Funny Girl

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August Wilson Theatre - 245 West 52nd Street, New York.
Depuis le 24 avril 2022 (avant-première depuis le 26 mars).
Renseignements sur le site du spectacle.

Notre avis : Comédie musi­cale mythique, Fun­ny Girl doit son renom au fait que l’actrice qui en était la vedette n’était autre que Bar­bra Streisand qui, dans le cours, de l’action allait créer quelques chan­sons dev­enues légendaires telles que « Peo­ple », « Who Are You Now ? » et « Don’t Rain on My Parade ».

La « fun­ny girl » du titre, styl­isée pour lui don­ner une présence théâ­trale, était Fan­ny Brice, comé­di­enne dans les années 30, toute aus­si con­nue pour ses presta­tions comiques dans les revues à grand spec­ta­cle mon­tées par l’impresario Flo Ziegfeld que pour ses démêlés roman­tiques avec Nick Arn­stein, joueur invétéré dont elle serait l’épouse pour une courte période.

La comédie musi­cale de 1964 avait été conçue à l’origine par le pro­duc­teur Ray Stark, mar­ié à la fille de Fan­ny Brice et Nick Arn­stein, qui voulait ain­si célébr­er sa belle-mère, une icône du spec­ta­cle. Avec l’apport d’Isobel Lennart, auteur du livret, Jule Styne, com­pos­i­teur de la musique et Bob Mer­rill, qui avait écrit les paroles des chan­sons, la créa­tion elle-même ne se fit pas sans mal et ren­con­tra de nom­breuses dif­fi­cultés avant la pre­mière au Win­ter Gar­den The­ater, le 26 mars 1964.

Plus que le sujet lui-même, ce qui allait cap­tiv­er les cri­tiques aus­si bien que les ama­teurs de théâtre était la présence de Streisand, alors une jeune actrice qui avait déjà fait forte impres­sion deux ans plus tôt en inter­pré­tant « Miss Marmel­stein », chan­son comique écrite par Harold Rome pour sa pièce I Can Get It for Your Whole­sale, dans laque­lle elle tenait un rôle de sec­ond plan. Avec son pro­pre sens de l’humour et ses effets comiques, elle sem­blait être l’actrice idéale pour incar­n­er Fan­ny Brice sur scène. Non seule­ment elle allait le démon­tr­er avec beau­coup d’allant et de présence scénique, mais les chan­sons qu’elle allait inter­préter furent vite de très gros suc­cès et con­solidèrent sa car­rière de débu­tante dans la chan­son pop­u­laire. « Peo­ple », sa sig­na­ture, res­ta dix-neuf semaines au hit-parade et cul­mi­na en cinquième posi­tion dans le classe­ment des ventes. Quand elle quit­ta la pièce deux ans plus tard, son con­trat ter­miné, une autre actrice, Mimi Hines, bien con­nue dans les milieux théâ­traux de Broad­way, prit la relève dans le rôle de Fan­ny Brice, ce qui n’empêcha pas la pièce de baiss­er le rideau quelques mois plus tard après 1 348 représentations.

Depuis, nul ne sem­blait vouloir mon­ter à nou­veau la pièceà Paris, elle reçut un tri­om­phe en décem­bre 2019 par le tal­ent de Christi­na Bian­co. Il est exact que cer­tains acteurs ou actri­ces ont telle­ment mar­qué les per­son­nages qu’ils.elles ont inter­prétés sur scène que peu de comé­di­ens, même chevron­nés, ne se risquent à repren­dre les rôles en ques­tion. En créant celui de Fan­ny Brice (qu’elle allait d’ailleurs inter­préter encore dans l’adap­ta­tion filmée de la pièce puis dans Fun­ny Lady qui lui don­nait suite), Streisand se plaçait au même niveau que Yul Bryn­ner (le Roi dans Le Roi et moi), Robert Pre­ston (le charlatan/vendeur d’instruments de musique dans The Music Man) ou Rex Har­ri­son (le docte lin­guiste dans My Fair Lady). Irrem­plaçable !

Cette pre­mière reprise, remise au goût du jour par Har­vey Fier­stein, acteur et auteur bien con­nu (Torch Song Tril­o­gy, Hair­spray, La Cage aux Folles), reste rel­a­tive­ment fidèle à l’original, avec seule­ment quelques trans­for­ma­tions et mod­i­fi­ca­tions qui ren­dent la nar­ra­tion plus cohérente, affir­mant par la même un déroule­ment dra­ma­tique plus effi­cace. Dans le même ton, quelques chan­sons ont été élim­inées tan­dis que d’autres ont été rajoutées pour don­ner plus de sens à l’action.

Pour incar­n­er Fan­ny Brice, les pro­duc­teurs ont fait appel à Beanie Feld­stein, que l’on avait beau­coup remar­quée sous les traits de Min­nie Fay dans la reprise de Hel­lo, Dol­ly! avec Bette Midler, il y a qua­tre ans. Petite, boulotte, elle ne ressem­ble en rien à Streisand ou même à Fan­ny Brice, qui était du genre plutôt élancée, mais elle apporte au per­son­nage un sens de l’humour qui pour­rait être con­va­in­cant. Quand elle chante les grands airs pop­u­lar­isés par Bar­bra Streisand, là encore elle pié­tine der­rière, mais son tim­bre vocal clair, dis­tinct et rafraîchissant, a de quoi plaire au public.

Dans le rôle de Nick Arn­stein, Ramin Karim­loo, dont la car­rière théâ­trale tant à New York qu’à Lon­dres lui a valu d’être en vedette dans Les Mis­érables, Miss Saigon, Anas­ta­sia, lui donne la réplique avec beau­coup de justesse dans le ton et une présence en scène con­va­in­cante. Mais la vedette incon­testée de cette nou­velle pro­duc­tion, c’est Jared Grimes, un as des cla­que­ttes dont l’intervention à plusieurs repris­es sous la direc­tion experte de la choré­graphe Ellenore Scott, provoque des applaud­isse­ments nour­ris et bien mérités. Dans l’ensemble le reste de la dis­tri­b­u­tion fait son tra­vail avec beau­coup de tal­ent, et notam­ment les danseuses, por­tant des cos­tumes extrav­a­gants dus à Susan Hil­fer­ty et bien représen­tat­ifs des revues pro­duites par Flo Ziegfeld, ce dernier étant joué par Peter Fran­cis James.

Mal­gré tout, il faut quand même bien admet­tre que, presque soix­ante ans, Fun­ny Girl appa­raît comme un peu vieil­lot, les goûts et les couleurs ayant changé entre-temps. Mais si cette pro­duc­tion ne nous raje­u­nit guère, elle évoque une époque con­nue dans les milieux de Broad­way comme étant l’âge d’or de la comédie musi­cale. Même avec ses quelques défauts, la pro­duc­tion retient l’attention et, comme en témoignait l’assistance grison­nante le soir où nous l’avons décou­verte, devrait beau­coup attir­er tous ceux qui ont vu l’original, ne serait-ce que pour se sou­venir de cette époque, ou tous ceux, plus jeunes, désireux de décou­vrir cette œuvre dont on a tant par­lé depuis sa création.

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1 COMMENTAIRE

  1. La pièce a aus­si remon­tée à Lon­dres en 2015, avec Sheri­dan Smith dans le rôle prin­ci­pal. Et j’ai par­ti­c­ulière­ment aimé la ver­sion de Christi­na Bian­co au Théâtre Marigny. Un sacré tour de force !

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