West Side Story

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Opéra national du Rhin (Strasbourg, Mulhouse).
Du 29 mai au 29 juin 2022.
Renseignements et réservations sur le site de l'Opéra national du Rhin.

Guerre des gangs dans les rues de New York. De fiers descen­dants d’immigrés européens, les Jets menés par Riff, con­trô­lent le quarti­er de l’Upper West Side à Man­hat­tan. Mais leur règne est men­acé par Bernar­do et ses Sharks, jeunes Por­tor­i­cains récem­ment débar­qués dans une ville où le rêve améri­cain se con­fronte à la réal­ité du racisme et de la pré­car­ité. Lassé de ces rix­es, Tony, le meilleur ami de Riff, aspire à une vie meilleure. Il ren­con­tre lors d’un bal Maria, la sœur de Bernar­do. Oubliant la vio­lence du monde qui les entoure, les deux jeunes gens s’avouent leur amour nais­sant. Mais comme Roméo et Juli­ette avant eux, ils ne peu­vent se sous­traire à la haine qui con­sume leurs com­mu­nautés respectives.

Notre avis : Cette pro­duc­tion de West Side Sto­ry à l’Opéra nation­al du Rhin (OnR) dans une ver­sion mise en scène par Bar­rie Kosky et choré­graphiée par Otto Pich­ler est sans aucun doute un événe­ment. Notre échange avec Alain Per­roux, directeur général de l’OnR, sur cette nou­velle pro­duc­tion mais aus­si sur sa pas­sion pour la comédie musi­cale et Stephen Sond­heim nous avait mis l’eau à la bouche. Et c’est avec beau­coup d’excitation que nous avons assisté à la pre­mière représen­ta­tion du musi­cal le plus célèbre du siè­cle dernier, et nous n’avons pas été déçu du voyage !

D’emblée, la mise en scène épous­tou­fle par sa sim­plic­ité. Oubliez les décors imposants : le plateau est exposé dans son plus sim­ple appareil, éclairé par des jeux de lumières sub­tils et élé­gants. Seuls quelques acces­soires agré­mentent cer­taines scènes pour iden­ti­fi­er des loca­tions emblé­ma­tiques, comme par exem­ple un panier de présen­ta­tion pour la bou­tique de Doc ou encore le lit de Maria. Et c’est juste­ment parce que ces inter­ven­tions matérielles sont déli­cate­ment mesurées qu’elles sont sub­limées. On est notam­ment émer­veil­lé par la beauté, pour­tant sim­pliste, des boules à facettes qui recou­vrent le toit du gym­nase à l’occasion de la fameuse scène du « Mam­bo », un grand moment du show plein de grâce cor­porelle et visuelle.

@Klara Beck

Ain­si qu’indiqué lors de notre entre­tien avec Alain Per­roux, les choré­gra­phies ont été totale­ment ré-imag­inées par Otto Pich­ler. Plus mod­ernes, plus bru­taux, les mou­ve­ments inscrivent les per­son­nages dans un espace-temps indéfi­ni et ser­vent habile­ment l’objectif du met­teur en scène : pein­dre la vio­lence, l’urgence de vivre, l’urgence de mourir d’une jeunesse tan­tôt imma­ture tan­tôt dés­abusée. Cette fureur mod­erne et juvénile nous amuse sur « Gee, Offi­cer Krup­ke ». Elle nous glace le sang lors de la vis­ite d’Anita à la bou­tique de Doc ; très « graphique », cette scène remue et finit de graver cette his­toire dans un réal­isme sai­sis­sant de malheur.

Le rythme est effréné à un point tel que les quelques ralen­tis parsemés au fil du spec­ta­cle sont bien­venus et sus­pendent dans le temps des instants boulever­sants : impos­si­ble de demeur­er stoïque lorsque Maria demande à Tony quel est son vrai nom et qu’elle lui ren­voie le mythique « Te adoro, Antón ». Le temps pris par les comé­di­ens pour délivr­er cet échange nous soulève avec volup­té. De même, la scène finale, dont la tragédie est pleine­ment assumée, prête à Maria une par­ti­tion dra­ma­tique qui ren­verse le cœur. On verse égale­ment une larme devant « Some­where », séquence déchi­rante d’op­ti­misme illusoire.

Nous sommes peut-être trop gour­mands, mais nous auri­ons aimé jouir d’autres moments comme ceux-là. Notam­ment lorsque Tony est mis face à la mort : ses réac­tions sont sys­té­ma­tique­ment très brusques. On com­prend aisé­ment que la mise en scène a req­uis cette incon­science pressée face à la fatal­ité mais cela prive, à notre avis, le per­son­nage d’une pro­fondeur dra­ma­tique plus poussée. Tony est en effet ici ramené au jeune pre­mier amoureux et impulsif.

La par­ti­tion exigeante de Leonard Bern­stein est jouée avec majes­tu­osité. Les musi­ciens, dirigés par David Charles Abell, ont su s’adapter aux tem­pi par­fois imposés par les interprètes.

@Klara Beck

S’agissant des comé­di­ens, on est touché par la somptueuse inter­pré­ta­tion de Maria, seule voix lyrique de cette pro­duc­tion (la jeune Madi­son Nonoa), mais aus­si par l’implacable féroc­ité d’Anita (Amber Kennedy). Ce rôle en or mas­sif est un véri­ta­ble numéro d’équilibriste maitrisé ici par son inter­prète : Ani­ta est à la fois sen­suelle et frag­ile, autori­taire et aimante. Mike Schwit­ter (Tony) n’est pas en reste puisqu’il dis­pose d’une tech­nique vocale impec­ca­ble à la hau­teur d’un rôle très compliqué.

Les danseurs du Bal­let de l’Opéra sont d’une pré­ci­sion hal­lu­ci­nante et soutenus par un chœur de comé­di­ens-chanteurs solides. Ensem­ble, ils col­orent des tableaux mémorables.

Pour finir, la troupe a eu le droit à dix min­utes de stand­ing ova­tion tout à fait méritées. Alain Per­roux offre à l’Opéra nation­al du Rhin une pro­duc­tion sen­sa­tion­nelle, et nous avons déjà hâte de décou­vrir la suite !

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