« Pour cette Expérience #4, nous avons décidé de faire un pas de côté et de nous confronter à un genre particulier qui rassemble le théâtre, le chant et la danse : la comédie musicale. Depuis mes premières mises en scène, la musique et la chorégraphie ont été des éléments nécessaires et constitutifs de mes créations. Elles m’ont offert de nouveaux récits, d’autres imaginaires que les textes seuls ne pouvaient révéler. Cette nouvelle expérience théâtrale est un nouveau pas vers l’idée d’un spectacle total. En nous inspirant librement du Cabaret de Bob Fosse, nous vous raconterons l’histoire dystopique d’un lieu de spectacle, de stand-up et de musique, plongé dans le désordre européen et la montée de l’extrême droite. C’est une fantaisie à la fois drôle et tragique, où les difficultés du quotidien se confrontent aux lumières de la scène, et où nous interrogerons nos destinées particulières face au chaos du monde. » Paul Desveaux
Notre avis (représentation du 5 mars 2026) : En 2006, le Studio d’Asnières crée un CFA (centre de formation d'apprentis) des comédien·nes – unique en France – qui devient une école supérieure en 2014 à la suite de son habilitation par le ministère de la Culture. C’est ainsi qu’est née l’ESCA (École supérieure des comédien·ne·s par l'alternance). En complément à la formation en alternance, les élèves proposent des cartes blanches ou participent à des spectacles dans le cadre de la programmation du Studio d’Asnières.
Kabarett – Expérience #4 est une création de Paul Desveaux (co-directeur de l’ESCA) qui permet à onze apprenti·e·s comédien·ne·s de se frotter à une production professionnelle. Et quoi de mieux qu’une comédie musicale pour que les élèves montrent leur savoir-faire à la fois en jeu, en danse et en chant…
L'idée de monter Cabaret s'est imposée par une actualité géopolitique et un contexte où la montée du populisme est inquiétante. Joris Mugica a été chargé de faire une nouvelle version, plus politique et plus actuelle, de cette comédie musicale légendaire (on peut d'ailleurs s’interroger sur le fait que Fred Ebb et John Kander ne soient pas crédités sur l’affiche). Il a souhaité écrire un nouveau récit – qui reste très proche de l’intrigue originale – avec un langage plus contemporain, parfois cru, voire un peu vulgaire. Il en est de même pour les chansons, qui ont été réorchestrées par Marc Chalosse, Maria Laura Baccarini et Emiliano Begni, mais avec des nouvelles paroles… pas toujours très heureuses.

Mais ce Kabarett est avant tout l’occasion de découvrir les jeunes de l’ESCA. Les onze apprenti·e·s comédien·ne·s issu·e·s des trois années du cycle de formation ne sont pas tou·te·s au même niveau, mais il faut absolument saluer leur engagement. Leur joie d’être sur scène est palpable. L’énergie sur le plateau est formidable et des personnalités émergent indéniablement. On se doit de citer : Nicolas Dépée-Martin, épatant dans le rôle de Louvin, le plombier ; Ambre Brisset (déjà remarquée dans Les Misérables au Châtelet) qui prend à bras le corps le rôle d’une Emcee à la fougue formidable ; Jade Désirée qui brosse une Zélie Rosange dont la fragilité émeut. Avec également Charlotte Bombana, Suzanne Dauthieux, Titouan Garbay, Abigaëlle Janssens-Rivallain, Blaise Jouhannaud, Ayşe Kargili, Victor Letzkus-Corneille et Néhémie Kokodé, cette jeune troupe se donne à fond dans la revisite d'un monument de la comédie musicale, accompagnée sur scène en direct par les musiciens Emiliano Begni et Marc Chalosse – ce qui est toujours bien plus agréable qu’une bande-son.



























