Les Misérables en concert (Critique)

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Pro­duc­teur : Philippe Bar­reau
Paroles : Alain Bou­blil & Jean-Marc Natel
Musique : Claude-Michel Schön­berg
Direc­trice Musi­cale : Alexan­dra Cravero
Directeur Artis­tique : Chris­t­ian Cravero
Orches­tra­teur et pianiste : Didi­er Mouret
Direc­trice scénique : Mag­da Had­nagy
Cos­tumes : Yves Guilnhut — antik­cos­tumes
Créa­teur de lumières : Roque Ségovia
Avec
Jean Val­jean — Xavier Mau­con­duit
Javert — Pierre Michel Dudan
Fan­tine — Ita Graf­fin
Cosette enfant- Anne-Fleur Jacquot
Cosette — June Van der Esch
Mme Thé­nardier — Christi­na Koub­bi
Mr Thé­nardier — Ronan Debois
Gavroche — Pierre Gom­mé
Epo­nine — Géral­dine Jean­not
Mar­ius — Jean-Christophe Born
Enjol­ras — Mick­ael Roupie
Et aus­si : Anne-Aurore Cochet, Anne-Lau­re Triebel, Marie-Lau­re Con­jaerts, Sophie
Lep­hay, Pauline-Amy Lena, Valentin Fer­rari, Arnaud Mas­clet, Lau­rent Herbaut, Romain
Dayez…
Résumé : Les Mis­érables en con­cert va être le con­cert événe­ment de 2017 ! Après le Palais des Con­grès de Paris les 4 et 5 mars, il sera en tournée dans toute la France du 28 févri­er au 19 mars. Trente chanteurs lyriques et semi-lyriques aux voix excep­tion­nelles, et dans des cos­tumes d’époques spé­ciale­ment réal­isés pour cette pro­duc­tion, seront accom­pa­g­nés par un orchestre sym­phonique dirigée par la Direc­trice Musi­cale Alexan­dra Cravero.
 
Notre avis: C’est peu dire que l’attente était grande, ce print­emps, avec le retour en France des Mis­érables… en ver­sion con­cert. Un qua­si-événe­ment puisque l’œuvre musi­cale, signée de deux français, Alain Bou­blil et Claude-Michel Schön­berg, n’a pas été jouée dans sa langue d’origine, dans notre pays, depuis 25 ans… Un comble, surtout lorsque l’on sait que plus de 70 mil­lions de spec­ta­teurs l’ont applau­di dans 44 pays depuis sa créa­tion, avec des inter­pré­ta­tions dans 22 langues… Pro­posant leur ver­sion, sans lien avec la pro­duc­tion de Cameron Mack­in­tosh, les Mis­érables en con­cert effectuent donc actuelle­ment une tournée à tra­vers la France. Ils se sont arrêtés trois soirs au Palais des Con­grès de Paris. L’occasion de retrou­ver des airs aus­si fameux que « Rouge, la flamme de la colère », « Une poupée dans la vit­rine », « Le grand jour », ou l’inévitable « A la volon­té du peu­ple » et de revivre la fresque musi­cale par­mi les plus célèbres du monde.La soirée s’ouvre sur Vic­tor Hugo devant son écritoire. L’auteur racon­te son réc­it et présente le pre­mier acte. Si l’on a ten­dance à se per­dre dans ces longs détails, cette intro­duc­tion est finale­ment franche­ment indis­pens­able pour les néo­phytes, pour suiv­re ensuite l’œuvre, sans mise en scène, ni décor. Que tous se ras­surent, la ver­sion de 1991 est fidèle­ment respec­tée. Du livret aux par­ti­tions, des mélodies aux textes, l’authenticité est présente et l’orchestre sym­phonique Vic­tor Hugo donne de l’ampleur à l’ensemble.

Les voix s’avèrent quant-à-elles, hélas, très iné­gales. Per­son­nage cen­tral, Jean Val­jean tient son rôle et sa voix. Si les spé­cial­istes l’attendaient au tour­nant sur « Comme un homme » qui impose le silence et fait mon­ter la tonal­ité, Xavier Mau­con­duit rem­porte le pari. Il livre une inter­pré­ta­tion pro­fonde et con­va­in­cante, tout comme est poignante celle de Fan­tine (Ita Graf­fin). Avec un physique frêle et un vis­age peint de dés­espoir, elle parvient à trans­met­tre un fris­son sur le célèbre « J’avais rêvé ». A leurs côtés, Christi­na Koub­bi et Ronan Debois se révè­lent être les meilleurs comé­di­ens de la troupe en excel­lents Thé­nardier. Leur rôle les aide évidem­ment. En chants, en jeu et en mim­iques, ils assurent le spec­ta­cle et incar­nent à mer­veille le cou­ple de cra­pules. Le pub­lic ne s’y trompe pas, qui leur a réservé d’ailleurs une ova­tion méritée. Quant à Mick­aël Roupie en Enjol­ras, il incar­ne avec voix et prestance le leader des étu­di­ants rebelles. On regrette en revanche, un Mar­ius (Jean-Christophe Born) franche­ment en dessous de son rôle. Effacé, man­quant de charisme et de présence vocale, il passe presque inaperçu et c’est bien dom­mage. Cosette adulte (June Van der Esch) fait de son mieux pour l’accompagner. Elle tire son épin­gle du jeu, même si l’émotion a du mal à pass­er. Il faut dire que ces grands airs, qu’ils soient des com­plaintes soli­taires ou des envolées puis­santes, sont faits pour être joués et présen­tés en action. Et qu’il n’est pas chose aisée d’entrainer le pub­lic, seul der­rière un micro, par­mi d’inutiles effets de lumière, pas tou­jours du meilleur goût. Nos lecteurs le savent mieux que quiconque, une comédie musi­cale doit alli­er la voix et le jeu… L’un ne va pas sans l’autre…

Respec­tant toute­fois leur promesse explicite d’un con­cert, non d’un spec­ta­cle, la soirée per­met finale­ment d’offrir une ver­sion plus sym­phonique qu’impressionnante, plus lyrique qu’émouvante, et plus clas­sique que spec­tac­u­laire du musi­cal plané­taire. Elle est surtout l’occasion pour le pub­lic de re (décou­vrir) cette œuvre légendaire, présen­tée avec qual­ité et pro­preté. Le final sem­ble libér­er la troupe qui se rassem­ble dans un ent­hou­si­as­mant et réus­si « C’est pour demain », noyé de tri­col­ore.  Et l’on se prend à rêver… le grand retour des Mis­érables en spec­ta­cle, c’est pour quand ?