuses et danseurs.… Bref, aucune recon­nais­sance publique pour de ver­i­ta­bles metiers de pas­sion, de générosité, de patience, d’e­coute, pra­tiqués par des pas­sion­nés ne comp­tant pas leurs heures et devant, après le spec­ta­cle; assur­er encore deux ou trois heures de démon­tage, range­ment, charge­ment en camions, nettoyage…
    RENDEZ HOMMAGE A TOUS CES INVISIBLES SANS LESQUELS LE SPECTACLE N’EXISTE PAS !!!…
    Ce ne serait que justice !!!

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