La mécanique de l’Histoire, une tentative d’approche d’un point de suspension (Critique)

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Les man­i­fes­ta­tions pro­posées par Mon­u­ments en mou­ve­ment, ici en pro­gram­ma­tion avec le théâtre de la Ville — hors les murs — con­stituent une mine de décou­vertes, de sen­sa­tions, dégageant le spec­ta­cle dan­sé du car­can de la salle, de la rue, l’incluant dans une sélec­tion de mon­u­ments bien con­nus, don­nant à ces derniers une aura inédite.

La tâche est ardue pour par­ler de ce spec­ta­cle, tant les super­lat­ifs, sou­vent util­isés à tort et à tra­vers, se bous­cu­lent. Il ne faudrait gâter ce spec­ta­cle de qual­i­fi­cat­ifs lourds, lui qui joue si mer­veilleuse­ment avec l’ape­san­teur… Pour qual­i­fi­er peut être cette expéri­ence, sans doute pour­ra-t-on par­ler d’une poésie pure, limpi­de, envelop­pante. Un moment rare qui restera sans nul doute gravé dans la mémoire des spectateurs.

La propo­si­tion de Yoann Bour­geois, grenoblois de 35 ans, au Pan­théon se révèle en tout point remar­quable. Conçu comme une déam­bu­la­tion en qua­tre temps aug­men­tée d’un pro­logue, les cinq moments vécus par les artistes et le pub­lic sont autant de temps forts qui mag­ni­fient un édi­fice à la stature écras­ante. La réus­site tient à ce que l’artiste, qui pose ici des instal­la­tions déjà éprou­vées ailleurs, bâtit son tra­vail sur le déséquili­bre, la chute et surtout le rebond, étu­di­ant métic­uleuse­ment ce moment insen­sé où le corps en total retrou­vera — ou pas — l’équilibre.

Le pro­logue, dia­logue inspiré entre le pen­d­ule de Fou­cault et une danseuse, joue sur un min­i­mal­isme idéal, le tra­jet de l’objet faisant écho avec celui de l’artiste. A peine le spec­ta­cle débuté, voilà le spec­ta­teur plongé dans une rêver­ie, une sérénité inde­scriptible. Cela grâce à cette archi­tec­ture choré­graphiée sub­tile, soulignée par de belles lumières, un enveloppe­ment sonore idoine et un aspect visuel qui sera com­mun à cha­cun des qua­tre choré­gra­phies. Ces dernières, qu’elles soient inter­prétées en duo mixte, en un solo féminin avec la Bal­ance de lévité, que Yoann Bour­geois a mis au point depuis quelques années et qui s’enrichit ici d’une douceur inouïe. Ceints dans un rond, com­por­tant à chaque fois un dis­posi­tif ingénieux, les propo­si­tions entre danse, cirque, théâtre, provo­quent un sen­ti­ment rare, celui d’accéder à un monde irréel. Un univers à portée de regard et d’émotion, à ne surtout pas laiss­er passer.

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