Exclusif : Laurent Bentata, Le Roi lion, Les Producteurs, la France et un jour… Mary Poppins

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Le directeur général de Stage Entertainment a reçu Regard en Coulisse. Le retour du Roi lion, l’arrivée des Producteurs, l’ombre de Mary Poppins et l’avenir de la comédie musicale en France, il a répondu à nos questions sans rien éluder. Entretien sans langue de bois.

Com­ment avez-vous vécu ces dix-huit derniers mois ?
La péri­ode a été très com­pliquée humaine­ment et per­son­nelle­ment pour cha­cun. Per­son­ne n’était prêt à cela. J’en retiens une leçon : la résilience de l’être humain. Nous avons tous résisté. Sans savoir. Ici, nous avons réus­si à tenir grâce au fait que l’on appar­tient à un groupe, recon­nais­sons-le, et grâce aus­si au sou­tien fort du gou­verne­ment, qui a vrai­ment aidé les insti­tu­tions culturelles.
Pour nous, la plus grande dif­fi­culté a été l’incertitude, le flou total. Le spec­ta­cle a été décalé deux fois. Il a fal­lu main­tenir le lien avec nos spec­ta­teurs, qui étaient nom­breux à avoir acheté des bil­lets, les ras­sur­er… Même si tout le monde a com­pris, il y avait de la décep­tion. Leur impa­tience est d’autant plus grande.
Aujourd’hui, remet­tre tout le monde au tra­vail dans notre lourde machine est com­pliqué…  C’est dif­fi­cile de repren­dre le rythme. Il y a donc beau­coup de social, de présence, pour accom­pa­g­n­er les équipes. Avec les pre­miers applaud­isse­ments, tout cela sera der­rière nous.

Juste­ment, pourquoi le retour du Roi lion ?
Cela fait quinze ans que nous l’avons lancé. Nous avons eu, depuis, de nom­breux retours ; Beau­coup qui ne l’ont pas vu, le récla­maient. Et puis, ce spec­ta­cle a lais­sé une empreinte très forte, car c’est celui qui a fait l’ouverture de Mogador. On voit aus­si le suc­cès ren­con­tré chez nos voisins, en Espagne, en Alle­magne, où il est à l’affiche depuis dix ou vingt ans. Il n’y a pas de rai­son que la France ne puisse pas pren­dre ce chemin-là, même si ce n’est pas l’objectif pre­mier. Il s’agit déjà de relancer ce spec­ta­cle qui réu­nit cer­taine­ment les plus grandes qual­ités d’une comédie musi­cale et qui s’adresse à un pub­lic très large, de tout âge, de tout milieu. C’est cela qui doit per­me­t­tre aus­si d’asseoir la comédie musi­cale à Paris.

C’est vous qui avez pris la décision ?
Il y a trop d’enjeux der­rière le lance­ment d’un spec­ta­cle. L’envie vient d’ici, en effet. Mais ensuite, il y a eu des dis­cus­sions avec Stage, avec Dis­ney… Sans oubli­er les innom­brables paramètres pra­tiques et opéra­tionnels : la disponi­bil­ité des équipes créa­tives, des décors, des cos­tumes… Une pro­gram­ma­tion se fait deux ou trois ans à l’avance. En comp­tant les dix-huit mois d’arrêt, Le Roi lion est donc prévu depuis plus de qua­tre ans.

Après l’épisode du Fan­tôme et l’accueil mit­igé de Ghost, y a‑t-il une rai­son économique à ce retour ?
L’économie, le financier, font tou­jours par­tie de la réflex­ion lorsque l’on décide de faire un spec­ta­cle. Mais ce n’est évidem­ment pas la rai­son pre­mière. Nous n’avons qu’un seul spec­ta­cle sur la sai­son entière. Nous jouons tout sur un seul titre et n’avons pas droit à l’erreur. Le Roi lion est un titre fort. Nous le voyons avec les préventes et les 80 000 bil­lets déjà ven­dus. Mais c’est un très gros investisse­ment, le plus gros cer­taine­ment. Ce sont des mil­lions d’euros et des dizaines de per­son­nes mobil­isées. Chaque pro­duc­tion est tou­jours un pari. Celle-ci est ambitieuse.

