Cabaret

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Lido2Paris – 116 bis, avenue des Champs-Elysées, 75008 Paris.
60 représentations exceptionnelles à partir du 1er décembre 2022.
À partir de 29 euros. Réservations en cliquant ici.

Pour sa réou­ver­ture, la célèbre salle des Champs-Élysées pro­pose, sous la direc­tion artis­tique de Jean-Luc Choplin, une nou­velle pro­duc­tion de Cabaret, mise en scène et scéno­graphiée par Robert Carsen (Sin­gin’ in the Rain, My Fair Lady au Théâtre du Châtelet mais aus­si d’innombrables mis­es en scènes d’opéras et de pièces de théâtre à l’Opéra Bastille, au Palais Gar­nier, à la Comédie-Française et dans les plus grandes salles du monde entier). Ce sera la pre­mière fois que ce musi­cal culte est don­né à Paris dans sa ver­sion orig­i­nale en anglais surtitré.

« Le cabaret est la seule forme de théâtre qui, par déf­i­ni­tion, s’adresse directe­ment à son pub­lic, brisant le qua­trième mur. Cabaret est l’une des comédies musi­cales les plus avant-gardistes et les plus sexy jamais écrites. Cabaret exam­ine avec acuité la mon­tée du fas­cisme dans le Berlin du début des années 1930. Cabaret est aus­si un aver­tisse­ment pour nous aujour­d’hui sur les dan­gers per­sis­tants du fas­cisme et de l’in­tolérance. Cabaret, avec sa musique, sa danse et son théâtre bril­lants, est le spec­ta­cle par­fait pour lancer le Lido2Paris qui est peut-être le lieu de spec­ta­cle le plus exci­tant et le plus inhab­ituel à rou­vrir à Paris depuis des années. Mon équipe et moi-même sommes excités, ravis et hon­orés de pou­voir vous dire « Wilkom­men, Bien­v­enue, Wel­come » au Cabaret au Lido2Paris ! » Robert Carsen, sep­tem­bre 2022.

Notre avis : Si vous tenez à rester aus­si vierge que les danseuses du Kit Kat Klub, ne lisez éventuelle­ment cet arti­cle qu’après avoir vu le show, car il com­porte des spoil­ers

Dans les vit­rines du long couloir qui mène à la salle se côtoient des reliques du feu Lido : des tiares emplumées, ain­si que des instal­la­tions drôla­tiques de Pier­rick Sorin, com­plice de Jean-Luc Choplin (qui appa­rait mali­cieuse­ment dans l’une d’entre elle). La salle accueille le spec­ta­teur comme au temps du Lido « 1 », si ce n’est que des guéri­dons ont rem­placé les tables. Sur la scène, scindée en trois, on peut lire « Kit », « Klub », « Kat ». La pre­mière et la dernière sec­tion s’ouvriront dès le début du spec­ta­cle sur un orchestre qui va donc encadr­er l’action, dans tous les sens du terme. Le rideau n’est point de tis­su mais de lanières métalliques, et s’ouvrira par­fois pour décou­vrir des loges, ou un décor doré, escalier de lin­gots sur­mon­té de toi­lettes en or pour le numéro autour de l’argent (qui mêle la ver­sion orig­i­nale de 1966 et la chan­son écrite pour le film) – par­ti­c­ulière­ment réussi.

Il s’agit donc d’une ver­sion inté­grale­ment anglaise, inter­prétée par une troupe anglo-sax­onne. Elle est ici davan­tage basée sur la reprise de 1987 que sur la ver­sion orig­i­nale de 1966 puisque, en dehors du titre « Mon­ey, Mon­ey » qui provient, lui, de la ver­sion filmée mag­nifique­ment par Bob Fos­se, la chan­son « I Don’t Care Much » fig­ure bien par­mi les numéros. La bisex­u­al­ité de Clif­ford, absente égale­ment de la ver­sion orig­inelle, est ici bien présente. La mise en scène est d’ailleurs très sex­u­al­isée – à tel point que le spec­ta­cle est décon­seil­lé aux moins de 14 ans – notam­ment lors des choré­gra­phies où le cap de la sug­ges­tion est par­fois large­ment franchi ! Sam But­tery, avec son imposante stature, campe un maître de céré­monie pour le moins orig­i­nal, vêtu d’un bout à l’autre du spec­ta­cle d’une robe longue pail­letée. Lizzy Con­nol­ly est une Sal­ly Bowles toute en blondeur et ne ménage pas ses efforts pour ce rôle exigeant. Son parte­naire, Oliv­er Dench, dont on a coupé une chan­son (« Why Should I Wake Up »), se défend dans ce qui est son pre­mier rôle chan­té. Les sec­onds rôles se tail­lent la part du lion : Sal­ly Ann Triplet en Fräulein Schnei­der et Gary Mil­ner en Herr Schultz (même s’il sem­ble un peu jeune pour le rôle) con­va­in­quent facile­ment. Cia­ran Owens campe un Ernst Lud­wig inquié­tant à souhait et Char­lie Mar­tin est une Fräulein Kost tout à fait vénéneuse. N’oublions pas toute la troupe du cho­rus : cha­cun donne de sa per­son­ne, notam­ment lors des choré­gra­phies signées Fabi­an Aloise.

©Julien Ben­hamou

Cet ancien cabaret sert donc d’écrin à ce musi­cal homonyme. L’idée est judi­cieuse, même si les infra­struc­tures, tels les décors qui mon­tent et descen­dent en avant-scène peu­vent con­stituer un frein à la flu­id­ité du spec­ta­cle, en rai­son de la lenteur d’exé­cu­tion et du bruit du moteur. Robert Carsen opte pour une mise en scène très poli­tisée. L’un des moments les plus glaçants pour le pub­lic, qui n’applaudira pas ou peu, survient lors de l’hymne nazi com­posé par Kan­der & Ebb « Tomor­row Belongs to Me » inter­prété tout d’abord dans la coulisse par un chœur féminin tan­dis que le rideau sert d’écran de pro­jec­tion d’images d’archives qui illus­trent l’inexorable mon­tée du nazisme. Cette idée sera reprise, de manière moins con­va­in­cante, à la fin du spec­ta­cle quand des images fer­ont défil­er des dic­ta­teurs du monde entier, ouvrant davan­tage la portée de ce musi­cal très som­bre. Lors de la chan­son phare « Cabaret », que Sal­ly inter­prète devant un micro à pied, elle le jette au sol non pas en fin de numéro, comme ce fut le cas dans la ver­sion française mise en scène par Sam Mendès en 2006, mais durant la chan­son, le micro per­son­nifi­ant Elsie, sa mal­heureuse amie. Une belle idée. Retrou­ver Cabaret à Paris, seize ans après la pro­duc­tion des Folies Bergère, dans cette nou­velle ver­sion est, de par la portée poli­tique et engagée de ce musi­cal, un plaisir qua­si nécessaire.

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