Par­lons du spec­ta­cle. Y aura-t-il des change­ments par rap­port à la ver­sion de 2007 ?
Le pub­lic retrou­vera exacte­ment ce qui en fait la féerie et la magie. La mise en scène sera qua­si­ment iden­tique, le décor aus­si. Seule l’adaptation – tou­jours signée Stéphane Laporte – a évolué. Elle sera beau­coup plus proche du dessin ani­mé. Notam­ment dans les chan­sons. Nous avons enten­du les remar­ques à l’époque, de tous ceux attachés au dessin ani­mé. Nous avons réajusté.
Le grand change­ment, c’est évidem­ment la troupe. Elle sera entière­ment nou­velle, sauf Scar, tou­jours inter­prété d’une manière excep­tion­nelle par Olivi­er Breitman.
C’est intéres­sant de not­er comme le cœur des artistes de comédie musi­cale a d’ailleurs évolué depuis quinze ans. Ils se sont pro­fes­sion­nal­isés. On le voit dans les cast­ings, avec des artistes beau­coup plus forts, plus matures, plus con­fi­ants. Regardez tous ceux qui sont allés jouer à Lon­dres, à Broad­way : Jean-Luc Guizonne, Sarah Manesse, Emmanuelle N’Zuzi…
La troupe de cette sai­son (Gwen­dal Mari­moutou, Alexan­dre Faitrouni, Cylia, Sébastien Perez, Rodrigue Galio…) est à la hau­teur des pio­nniers de 2007. J’y ajoute les huit Sud-Africains qui appor­tent énor­mé­ment. Leur présence est définie dans le cahi­er des charges en rai­son de leur spé­ci­ficité vocale, par­ti­c­ulière­ment pour le rôle de Rafi­ki, ou pour l’ensemble que l’on voit notam­ment dans « One by One ». Par leur orig­ine, ils appor­tent et por­tent l’ADN du show. C’est très fort humaine­ment. Cette diver­sité est une richesse.  N’oublions pas enfin notre fidèle orchestre, les quinze musi­ciens, dirigés par Dominique Trot­tein. Une par­tic­u­lar­ité Mogador.

Pour com­bi­en de temps est-il prévu ?
Nous espérons hon­nête­ment deux saisons. Mais occupons-nous déjà de la première !

Pourquoi le pub­lic français a‑t-il encore du mal avec la comédie musicale ?
Il y a divers d’éléments. Je pense que cela dépend des cibles. D’une part, nous avons eu ces dernières années un mod­èle de comédie musi­cale à la française, qui a habitué le pub­lic à un genre dif­férent que celui que l’on défend ici – le musi­cal de Broad­way. Dans le même temps, on a une résis­tance d’une cer­taine élite, sur le principe de l’adaptation, de la tra­duc­tion en français… Une posi­tion injustifiée.
Par ailleurs, nous sommes un pays de théâtre. La comédie musi­cale est certes du théâtre, mais l’intégration de la musique peut per­turber. Il faut donc attir­er les spec­ta­teurs avec un spec­ta­cle fort. Pour leur faire com­pren­dre la richesse de ce genre, qui, pour moi, est le genre le plus exigeant, avec tous les arts de la scène. C’est pré­cisé­ment avec des spec­ta­cles comme le Roi lion qu’on peut aller chercher de nou­veaux publics et faire décou­vrir à la fois le théâtre – un théâtre – et le musi­cal. C’est notre objec­tif de démoc­ra­tis­er ce genre, un tra­vail de longue haleine. Le pub­lic français la décou­vre à pas feu­trés. Cela fini­ra par pay­er. Quand on pense que l’opérette, l’ancêtre de la comédie musi­cale, est née ici…

Cer­tains font le reproche à Stage d’écraser la con­cur­rence, que leur répondez-vous ?
On a tou­jours agi avec humil­ité. C’est une valeur à laque­lle je tiens énor­mé­ment. Je ne rêve que de con­cur­rence ; elle est vertueuse quand elle est de qual­ité. Ce genre de la comédie musi­cale ne pour­ra se dévelop­per que si le marché français peut pro­pos­er de mul­ti­ples shows. J’aimerais bien que sur une sai­son, on retrou­ve à Paris, Le Fan­tôme de l’Opéra, Le Roi lion, ou des nou­veautés, Come From Away, Dear Even Hansen, Hamil­ton… Le bassin des spec­ta­teurs pour­rait être dou­blé. Notre volon­té n’est absol­u­ment pas d’écraser qui que ce soit, mais de pro­mou­voir et pro­pos­er des spec­ta­cles de qual­ité. N’oublions pas cepen­dant que ce sont aus­si des moyens. On ne peut s’improviser pro­duc­teur du jour au lendemain.

Vous pro­duisez cette année un deux­ième spec­ta­cle : Les Pro­duc­teurs au Théâtre de Paris…
C’est un rêve ! Cela fait dix ans que j’ai envie de le mon­ter. Depuis que je l’ai vu en Espagne – Stage avait les droits –, j’avais adoré. Je me suis dit ce spec­ta­cle est fait pour Paris.

Pour quelles raisons ?
Il a toutes les qual­ités, toutes les car­ac­téris­tiques pour plaire au pub­lic parisien. C’est du vrai théâtre de boule­vard, tout sim­ple­ment. Pour moi, c’est l’esprit Cage aux folles, un humour très appré­cié par les Français. Quand je me suis ren­seigné pour les droits, j’ai appris qu’Alexis Micha­lik était en train de dis­cuter aus­si de son côté. Par l’intermédiaire de Sébastien Azzopar­di, nous nous sommes ren­con­trés et nous sommes con­venu de tra­vailler ensem­ble. Stage pro­duit, lui met en scène, il est même copro­duc­teur avec sa société ACME. A nos côtés, le Théâtre de Paris, Art­sLive copro­duisent également.

Ce show a pour­tant moyen­nement marché en Espagne et aux Pays-Bas…
Tous les pays sont dif­férents. Mel Brooks et son univers ont tou­jours plu ici. Les Pro­duc­teurs est son chef‑d’œuvre. C’est le spec­ta­cle le plus primé à Broad­way. Pour moi, c’est une vraie anom­alie qu’il n’ait pas encore été joué à Paris ! Bien sûr, dans la société dans laque­lle on est aujourd’hui, avec son coté très woke (pro­tec­tion des minorités, N.D.L.R.), le spec­ta­cle inter­pelle aus­si, mais tout le monde en prend pour son compte, les Juifs, la com­mu­nauté gay, les femmes… Mel Brooks avait peut-être sen­ti cette évo­lu­tion de notre société… Il y répond de la meilleure manière, avec l’humour. C’est ce dont les gens ont envie : rire de tout, dans le respect évidemment.
L’œuvre sera servie par un met­teur en scène qui va retouch­er, don­ner une dynamique encore plus forte et plus adap­tée à la France. Sans compter une incroy­able dis­tri­b­u­tion : Benoit Cau­den, David Eguren, Andy Cocq, Rox­ane Le Tex­i­er, Véronique Hatat…

Le Roi lion est une mar­que, mais Les Pro­duc­teurs…
N’en est pas une, c’est cer­tain! Cela le devien­dra. Les gens vont le décou­vrir et nous en sommes sûrs, l’apprécier. Le fait qu’Alexis accepte d’apporter son savoir-faire et son tal­ent, offre tout de suite une autre dimen­sion et une cau­tion. C’est un pro­jet très exci­tant. C’est comme mon petit dernier ! Que per­son­ne n’attend et qui sus­cite énor­mé­ment de curiosité.

Fer­mons les yeux un instant, quel est LE spec­ta­cle que vous rêver­iez d’accueillir ?
Il y en a plusieurs… Hamil­ton est une pépite. Je pense aux Mis­érables aus­si, qui mérite enfin de trou­ver la voie du suc­cès ici. Mais par-dessus-tout, Mary Pop­pins reste un rêve.

Mary Pop­pins est tou­jours d’actualité ?
Oui bien sûr. Je n’abandonne jamais. On est tou­jours mobil­isé autour de ce spec­ta­cle. Il vien­dra un jour. Nous avons des dis­cus­sions intens­es avec Cameron Mac­in­tosh (le pro­duc­teur, N.D.L.R.). On a affaire à un parte­naire qui est très, très exigeant ; le suc­cès de sa car­rière prou­ve qu’il a rai­son. Il y a une volon­té claire de sa part, avant de valid­er tout pro­jet, d’avoir des garanties que le cast­ing sera là. C’est une con­di­tion pri­or­i­taire dont nous par­lons régulière­ment avec ses équipes. Mais encore une fois, avec cette matu­rité et cette évo­lu­tion pos­i­tive du cast français, je suis con­fi­ant, on a les tal­ents en France. Main­tenant, reste à trou­ver le bon moment, la disponi­bil­ité des uns et des autres. La péri­ode se prête aux échanges. Oui, ce pro­jet est tou­jours une réalité !

Le Roi lion
À par­tir du 6 novem­bre 2021 au Théâtre Mogador.
https://www.theatremogador.com/musicals-shows/le-roi-lion

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